mercredi 11 novembre 2009

Harder, better, faster, stronger

Avoirdemeilleuresnotesdansunmeilleurprogrammeavecplusde
perspectived'emploirencontrerplusdegensavoirdemeilleur
samismieuxmangerperdredupoidscesserdefumerêtre
plusgentilleplussageplusintelligenteplusadulteatten
drelevraiamourvoirmafamilleplussouventavoir
plusd'argentunmeilleuremploiavoirunplusb
elappartementdansunplusbeauquartier
unemaisonavecdesbébésetunchienau
ssimaissurtoutsurtoutexcellerdan
stouslesdomainesallerdel'ava
ntplusviteplusfortplusminc
eplusbelleplusensantépl
usreconnuemieuxna
ntieplussociablepl
usmotivéepluso
ccupéeplusai
méeplushe
ureuse...
plush
eure
us
e...


Plus.

On est pas malheureux parce qu'il nous manque quelque chose, mais parce qu'on ne sait pas apprécier ce qu'on a déjà. Je suis déjà parfaite comme je suis. Je mourrais aujourd'hui, en étant l'exacte personne que je suis en ce moment, et je pourrais me considérer satisfaite.

Je vis par mes propres moyens, j'ai un emploi stable plein d'avantages sociaux où je suis appréciée. J'ai un cercle d'amis dans la moyenne où je trouve des épaules sur lesquelles pleurer lorsque j'en ai besoin, et de bonnes personnes, intelligentes, avec qui partager. J'ai une famille qui m'aime. Je vis dans un appartement à moi, avec une amie qui m'est chère parmi un voisinage extraordinaire. J'ai de la facilité à nouer des liens, j'apprends vite. J'ai un Bac, peut-être une maîtrise bientôt. Je fréquente des hommes, j'attends l'amour, je vis ma vie.

Je sais que je pourrais faire mieux. J'ai le potentiel pour faire de grandes choses. Mais peut-être que ma vie ressemblera à ça jusqu'à la fin: et puis alors? Des milliers de personnes m'assassineraient sans cligner de l'oeil si ils pouvaient prendre la place que j'ai déjà.

On est des milliards comme ça. Dans le fond, on veut juste remplir notre office; on a pas grand chose à faire sur la terre, sauf notre mieux! Tout le monde essaie de s'améliorer, mais c'est si facile de passer à côté de l'essentiel. Apprendre à aimer qui on est avant d'essayer de devenir la personne qu'on voudrait être. Être heureux avec soi, avant d'être quelqu'un d'autre. Ben oui, ce culte du bonheur. Mieux, plus, encore, toujours heureux.

J'en ai assez de vouloir être plus mince, plus en santé, plus payée, plus éduquée. Ça va, comme ça.


Dis moi que ça va comme ça.

S'il te plaît.





Fitter, happier, more productive, comfortable, not drinking too much, regular exercise at the gym (3 days a week), getting on better with your associate employee contemporaries, at ease, eating well (no more microwave dinners and saturated fats), a patient better driver, a safer car (baby smiling in back seat), sleeping well (no bad dreams), no paranoia, careful to all animals (never washing spiders down the plughole), keep in contact with old friends (enjoy a drink now and then), will frequently check credit at (moral) bank (hole in the wall), favors for favors, fond but not in love, charity standing orders, on Sundays ring road supermarket (no killing moths or putting boiling water on the ants), car wash (also on Sundays), no longer afraid of the dark or midday shadows nothing so ridiculously teenage and desperate, nothing so childish - at a better pace, slower and more calculated, no chance of escape, now self-employed, concerned (but powerless), an empowered and informed member of society (pragmatism not idealism), will not cry in public, less chance of illness, tires that grip in the wet (shot of baby strapped in back seat), a good memory, still cries at a good film, still kisses with saliva, no longer empty and frantic like a cat tied to a stick, that's driven into frozen winter shit (the ability to laugh at weakness), calm, fitter, healthier and more productive, a pig, in a cage, on antibiotics.

[This is the Panic Office, section nine-seventeen may have been hit. Activate the following procedure.]

- Radiohead, "Fitter happier"




jeudi 15 octobre 2009

Un verre à moitié

Je me posais la question à savoir si certaines expressions n'ont pas un peu dépassé leurs limites? En effet, on peut voir un tas de tournures de phrases qui n'ont absolument plus de sens, ou qui ne se réfèrent plus à la même chose. Prendre son pied. Sentir le canard à la patte cassée. La chienne a Jacques (c'est qui, Jacques?!). Autant d'expressions qui, en somme, ne veulent absolument rien dire. On ne commencera pas à remettre en question le bien fondé de ces images. Tout le monde s'entend sur leur sens, et tant que ça reste comme ça, tout le monde est heureux. Mais quand même...

Il me semble que c'est relativement important de remettre les choses en question, ne serait-ce que par curiosité, pour comprendre à peu près pourquoi les choses sont comme elles sont. C'est là un sain exercice que de ne rien avaler tout cru, comme ça, sans faire mijoter l'information quelques minutes. Non seulement le cru est dangereux pour la digestion, mais en plus, on risque l'abrutissement général. C'est donc lors d'une de ces cogitations à la mijoteuse que je me rendis compte que ce n'est pas parce que quelqu'un voit le verre à moitié plein qu'il est une personne positive.

À la base, l'idée du verre vide ou plein n'est-elle pas simplement un exemple? Bon. Prenons une personne en crise existentielle, une pauvre âme qui broie du noir. Vous êtes son ami et vous cherchez à lui donner un coup de main, vous tentez de l'aider à modifier sa perception des choses. "Prends ça du bon côté", vous dites, "Think positive!". Rentre d'une oreille et sort de l'autre : même en anglais ça ne passe pas. Vous vous lancez donc dans la comparaison imagée, qui semble avoir plus d'impact chez les imaginations fertiles :

«Mettons, là, que tu as un verre devant toi et qu'il est à moitié rempli. Tu as le choix de voir ce verre à moitié vide, ou à moitié plein. Tu as raison dans les deux cas mais, si tu choisis de le voir plein, c'est beaucoup plus plaisant que de le voir vide! C'est la même chose dans vie.»

Et voilà. Vous êtes passé maître dans l'art de l'imagerie, et vous avez le sentiment du devoir accompli. Je sais que vous vous sentez tout chose d'avoir tendu généreusement votre main secourable, mais malgré toutes vos belles intentions, je dois vous avertir que votre protégé ne sera probablement pas plus positif si il s'exclame maintenant spontanément : CE VERRE EST PLEIN! Non. En fait, peut-être que votre intervention aura miraculeusement transformé votre copain en rayon de soleil. Mais dans le cas où vous lui auriez simplement posé la question à savoir si son verre était à moitié plein ou à moitié vide, vous auriez eu tout faux.

Je pense que la réponse à cette question est surtout circonstancielle, et que cet état de fait invalide toute conclusion portée sur le fameux test du verre. Il m'apparaît impossible de pouvoir définir le positivisme de quelqu'un sur une réponse aussi simple. Selon moi, le moment où la question est posée, le type de liquide versé, l'état de soif de l'interrogé déterminent le résultat donné de façon évidente. Preuve?

Si on me pose la question quand je viens d'en boire la moitié, il est à moitié vide.
Si on me la pose quand je viens d'en verser la moitié, il est donc à moitié plein.

Si je suis en proie à la soif, il est à moitié vide, parce que je pourrais en boire le double.
Si je suis repue, il est à moitié plein, parce que je pourrais ne pas le finir.

Si mon verre est à moitié rempli de sirop pour la toux, il est à moitié plein.
Si mon verre est à moitié rempli de champagne, il est à moitié vide.

(et pour ceux qui s'y connaissent un peu :)
Si mon verre de vin est à moitié, il est plein.
Si mon verre de cognac est à moitié, il déborde.

Je pourrais sûrement trouver des tonnes d'exemples du genre. D'accord, je m'écarte un peu du bon vieux verre d'eau, mais je pense que la digression en vaut la peine. Il me semble que la bonne vieille idée qu'une simple réponse à une seule question puisse définir une personnalité est simplement écartée. Parce que même si le principe constitue un bon exemple pour exposer une idée, il ne l'incarne pas! Donc quand quelqu'un me posera la question « le verre est-il à moitié plein ou à moitié vide?», je répondrai : mets du vin à la place, ça sera juste plein. Et on en aura fini avec toutes ces histoires de positivisme.

mercredi 16 septembre 2009

Chevalerie moderne

Aujourd'hui je fais face à problème de conscience.

Je dois décider entre dire et ne pas dire. Ou plutôt me retirer ou m'assumer.

Car en effet, avec ma grande gueule, je n'ai pu m'empêcher de dénoncer à corps et à cri une attitude qui m'a paru choquante :

Plus tôt cette semaine, je suis arrivée en retard et ai surpris un de mes supérieurs dans la cuisine en train de parler à tous les employés réunis. Étant donné que j'avais manqué la quasi intégralité du discours, je n'avais pas saisi le fond, mais je pus constater que la forme était dure et directe. Une personne qui avait assisté à la scène me rapporta les faits : si jamais un des employés du plancher utilisait la toilette du premier étage hors des temps de pause (ils ont une toilette en bas), ils seraient renvoyés. Ébranlée, étonnée (soufflée, effarée [ajoutez des synonymes]), j'exposai en quelques mots ma compréhensible indignation... sur Facebook.

Bon.

Facebook fait partie de ma vie depuis un certain temps déjà, et de la même façon que je consulte mes courriels, je visite ma page quelques fois par semaine. Ce nouveau moyen de communication m'est devenu tellement bénin que j'ai fini par en oublier toutes les implications. En effet, parmi mes amis du WorldWideWeb, je compte beaucoup de collègues passés et présents qui sont bien placés pour faire véhiculer l'information, ce qui n'a pas manqué d'être fait.

Ce matin, le supérieur en question m'a convoquée pour un tête à tête. Comme toujours, cette personne fut directe et polie, et même d'une certaine façon, affectueuse. Elle m'a expliqué que le propos était destiné à une personne en particulier, qui faisait abus des susnommées toilettes. Je tentai d'opposer que peut-être elle aurait pu lui dire à lui en particulier, mais la tentative avait déjà été faite. Elle désirait surtout redresser la situation auprès de tous pour que de tels comportements ne se propagent pas.

Je comprends. Sincèrement. Je peux comprendre la responsabilité énorme d'un haut poste, et la difficulté d'appliquer certaines règles. Je comprends aussi l'importance de peser ses mots en public. Après cet entretien, j'ai réfléchi aux dommages collatéraux que j'avais peut-être causé à des supérieurs, des collègues, des amis. J'imagine que quelqu'un aura voulu savoir le fin fond de l'histoire et en parler directement à la personne concernée, faisant débouler une série de conséquences.
Je ne suis pas certaine de qui est ce fameux informateur secret, mais je ne lui en veux pas. J'aurais probablement agi exactement de la même façon. Je veux dire - si j'entendais parler d'abus et que je pouvais agir contre, je le ferais.

Mais n'est-ce pas exactement ce que j'ai fait au bout du compte? Peu importe les circonstances qui ont motivé un tel comportement, la perception des employés (surtout ceux qui n'étaient pas concernés) n'en est pas moins restée la même : c'était une sorte de menace. Je l'ai décrite comme telle, sur le coup, et ce fut assez pour alarmer un ami. Peut-être que grâce à cet ami, mon supérieur aura lui aussi compris qu'il faut surveiller ses dires en public. Peut-être que grâce à mon étourderie, j'aurai réussi à aider mes collègues.

Je ne publie pas ceci par vengeance, ou par justification. Il est arrivé ce qui est arrivé, et c'est très bien comme ça. Je ne changerai pas d'avis sur mon interprétation de la situation, parce que je crois avoir bien observé tous les côtés de la médaille, et que mon sens de la justice, ou de l'honneur (appelez ça comme vous voudrez), me dit que ce qui a été fait n'était pas bien. Mais un autre de mes sens (la prudence, la sagesse, ou je ne sais quoi) me dit qu'il faut bien choisir ses batailles. Donc je ne battrai pas. Mais mon côté chevaleresque me dit que je ne peux pas ne rien dire, alors je dis.

Je ne ferai pas de publicité à cette petite tirade. Je n'en parlerai pas, et je n'inviterai personne à me lire. Le but n'est pas ici de créer des remous, mais bien d'apaiser les miens. Mon honneur est sauf :

Je m'assume.

samedi 27 juin 2009

Le tour du monde en 40 minutes

25 juin 2009.

Le monde est soufflé : Michael. Jackson. Est. Mort.

À 19h13 minutes, dans mon salon à écouter de la musique avec ma coloc et son copain, le téléphone sonne. La coloc répond. "HEIN!? POUR VRAI!?!!". Elle nous regarde avec des yeux effarés pendant qu'au téléphone, l'interlocuteur lui déballe son sac d'informations juteuses. Je suis sommée de synthoniser les nouvelles à la télé. Et voilà. Denis Lévesque commente le fouillis des hélicoptères en pagaille survolant l'hôpital encerclé pendant qu'un bandeau défile au bas de l'écran : "Michael Jackson mort d'un arrêt cardiaque à 50 ans".

Sonnés, abasourdis, on ouvre en vitesse les clapets de nos cellulaires et on compose à qui mieux-mieux. À la vitesse de l'éclair, nous informons nos parents, nos proches et nos amis de cette perte tragique, comme si un proche était disparu. On veut tous être le premier l'apprendre aux autres, celui qui va goûter à la réaction unique et spontanée de nos copains. Une cacophonie de sonneries téléphoniques retentit dans les cieux - l'atmosphère est engorgée d'ondes.
Ne pouvant y croire, on appelle l'ordinateur en renfort à la recherche de détails complémentaires. Facebook est saturé. On porte aux nues le roi déchu de la pop.

Son décès est constaté à 17h26, heure du Québec. Le premier commentaire émis parmi mes amis se fait à 18h06. Le monde peut être parcouru en 40 minutes.

Vous rappelez-vous du 11 septembre? Le lieu, le moment exact où vous étiez, qui était à vos côtés? Le sentiment d'incrédulité qui vous a d'abord assailli, puis celui ou vous avez compris que quelque chose venait de se passer. Quelque chose d'international, de planétaire, quelque chose de BIG. Un simple événement qui marque à jamais. C'est un peu triste d'associer cet événement à la mort somme toute banale d'une pop star. Mais c'est un peu ça.
Une figure emblématique, un symbole, un personnage aussi vivant que sa musique est mort. Comme les rock star des années 70, il est mort dans une espèce de déchéance étrange, où la drogue et le sexe ont été remplacés par les poursuites judiciaires et les chirurgies plastiques.

What a world.

La mort d'une icône en temps réel. C'est maintenant possible. Et c'est arrivé le 25 juin 2009.

mardi 26 mai 2009

Des outils et des hommes

J'ai compris aujourd'hui ce qui pousse le mâle moyen à s'acharner sur un pot de pickles. Pourquoi ils aiment tellement se beurrer d'huile à moteur et manipuler les outils les plus divers. J'ai constaté dans toute l'étendue de son inébranlable vérité la teneur de l'orgueil masculin, moi, toute petite femme aux mains blanches.

Mon réfrigérateur a brisé cette semaine. Bon, pas le frigidaire, là, juste la porte. N'empêche, à six jours de le vendre au prochain locataire, j'avais un peu la pression. Donc, après m'être échappé la porte dessus une bonne douzaine de fois, je résolus de me rendre au Canadian Tire - lieu que je fréquente plus pour ses ensembles de vaisselle et accessoires de décoration que pour ses vis, écrous et boulons en tout genre.
Munie comme d'une arme du petit machin brisé qui sert de pivot à ma porte, j'attaque le premier commis venu en lui brandissant ledit accessoire sous le nez, implorant son aide. Le petit boutonneux de dix-sept ans, après avoir cherché aussi inefficacement que moi la patente à gosse au nom toujours inconnu, règle son problème en m'expédiant au Rona le plus proche. Pas si proche que ça d'ailleurs. Une demie-heure de marche plus tard, je suis au Rona - lieu que je fréquente plus pour son choix de plantes vertes et ses accessoires de décoration que pour ses vis, écrous et boulons en tout genre. Même expérience. L'autre boutonneux m'avoue son incompétence, et m'expédie chez Sears. Super. Une vingtaine de minutes plus tard, je suis chez Sears, lieu que je fréquente plus pour... bon, vous avez compris la suite. Sauf qu'ils n'ont pas d'écrous, de vis et de boulons en tout genre, eux. Et de me faire réexpédier au coin de Jarry et Pie-IX - espèce de lieu lugubre spécialisé en pièces minuscules et inintéressantes (vis, écrous et boulons compris), et qui est comme de fait fermé.

Too bad. Je retourne chez moi, après avoir couraillé pendant trois heures une maudite et stupide pièce de rechange de frigidaire. Mais je ne pouvais pas me laisser faire rire de moi par la porte de mon Kenmore, non! Assise devant l'électroménager ennemi (tentant l'intimidation par le regard), je commence à le triturer, ouvrant et fermant les portes, tentant de comprendre le mécanisme utilisé et les pièces nécessaires à son bon fonctionnement. Tentée par une grande aventure, mise au défi par une machine, j'entreprends donc de démonter le mastodonte pour essayer de le déchiffrer. Eurêka! Si j'intervertis la pièce A brisée du bas de la porte avec la pièce B, toujours fonctionnelle, de la porte du congélateur, en réinsérant la nouvelle pièce en sens inverse, ça devrait marcher.
Je m'arme donc d'une clé à molette et d'un tournevis, et je passe à l'attaque. La porte contre l'épaule, clé en main, je force comme un boeuf à tout tenir en place. Mais c'est que ça prend du doigté! Mais c'est que ça prend de la force! Beurrée de cambouis jusque dans la face, pourtant, j'arrive à mes fins. Les portes sont réinstallées et... ça marche! Mais pas tout à fait : la pièce A est plus grande que la pièce B, et frotte dangereusement contre la pièce C. Mmmm... dilemne. J'observe encore, ouvre-ferme-ouvre-ferme la porte, et voilà. Je dois simplement remplacer la pièce dysfontionnelle par un washer. Toute heureuse d'avoir réussi à placer dans cette conversation avec moi-même un terme aussi recherché, je pars donc à la recherche de ladite pièce, que j'insère avec délice à l'endroit nécessaire.
E-t-v-o-i-l-à. Je suis un pur génie. Je suis maître de la machine, force de la nature, puissance de la vie. J'exécute une petite danse de pure satisfaction dans ma cuisine, et je rouvre mon frigidaire une demi-douzaine de fois, juste pour jubiler de le voir comme neuf, par mes soins bienveillants et mon exquise débrouillardise bien entendu. J'imagine alors le gars qui monte une voiture, qui répare la plomberie, qui ouvre un pot de pickles. Et voilà, j'ai tout compris.
Jusqu'à ce que je le cède au prochain locataire, à chaque fois que j'ouvrirai mon réfrigérateur, je ressentirai en même temps que la bouffée de froid cette chaleur née de la fierté, de l'orgueil d'avoir su, seule et sans instructions, réparer ma porte de frigidaire.

lundi 18 mai 2009

Touche-à-tout-bonne-à-rien

Quand vient le temps de se fixer sur une carrière, que ce soit à 7 ou à 77 ans, le choix est vaste. Certains connaissent dès la prime enfance le domaine d'emploi qu'ils sauront occuper un jour, d'autres tergiversent longtemps.
Moi j'avais dès le secondaire (que dis-je... le primaire!) la profonde conviction que jamais je n'irais en mathématiques ou en sciences. Non que je n'aie pas eu les résultats académiques nécessaires, ni l'intérêt d'ailleurs : j'adorais la biologie et la physique atomique, mais je m'y entendais moins bien en maths pures et en... tout le reste, finalement. Dès mon plus jeune âge, mes professeurs et mes parents m'ont encouragée dans les avenues qui étaient les plus faciles et les plus amusantes pour moi. J'aimais le français et l'anglais, les arts et la morale, où on prenait largement en compte la créativité des élèves. J'excellais en lecture et en écriture (poèmes et compagnie), et je m'amusais à monter des petits spectacles dans ma cour dès mes premiers balbutiements - ou presque. C'est ainsi qu'à ma demande, ma mère m'a inscrite en théâtre (après avoir tenté la natation, la peinture, etc...). J'adorais le théâtre - mais pas les acteurs. Mon mélange maison de timidité et d'extraversion me permettaient difficilement de forger de véritables amitiés avec mes collègues exubérants et tape-à-l'oeil, et je n'avais ni la volonté ni la force de jouer des coudes pour me retrouver en tête d'affiche.
Je continuai donc à écrire, et à tourner autour du monde théâtral et artistique en général. J'ai découvert plusieurs avenues, ici et là, qui me plaisaient. J'ai pensé devenir comédienne, puis metteur en scène, puis dramaturge, professeur, et enfin critique de théâtre (ou journaliste artistique en général).
Mais j'appartiens à la génération Y. Ma vie personnelle prend une grande importance dans mon choix de carrière, et les horaires ainsi que la sécurité d'emploi m'importent beaucoup. De plus, je suis parfois d'une indicible paresse doublée d'une certaine insécurité naturelle. Alors le travail à la pige... me terrorise. C'est donc ainsi que je me suis retrouvée, à la sortie d'un BAC pratiquement inutilisable, commis à la librairie à temps plein - travail que j'aime bien, mais où j'ai une peur bleue de passer ma vie, sans avoir rien accompli de valable.
Je songe maintenant à ce que peux devenir. J'applique sur certains postes, sans même savoir lesquels je puis remplir adéquatement. Je me rends compte que je suis une touche-à-tout-bonne-à-rien. C'est à dire : je peux tout faire si je m'en donne la peine, mais je n'excelle dans aucun domaine en particulier. Selon certains membres de ma famille, c'est d'ailleurs là un bagage génétique paternel (merci pour le leg). Pratique, puisque je peux tout faire. Dommage, cependant, que j'aie jeté mon dévolu sur le monde artistique où l'instabilité fait partie des joies de la vie.
J'ai des idées de grandeur, où je partagerais ma vision avec mes pairs, mon nom écrit en tout petit sous un article de journal. Je voudrais que ma participation au monde crée des remous, si petits soient-ils, que mon action engendre la réflexion dans une tête ou deux. Je voudrais avoir une valeur critique et sociale, une valeur tout court. Mes ambitions me font cependant aussi rêveuse que désemparée quand je songe au nombre de gens qui pensent exactement comme moi, qui ont les mêmes visées, les mêmes désirs... Et au nombre d'élus dans ce monde d'appelés, je ressens un certain désespoir à l'idée que j'aurai peut-être sacrifié mes années d'études en vain.
Où donc se diriger? Tourner le dos à un monde où tous les rêves sont permis et entreprendre une carrière stable mais ennuyante? Persévérer et risquer de se réveiller, à 40 ans, toujours libraire dans un Renaud-Bray près de chez vous? Ô combien de jeunes adultes se seront posé la question - Ô combien n'auront pas trouvé la réponse!

jeudi 7 mai 2009

Guide montréalais pour les portefeuilles généreux

Si vous avez déjà marché dans les rues de Montréal, vous savez comme moi que la sollicitation fuse de toutes parts. Informateurs pour Greenpeace ou autres causes sociales; donneux de magazines de tous acabits; et bien sûr, quêteurs de monnaie et de cigarettes.

Certains s'ignorent bien: ils se rattachent à produit, donc si vous n'êtes pas intéressés, basta. Mais les itinérants, les nécessiteux, sont plus difficiles à oublier. En tout cas, si vous êtes comme moi, vous souhaiteriez que tout aille bien dans le meilleur des mondes, mais puisque ce n'est pas le cas vous vivez nécessairement la culpabilité de devoir dire non. Mais (encore une fois si vous êtes comme moi), vous déposez quand même une fois de temps en temps quelques sous dans une main tendue ou un étui de guitare vide.
Or, tous les quêteux ne s'équivalent pas. Et choisir à qui donner ou pas s'avère parfois difficile. Pour vous aider dans vos choix de générosité, je vous partage mon petit guide personnel sur les quêteux de Montréal.

Catégorie 1: Squeegees
Ils se promènent avec leur stock et leurs chiens, dans une mini-société en marge de la nôtre. Après avoir entendu une bonne partie d'une conversation ou j'en entendais se glorifier de vivre "contre la machine" et de refuser de travailler, tout en cherchant comment payer leur drogue, j'ai décidé de ne plus donner.

Catégorie 2: Musiciens
Guitareux du métro, violoneux de la rue, accordéonistes de centre d'achats, je les aime bien. Ils font une bonne utilisation de leurs talents - et divertissent. Et comme je payerais pour un bon disque et pas un mauvais, je donne à ceux qui m'émeuvent. N'ayez pas peur de vous arrêter pour les écouter, des bijoux de créativité se cachent parfois dans des écrins bien sombres.

Catégorie 3: Pity party
Ils sont sales, maigres, dorment dans des boîtes de cartons. Un visage brisé par la vie vous regarde avec des yeux vides, et vous morcellent le coeur. Donnez! Mais pas de l'argent - vous en avez sûrement besoin et vous ne savez pas exactement ce qu'ils en feraient. Mais vous avez une barre tendre, une pomme dans votre sac? Une paire de bas chauds que vous ne mettez plus? Vous vous sentirez plus léger sans eux.

Catégorie 3: Agressifs
Elle vient d'insulter un passant qui lui a dit non, ou qui a peu donné? Il jure dans sa barbe contre le monde entier? Il insiste fortement, tente la manipulation? Moi, c'est automatiquement non. Un service rendu mérite reconnaissance, et je déteste me faire tordre un bras.

Catégorie 4: Entertainers
Il y en a un qui me parle en rimes, l'autre qui me raconte des blagues. Attitude positive? Je donne. Ne serait-ce que pour encourager ces élans de bonne humeur, pour remercier d'avoir ri un peu. Parce qu'ils sont rares, les riches comme les pauvres, à oser faire sourire un inconnu.

Catégorie 5: L'Itinéraire
Ce petit magazine est vendu un peu partout, et si vous avez un chemin habituel passant par le métro vous rencontrez sûrement un camelot toujours au même endroit. Achetez-le lui donc. C'est 2$ et vous encouragez ces braves gens à garder un travail. Mieux! Souriez-leur et faites connaissance, pourquoi pas? À Montréal, les chemins sont solitaires pour eux comme pour vous. Mon camelot à moi s'appelle Serge et il est bien comique.

Catégorie 6: Vendeux
"Je suis muet, voici une carte pour 5$". "Je vends des cartes d'anniversaire que je fais moi-même/des crayons/des porte-clés"... ça vous dit quelque chose? Des arnaques. Même si ça me peine de généraliser (je ne doute pas qu'il y ait d'honnêtes muet et artistes dans le lot), je ne peux pas me convaincre qu'aucun ne revend des trucs volés, ou ment éhontément. Donc je garde mon argent pour de meilleurs cas - ou en tout cas des cas plus sûrs.

Catégorie 7: Les wise
Ils vous prennent au piège dans le métro, vous attendent à la sortie de la banque, se positionnent stratégiquement pour que vous ne puissiez pas passer à côté. Vous pensez qu'ils ne vous lâcheront pas tant que vous n'avez pas donné? Vous avez tort. Endurcissez-vous un peu, et mettez votre pied à terre. Donner est un acte de générosité, pas une obligation née de la peur.


Bon... je pense avoir plus ou moins passé les catégories de quêteux que je rencontre régulièrement. Mais ça c'est mon petit code personnel, libre à vous de vous en inspirer ou pas. Cependant, je pense quand même qu'il y a des choses que tout le monde devrait faire. Par exemple, sourire. Non seulement c'est gratuit, mais c'est gratifiant. Pour les autres - ces gens là ne rencontrent probablement pas souvent de visages ouverts - et pour soi. En plus, peut-être arriverez vous à inspirer une ou deux personnes qui, face à votre attitude positive, se convaincront de faire de même. Et même si vous vous faites insulter, même si l'autre a l'air bête sans bon sens, vous aurez le mérite d'avoir tenté le coup, d'avoir coupé court pour une fois à une escalade de mauvais sentiments.

Allez les copains! Quitte à ne jamais voir la paix et l'équité dans ce bas monde, répandez au moins la bonne humeur! Souriez!

mardi 21 avril 2009

Aléas d'un clown

Les clowns sont drôles.

En tout cas, moi je les trouve drôle. Y'en a qui en ont peur (!), d'autres qui ne les aiment pas et tout un tas qui s'en fichent. Mais moi j'adore les clowns. Enfant, je les aimais déjà. Devenue jeune adulte, j'ai compris que le drôle du clown venait du fait qu'ils ne sont que des humains qui font des niaiseries, comme vous et moi, mais costumés. Les clowns me fascinaient tellement qu'à la première occasion, je me suis enrôlée.
Oui... vous avez compris, j'ai été clown. J'ai fait la parade de la Saint-Jean, et j'ai aussi été engagée par un ami pour faire de "l'entertainment" et de la promotion de produits dans les Loblaws de la montérégie, pour la compagnie "Fun Size Fits All". Je sais faire des animaux en ballon et des maquillages (rudimentaires), et j'avais un costume tout jaune.
Je m'appelais Limone, et j'étais un clown muet. J'avais des gros souliers noirs et blancs, des bas rayés noir et blanc jusqu'aux genoux et des pantalons trois-quarts jaune soleil. Je portais une chemise jaune safran avec des petits points noirs, et un veston jaune pissenlit carreauté noir. J'avais les cheveux très longs que je ramenais en deux lulus sur les côtés de ma tête et, naturellement, un joli maquillage de clownette.

Si vous ne trouvez pas les clowns drôles, je vous raconte quelques-unes de mes péripéties. Peut-être changerez-vous d'idée - ou du moins, vous risquez de ne plus les voir du même oeil.

J'avais 17 ans quand j'ai commencé à travailler pour Monsieur F (anonymat à protéger). F allait au même cégep que moi et c'était une connaissance de théâtre, d'environ 5 ans mon aîné. Il m'a enrôlée dans son groupe de clowns qui était, il faut le dire, exclusivement constitué de gars -sauf moi bien évidemment-. C'était un buffet littéral de testostérone, et je me plaisais en tant qu'unique fille à me faire chanter la pomme par à peu près tous les gars du groupe.

Juste imaginer un clown qui cruise, je trouve déjà ça drôle.

Bon. Ça c'était l'atmosphère entre nous. À la job, c'était autre chose. Habituellement on travaille seul, mais lors des promotions de produits nous avions des collègues venus de partout, et on s'inventait ensemble des moyens d'être plus divertissants. Une fois, on donnait des ballons à l'hélium aux enfants. Moi j'avais toujours rêvé de tenir un énorme bouquet de ballon comme dans les films, et je l'ai fait! On avait plus d'une cinquantaine de ballons dans une main, c'était magnifique. Et je jubilais comme une gamine.
Mais parmi les collègues que j'ai pu avoir, un de ceux-ci m'a particulièrement marquée. À la pause-cigarette, nous étions ensemble dans le fumoir, parmi les caissières et les commis du Loblaws. (Ah déjà, ça je trouve drôle, des clowns qui fument - parmi le monde normal qui nous regardent de travers c'est encore mieux). On discute vaguement, et pour une raison quelconque, on parle de religion. Mon ami clown est.... raëlien (!!!!!!!!). Oui oui oui oui! Et il me sort comme ça son espèce de gros médaillon, qu'il se doit de porter en permanence, pour me prouver son allégeance. Un. Clown. Raëlien. C'est pas mourrant, ça!!??? Et lui de m'expliquer comment il vit sa religion, derrière sa face peinturée blanche, son nez rouge et ses frou-frous bigarrés!! Je me demande encore comment j'ai fait pour ne pas me dilater la rate à bouche que veux tu devant un clown raëlien (qui fume une clope).
Une autre fois, j'avais terminé mon chiffre de travail, et j'attendais que Monsieur F passe me prendre pour retourner à la maison. Après plus d'une heure d'attente, sans possibilité de le rejoindre, je désespère. Je détache mes cheveux, j'enlève mon nez et mon veston et profondément mécontente, je rentre-sors-rentre-sors de l'épicerie. Rentre manger un truc, sors pour attendre la voiture, rentre pour passer un coup de téléphone, sors pour fumer une cigarette. Avez-vous déjà vu un clown en criss? Non? Ben imaginez, et bidonnez-vous.

Malheureusement, ce même -long- moment d'attente m'a donné une grande leçon de vie : les clowns sont des modèles pour les enfants. Alors que je rageais, dehors, à attendre mon "patron", je m'assois pour fumer une cigarette. Je guette au loin, pleine d'espoir, alors qu'une fillette se poste à quelques mètres devant moi. Je la salue, elle et son immense sourire et son regard brillant, qui observe l'étrange énergumène que je représente. Et puis elle joint deux doigts, qu'elle porte à sa bouche, et elle m'imite. Elle faisait semblant de fumer, pure et enfantine, riant de bon coeur au jeu qu'elle s'inventait! J'ai soudain pris conscience que la clownerie revêt certaines responsabilités, et que je venais de faire quelque chose d'horrible. C'est comme un uniforme : on se doit de lui faire honneur. Ce fut la dernière fois que je fumai en public en tant que clown.

Bon, ok, ça c'était pas drôle. Mais j'ai de quoi me racheter. Par exemple, Monsieur F.
F était un sacré clown, un vrai. Il avait un répertoire infini de trucs à faire en ballon, et il savait même faire une Harley Davidson! Le genre de clown au quotidien, qui auditionne pour "Puppetry of the penis" avec une courge dans ses bobettes. Il emballait toutes les filles qu'il voulait - il avait beaucoup de charme et il savait faire rire. Plusieurs fois depuis mon embauche, il m'avait d'ailleurs manifesté des signes d'intérêt, des caresses subtiles et des oeillades significatives. Un beau soir, après le travail, il est venu me chercher comme d'habitude pour me ramener chez moi. Première dans la voiture (F allait porter et chercher ses 4 ou 5 clowns matin et soir), nous étions donc seuls. Les yeux sur la route, il pose distraitement sa main dans mon cou et me caresse la nuque. Et moi, naïve, et surtout intéressée, je me laisse faire avec joie. Nous embarquons les autres clowns, et arrivés chez F, tout le monde va chercher ses trucs et décampe. Il ne reste que moi : comme si notre intimité soudaine avait été planifiée, je suis la seule qu'il doit reconduire à la maison. Seuls, donc, nous nous assoyons sur le divan. Et... on frenche. Oui, le visage encore blanc, peinturé d'un faux sourire, de faux sourcils et le nez encore rouge, toujours vêtus de nos guenilles colorées et de nos souliers trop grands, on s'échange des bactéries à n'en plus finir. Je me revois encore, toute en jaune et les lulus sautillantes me faire lécher la glotte dans un sous-sol crade. Je me revois encore, et je ris.
Mais juste pour en rajouter...
Timide et si jeune, je tentais en effet subtilement de mettre le frein à une activité somme toute inappropriée à des clowns. Nous nous séparons momentanément et lui, le F, le clown, me dit:

"Je te fais jouir, tu me fais jouir."
(ce sont ses mots exacts - prononcés avec les yeux gras et la bouche gourmande)
OUACHE!

Je vous rappelle que nous sommes toujours costumés.
L'incongruité de la chose, l'inquiétante étrangeté de la situation combinée à son manque flagrant de classe mit une fin abrupte à cet échange salivaire. Je déclinai proprement son invitation, et lui demandai de venir me porter chez moi. Nous n'échangeâmes pas un mot du trajet, lui sexuellement frustré, moi profondément abasourdie.
Et il ne m'offrit plus jamais de travailler pour lui. Finie, la carrière clownesque!

Donc, la prochaine fois que vous voyez un clown dans une parade ou ailleurs, pensez à ça. Imaginez-le qui doit baisser son pantalon immense avant d'aller aux toilettes, ou en déprime parce que sa blonde vient de le laisser. Pensez que ces personnages colorés frenchent, fument et rencontrent des raëliens. Qu'ils cruisent, qu'ils vont prendre leur commande en gang au McDo avant d'aller travailler (oui oui... on faisait tout un tabac parmi les retraités devant leur café à 8h le matin). Vous allez voir que vu comme ça, c'est absolument hilarant, un clown.

lundi 13 avril 2009

Religion, politique et hockey

D'après moi, il n'y a fondamentalement que trois sujets qui tiennent les québécois ensemble. Bon, je vous épargne le suspense (lire le titre), et je saute directement au pourquoi.

Avant, c'était la religion. On se réunissait au minimum à tous les dimanches, tous dans le même esprit, pour adorer Dieu. Pendant (ou préférablement avant, ou après) le processus, on jasait de nos journées, on se racontait nos potins. Nous étions unis dans un même esprit et on se tenait les coudes serrés, tous frères.
Plus tard, après l'évacuation tranquille de la religion, c'était la politique. À tous les discours, toutes les élections, on échangeait nos idées et nos convictions, tous frères.
Après la mort des idées politiques, que nous reste-t-il? Ben le hockey. À chaque game tout le monde se rive devant son téléviseur, dans les bars, dans les restaurants, et on échange nos pronostics et nos critiques, tous frères.

J'exagère? Sûrement.

Mais quand même...

À chaque messe, le repas dominical. Tout le monde autour de la table, on boit une bière et on partage le pâté chinois.
À chaque Saint-Jean, le party. Tout le monde autour du feu, on boit une bière et on partage les hamburgers.
À chaque partie, le 6 pack. Tout le monde autour de la télé, on boit une bière et on partage les ailes de poulet.

On espérait de Dieu qu'il sauve nos âmes, du PQ qu'il sauve notre identité, du CH qu'il sauve notre honneur. Et le niveau de notre foi fluctue selon les revers infligés par le diable, les conservateurs ou les Bruins (ou les Flyers, ou les Maple Leaf... c'est selon).

On récitait tous ensemble les "amens", puis on criait tous ensemble à "vive le Québec libre!", puis on gueule tous ensemble à "il lance... et compte!"

On achète les décorations à Noël, les drapeaux à la Saint-Jean Baptiste, et les t-shirts pendant les séries. Et dans nos voitures, il y a un chapelet sur le rétroviseur, des collants du fleurdelisé sur le pare-choc ou des drapeaux du CH sur l'antenne.

On a trois sauveurs : Jésus, René Lévesque et Bob Gainey. Et nos sauveurs ont leurs apôtres, de Jean, Marc et Mathieu, jusqu'à Price, Koivu et Kovalev, en passant par les députés du pq.

Et MÊME s'il y a des divergences d'opinions (parce qu'il y en a toujours) le sujet nous tient quand même ensemble. Pratiquants contre athées, séparatistes contre "conservateurs", Montréal contre Boston. Même si on est pas sur la même longueur d'ondes, on en discute encore et toujours, ensemble. Parce qu'il faut bien du noir pour faire du blanc!

Vraiment, y a-t-il d'autres sujets qui nous ont déjà permis d'être plus ensemble? Je veux dire, ensemble, collectivement, de savoir que pratiquement tout le monde est susceptible d'avoir son opinion dans toute conversation touchant à un de ces trois sujets? Quelque chose qui nous définit en tant que québécois? Des événements qui comprennent autant de préparatifs, de rituels? Non franchement, j'ai beau y penser, rien ne me semble avoir été aussi sujet au partage, à la communauté, que la religion, la politique et le hockey.

Quant à moi, c'est agnostique, séparatiste et pro-Canadien...

On s'en jasera autour d'une bière.

Erratum

Dans ma précédente publication, j'affirmais que ma mère m'envoyait chercher des cigarettes pour elle quand j'étais gamine. Mes plus sincères excuses à celle-ci pour cette outrageuse erreur, il est vrai que la mémoire joue parfois des tours. Ce devait donc être mon père.

Un grand bravo d'ailleurs à ma génitrice qui a cessé de fumer depuis plus de quinze ans, et qui n'y a jamais retouché. Un beau jour, je perpétuerai cette glorieuse tradition.

vendredi 10 avril 2009

Les fumeurs méritent de crever

Je fume et je ne fume pas, on and off depuis un peu moins de 10 ans. Si on met ensemble tous les petits bouts ou j'ai assumé ma dépendance, je suis fumeuse depuis à peu près 5 ou 6 ans. J'ai donc subi les remontrances parentales, les achats furtifs dans les dépanneurs et les complots avec les compréhensifs amis adultes - et les sympathiques inconnus abordés à la porte d'une station service. J'ai connu l'époque ou mon père m'envoyait lui acheter des cigarettes au dépanneur du coin, en me donnant une autorisation pour la caissière et 50 sous pour la commission (je m'achetais toujours des Nerdz). J'ai vécu le temps ou on pouvait fumer dans les bars et les restaurants, et où les paquets coûtaient à peine 4 dollars. Et où c'était cool de fumer.

Mais le temps a changé, depuis une décennie. Et pour le mieux! Loin de moi l'idée de me plaindre des petites photos dégoûtantes sur les paquets ou de l'atmosphère claire de mes bars favoris. Il apparaît clairement que la position populaire sur la cigarette est beaucoup plus saine qu'auparavant, et la que propagande s'est bien rendue.
Mais s'il vous plait... c'est beau la conscience, mais faut-il vraiment en mettre tant que ça?

Sérieusement, existe-t-il une personne plus opprimée qu'un fumeur? Quelqu'un de plus enquiquiné, de plus materné qu'un dépendant au tabac? J'ai compté cette semaine: 7 personnes différentes (certaines plusieurs fois) ont tenu à me mettre au courant des dangers de la cigarette. "Tu sais que c'est pas bon pour toi?" "Pourquoi est-ce que tu fumes, si tu sais ce que ça te fait?" "Tu es asthmatique, c'est vraiment stupide de ta part". Oui. Oui, oui et oui. Ok. D'accord.
Mais si ce n'était que ça - des amis et les collègues qui lancent un peu à la blague ces conseils avisés. Parce qu'il y a bien pire : cette semaine, à la pause café, une passante se cache le nez avec son foulard et lance, en passant à ma hauteur : "Ark, ça pue!". Sur la terrasse d'un café aménagée à même le trottoir, un employé me demande de jeter ma cigarette! Mais pour le passant qui flâne à deux pieds derrière moi, ça va, pas de problème, vis ton vice! J'ai même été, je vous le jure sur la future tombe de ma mère, insultée et bousculée par une vieille dame italienne parce que je fumais à à peu près 8 pieds d'un abribus! Non mais c'est un monde! Et aujourd'hui, à la pause-café encore une fois, un groupe de madames étranges jasaient à quelques mètres de moi, me lançant quelques subtiles oeillades combinées à la technique du "assez-fort-pour-qu'on-m'entende-mais-pas-assez-pour-être-répondue", de l'incroyable manque de respect des fumeurs envers la société et eux-même.

Transcription du dialogue (à lire en mode "Belles soeurs" de Tremblay) :

[...]
- Non mais tsé! Y le savent toute qui vont pogner le cancer, pis continuent pareil! Pis y nous amènent toute dans' tombe aik eux-autres, aik leu' maudite fumée secondaire! Maudit qu'y savent pas vivre!
- Bin certain! Tsé! Y devraient toute leu' donner des amendes, tsé, pour payer le système d'hÔopitals, là. Là c'est toute nous autres qui payent leu' chimio aik nos taxes.
- Ouin. On devrait même pas les rentrer à l'hÔopital, eux-autres, tsé!
- Ouin. Les fumeurs, y méritent toute leu' sort. Tant pis pour eux autres.
[...]

Traduction : les fumeurs méritent de crever.

Bon... mise en perspective. Est-ce que je pue vraiment plus qu'une madame qui a échappé son flacon de parfum cheap dans son décolleté, ou qu'un gars qu'on jurerait qu'il ne s'est pas lavé depuis une semaine? Qui plus est, la mauvaise hygiène ou l'abus de produits de beauté se sont révélés particulièrement nocifs pour la santé. Et à noter qu'il n'y a pas grand chose en ce monde qui n'est pas cancérigène. Le vin, la malbouffe, le déodorant, les cellulaires, le soleil, l'air, l'eau, même le balcon en bois traité de mes parents et (je vous jure que j'ai lu ça quelque part) la couleur rouge!!! Devrais-je vraiment lapider le premier venu à se promener en t-shirt rouge? Engueuler les serveuses du McDo, ou déposer une plainte contre l'eau??
On s'entend, il y a une façon respectueuse de fumer. On s'éloigne des autres et des endroits passants, on souffle la fumée dans une direction opposée à un interlocuteur, etc... Mais y'a-t-il une forme de respect pour les fumeurs? Chassés, insultés, éloignés, confinés, même, dans des chambres à gaz (lire fumoirs) ou on s'étouffe les uns les autres.

Je, ici, maintenant, (là, là!) réclame à grands cris le respect du premier amendement, me permettant en toute impunité de me suicider à petites doses. Je demande la glorification de ces martyrs de la clope qui, contre vents et marées, se battent pour leur droit de choisir dans le respect des autres et de soi. Oui, nous, combattants du quotidien qui devons essuyer les revers méprisants, les froncements de narines dédaigneux, et les commentaires disgracieux! Nous n'avons pas choisi la voie de la facilité, non! mais nous restons forts dans l'adversité! Tous, ensemble, nous puons d'une seule et même effluve afin de prouver à la face du monde que non, les fumeurs de méritent pas de crever! Nous sommes vivants, et nous goûtons la vie à pleines bouffées, à travers des filtrées!

NOUS VOULONS VIVRE!!!!!!



(P.S. Je prévois arrêter d'ici peu.)

samedi 28 mars 2009

Petits emprunts bien innocents

Lors de mon passage à l'université, on a tenté de m'enseigner différentes techniques de création artistique, théâtrales pour la plupart. Parmi celles-ci, la technique m'ayant donné le plus de difficultés s'est avérée être la méthode REPÈRE de l'école Jacques Lecoq, reprise par la compagnie Ex Machina et son leader, Robert Lepage. Ce point de vue m'a semblé différent de tous les autres en le fait qu'il met au centre de la création des éléments affectifs à quoi l'on procure plus tard un sens. Ceux d'entre vous qui avez déjà expérimenté la création conviendrez que l'inspiration naît souvent d'une idée, d'un concept (donc du sens), que l'on met plus tard en forme avec des mots, des couleurs, des sons.
Avec REPÈRE, c'est plutôt le contraire. Au théâtre, nous fouillions des textes pour en retirer les phrases, les personnages et les concepts qui nous plaisaient et nous faisaient vibrer. De ce ramassis pêle-mêle d'idées folles et sans lien, nous tentions de former un tout sensible et surtout, solide. Selon moi, il s'agissait plus ou moins de planter une colonne vertébrale dans un mollusque, chose beaucoup plus difficile que de bâtir à partir d'un squelette, vous en conviendrez.
Mais je n'écris pas aujourd'hui dans le but d'exposer cette technique au grand public, chose que vous pourrez faire dans vos temps libres si cela vous chante. Je désire plutôt coucher sur papier les résultats de mon exploration solo de la méthode susnommée :

Mon emploi actuel me demande régulièrement de passer en revue différents titres de livres et d'en trouver leurs pages de couverture ainsi que leur résumés, que je publie ensuite sur le site internet de ma compagnie. Récemment, une lubie m'a assaillie : pour une raison quelconque, je me suis mis à prendre en note les titres de livres qui me semblaient accrocheurs ou me touchaient, non pas toujours dans le but de lire les ouvrages retenus, mais simplement parce que je trouvais que leurs titres sonnaient bien. Peut-être, qui sait, dans le but de trouver un peu de beauté dans des journées parfois monotones. Ces 37 titres notés me hantaient parfois, me revenaient en mémoire comme des mots qui n'étaient pas les miens, mais qui semblaient faire partie de moi. Et de jour en jour, 16 des titres retenus se sont enlignés sur le papier, petit à petit, innocemment d'abord, puis impérieusement.
Ce matin, j'ai relu ces titres si simplement accolés, où je n'ai rajouté (en italique) que quelques détails, et j'en ai trouvé un tout digne d'être.
Je copie ce tout ici, pour votre plaisir je l'espère, mais surtout pour le mien.


Dépucelages ordinaires

Dans une nouvelle noirceur,
Le chant des courbes fait l'éloge de l'animal:
Un petit viol
D'une anarchie tolérable.
[Est-ce ainsi que les femmes meurent -
Par la magie de l'ordre des choses ?]

Pour vos amis les hommes,
La jouissance est sérieuse
Car c'est ici et là le plaisir du diable
(pour une immoralité bien pimpante)
Que d'abattre la barricade des cygnes.

Dans la chambre aux oiseaux, donc, le monde est flou
Mais l'orgasme, vraiment, on s'en fout.


(Je remercie, dans l'ordre, les auteurs qui m'ont prêté leurs mots:
Len Gasparini, Nathalie Mei, Montaigne, Degroote, Jedidiah Purdy, Didier Decoin, Dervy, Davis Zinczenko, Marylène Bertrand, Stéphanie Kaufmann, Jacques Gélat, Théophile Gauthier, Haddad, Killen, Clarke, Sophie Bramly. Si vos mots ont disparu, ne cherchez pas, c'est moi qui les ai)

vendredi 20 mars 2009

Les plus beaux mots du monde

En cette journée mondiale de la francophonie, et suite à la suggestion de mon amie Marya, j'écris aujourd'hui pour vous parler de mots.

En écoutant Tout le monde en parle un de ces dimanches, où j'entendais Guy A. poser la question à un de ses invités: "Quel est, pour vous, le plus beau mot du monde?", je me suis posé la question à moi-même. Il y en a des tas, des mots, qui veulent dire de belles choses. Comme les mots "amour", "pluie", ou autres mièvreries qui renvoient directement à la notion associée. On n'aime pas tant dans ces mots leur sonorité ou leur forme, mais les moments, les situations agréables rappelées par leur sens.

Moi, mon mot favori serait "Cyprine":
« [D]u latin Cypris , du grec Kupris, surnom d'Aphrodite. Sécrétion vaginale, signe physique du désir sexuel ». ( Le petit Robert )

Bon bon bon. J'entends déjà les oreilles sensibles se dire "Oh mais on sait bien, un mot sexuel comme mot favori, c'est joli!". Eh bien oui, messieurs dames, ce mot en est bien un de basse extraction, mais pourtant, ce n'est pas au phénomène physique que ce terme me renvoie, mais plutôt à son extraordinaire pouvoir de transformation.

Pouvoir que d'autres mots de même famille ne possèdent pas. Combien d'entre nous avons déjà buté sur les mots "vagin" ou "anus", qui, soyons honnêtes, sonnent horriblement mal. J'hésite même à les coucher sur ce papier virtuel tant leur sonorité et leur forme, en plus de renvoyer à une image (disons-le) vulgaire, semblent impropres à la diffusion. Le "g" de l'un, le "us" de l'autre tourne mal sur la langue (sans mauvais jeu de mots) et provoque toujours un léger malaise. Félicitations à vous si ce n'est pas le cas.
Ce qui fait de "cyprine" un mot extraordinaire c'est qu'il arrive, par sa forme seulement, à transformer un terme désagréable en véritable poésie. Même en sachant sa connotation, dites-le à voix haute et vous constaterez que sa sonorité coule gracieusement et facilement dans le langage. Plus de vulgarité. Plus de dégoût. Cyprine est un mot qui porte en lui la capacité de générer du beau à partir du laid.
Bien sûr, ce mot n'est pas le seul à remplir une fonction pareille. "Assassinat" ma paraît un beau mot, mais renvoie pourtant au tragique. "Linceul", à quelque chose de triste. À l'opposé, "bru" donne une couleur fade à une simple filiation, et "coléus" rappelle une maladie alors qu'il nomme une jolie plante. Et la liste est sans fin.
Mais "cyprine" me semble le terme qui marque le plus grand écart entre la beauté de sa forme et la bassesse de son référent. Et pour cela, il mérite toute ma considération et mon admiration la plus sincère.

À tous ceux d'entre vous qui arrivez à vibrer au son d'un simple assemblage de lettres, je vous dis bravo. Pour vous, toute la beauté du monde n'attend que d'être nommée.

Bonne journée de la francophonie.

samedi 7 mars 2009

Papier à mouche et chantage de pomme

Voilà à peine quelques mois, j'étais profondément persuadée que plus jamais un homme ne me regarderait. Quand on ne se sent pas bien dans sa peau, même si on est Claudia Schiffer (Shiffer? Schifer?).................. même si on est Pénélope Cruz, on se sent pas beau.

Mais les semaines ont passé. De party en bar, du bureau à la rue, j'ai capturé certains regards attardés sur moi. Au début, je vérifiais derrière mon épaule, cherchant la beauté à qui étaient dûs certains sourires. Puis, ne sachant comment réagir, j'ai préféré ignorer les marques d'attention, ou les repousser froidement en l'absence d'autres solutions.
Les quelques mois ont passé maintenant. Je ne me considère plus du tout comme une mocheté, et je n'ai plus besoin qu'on me rassure à ce sujet. Après avoir entendu trois fois que je ressemblais à un Renoir ou un Botticelli, j'ai fini par tout simplement accepter mon style de beauté. Ronde, pâle, blonde et bouclée avec un visage de poupée: une beauté qui ne correspond pas aux canons mais qui, je m'en aperçois maintenant, n'est pas ignorée par la gent masculine. Cette confiance nouvellement acquise m'a permis de regarder le monde avec de nouveaux yeux. Et de voir que non, je ne suis pas un pichou.

J'ai un minimum de succès en fait. J'attire certains hommes comme du papier à mouche, à mon grand dam d'ailleurs. Parce qu'ils sont tous de la même espèce de mouche. Des hommes qui manquent de confiance, timides, souvent immatures et inexpérimentés en matière de chantage de pomme. Des gars qui croient qu'en me couvrant de compliment je tomberais en amour avec le reflet amélioré de moi-même, qu'ils m'exposent en long et en large, les yeux brillants. Qui croient pour la plupart que je suis une proie facile. Mais je déteste la flatterie plus que tout, et puisque tout flatteur vis aux dépens de celui qui l'écoute, je n'ai l'intention de faire vivre personne. Non mais.

Et puisqu'il y a déjà plusieurs années qui me séparent de l'époque ou j'étais à l'aise avec les jeux de charme, je ne sais plus comment réagir. Même devant un prétendant inintéressant, je rougis, je balbutie, je m'empêtre. Je pourrais utiliser mon sens de la répartie et rabattre le caquet de ces coqs mais bon, je suis trop polie. Naïve, donc, j'accepte certaines invitations en croisant les doigts de n'avoir à repousser personne. Et avec une vague impression du devoir en plus : m'ouvrir, me mettre en danger, me permettre les expériences, connaître de nouvelles personnes. Mais rien à faire, les hommes qui me courtisent ne m'attirent tout simplement pas, et ma libido n'est pas assez déchaînée pour me contenter de si peu.
Oui oui, je sais, je dois y mettre du mien. Entrer en relation avec les hommes qui m'intéressent. Mais je n'y tiens pas. Je suis bien, là, pas de mec, pas de questions, pas de stress. Les papillons à l'estomac m'ont toujours donné mal au coeur, de toute façon.
Un peu au désespoir, je me disais donc bien piteusement que si les cinq prochains hommes à m'approcher sont aussi peu dans mon genre que les derniers, je me convertis au lesbiannisme.
Ne dit-on pas de toute façon qu'au contraire des hommes, toutes les femmes sont belles?

jeudi 5 mars 2009

Leçon de sociologie comparée #2 Sujet: Chialeux VS Plaignards

Leçon gracieusement offerte par mme Al, docteur honoris causa en sociologie quotidienne de la prestigieuse Université DTLJ*

Il existe des différences fondamentales entre le chialeux et le plaignard. Provenant de la même souche, ces deux groupes souvent confondus se distinguent pourtant clairement, bien que chacun ait une fâcheuse tendance à s'inspirer de l'autre. Voici aujourd'hui quelques indices pour les différencier.

Le plaignard se reconnaît à son air mélancolique et son silence recherché. Sa physionomie souligne sa recherche de confident : si vous voyez des yeux de chien battu soulignés de longs soupirs gras, ne vous approchez pas, vous avez affaire à un plaignard. Lorsque vous tendez l'oreille, vous pouvez entendre son chant triste de tourterelle répétant "tout le monde est contre moi", ou bien "c'est pas ma faute". Ne tentez pas de raisonner un plaignard, votre tentative est vouée à l'échec : le plaignard a beau être omnivore, il se nourrit presque exclusivement de la sympathie de ses contemporains. Une fois gavé de vos tentatives de réconfort et de bonne volonté, il s'en ira, la queue entre les jambes, paître chez une autre bonne âme.
Le chialeux est souvent différent. Vous le reconnaîtrez à son teint rouge et à la fumée qui lui sort des oreilles. Le chialeux a la faculté extraordinaire de revivre devant vous les émotions qui ont déclenché son chialage. Ainsi, ne vous surprenez pas si en racontant son parcours d'autobus le chialeux devient agressif ou désespéré, il est à ce moment ailleurs. Le chialeux ne chante pas, il meugle. "C'est toujours pareil" est son motto le plus populaire: parce le chialeux a une capacité de mise en perspective restreinte, toutes les situations désagréables lui semblent directement adressées.

Les deux types ont un comportement social aussi très différents, que vous pouvez repérer grâce à quelques signes distinctifs. Le plaignard en effet se tient souvent en retrait, jamais trop loin du troupeau, position stratégique liée à ses habitudes alimentaires. C'est un être solitaire qui n'aime pas la compagnie des autres plaignards, puisqu'ils lui donnent souvent l'impression de ne plus être le seul malheureux au monde. Le chialeux attire quant à lui les gens de sa trempe. Ceux-ci peuvent ainsi s'adonner en groupe à leur activité favorite, et se motiver l'un l'autre. Mettez cependant un chialeux avec un non-chialeux, et s'il n'arrive pas à faire chialer son interlocuteur, il se sentira alors seul, incapable de communiquer ses déboires.

Maintenant que vous en savez un peu plus sur ces deux groupes sociaux, mes chers amis, vous devez m'avoir démasquée. Oui... je suis une chialeuse. Mais je vous rassure tout de suite, tout ça est en train de changer: devenue incapable de subir l'attraction des autres êtres de mon espèce, qui ne font qu'accentuer mes colères, j'ai décidé de rejoindre le troupeau. Et puisque je ne suis pas vraiment une plaignarde, si je chiale pour rien, vous avez le droit de me le dire.

Mais soyez poli, quand même.



*Université De Tous Les Jours, Montréal

vendredi 30 janvier 2009

Exemple d'une journée ratée

Tout ça commence le matin.

Comme pas mal toutes les journées en fait.

C'était un beau départ : je m'étais couchée tôt la veille, je me réveille à l'heure et je me sens bien dans mon linge.

Mais puisqu'il faut sortir, je quitte l'appart : la réalité me frappe sous les traits des restants d'une petite tempête de neige. La rue n'a pas été déblayée et puisque je suis la première levée du bloc, personne n'a pelleté. Chanceuse dans ma malchance cependant, il fait doux (!) et j'ai connu bien pire comme tempête. Mais après une cinquantaine de pas à peine, une voiture qui ne daigne pas me contourner me fait signe à grands coup de klaxon qu'il apprécierait me voir élégamment patauger dans un pied neige. Ce que je fais, avec (très peu de) bonne grâce. Première offense.

Rabrouée, je continue vers le parc qui me sépare de l'arrêt d'autobus. J'attaque la colline et patauge quelques minutes jusqu'à l'abribus, mais hourra! l'autobus arrive pile! (mais absolument et complètement bondé). Je m'engouffre donc, avec appréhension, dans la bouche de l'enfer. Trois coins de rue plus tard : un camion énorme et rempli de neige nous coupe, et tente de tourner le coin bien sûr. Avance, recule, avance, recule, la bête tente de se faufiler entre les bancs de neige et les voitures. Et à peine une dizaine de minutes plus tard, nous sommes enfin repartis. À pied j'y serais déjà!

Le métro arrive et j'ai une place assise, ce qui est rare. Je me branche sur mon lecteur mp3 avec de vieux écouteurs parce que les neufs ont brisé la veille (comme vous voyez le malheur n'arrive jamais seul). Transfert, marche, jouage de coudes, et je suis dehors. Le café du matin presse, et le chemin qui y mène est glissant. Qui plus est, je suis en retard! Mais en ce matin d'apocalypse, j'en ai besoin comme d'une bouée de sauvetage.
Au travail rien à signaler, mis à part quelques bogues informatiques mineurs. Comme par exemple, gosser après l'imprimante pendant 10 minutes pour qu'on me montre où mettre le papier. Ah oui : et il manque 200$ à ma paie.

Je termine la journée tard, il fait déjà sombre et les trottoirs ne sont pas plus déblayés que ce matin. Je fais quelques commissions, SAQ, épicerie, club vidéo... Partout, les gens sont pressés et donnent du coude dans les files indiennes qu'obligent la circulation piétonnière. Heureusement, l'autobus qui me mène à chez moi arrive pile au moment où je sors du métro. Je laisse défiler les passagers afin d'entrer dernière. Mais ô surprise! Le chauffeur ferme la porte au nez d'une demi douzaines de personnes, dont moi évidemment, et pars.

Et moi, désespérée, je cours en tapant dans la porte.

Bon. Se rendre compte qu'une petite foule vous regarde trottiner derrière un bus rend un peu honteux, alors pour décompresser (et surtout pour protéger mon orgueil), je décide de marcher. Au coin juste à côté, j'attends la lumière verte en bidouillant mon mp3, cherchant de la musique joyeuse pour me changer l'humeur. C'est alors qu'un jet de gadoue grise et froide expédiée par une voiture sur la jaune me rappela à mon malheur. Super. Marcher me fera définitivement du bien. La musique dans le tapis, l'oeil meurtrier, je rentre chez moi ça presse.

Enfin j'y suis! Mais encore dans l'esprit du défoulement, je décide d'aller pelleter mes balcons. Le pied dehors, je me rends compte que mon sympathique voisin a pelleté toute la neige de mon bord du balcon! Merci voisin! J'empoigne la pelle et la plante rageusement dans l'amoncellement. Et qu'est-ce qu'elle fait la pelle? Ben elle casse!!

(ok rassurez-vous, je ne l'ai pas plantée si rageusement que ça. C'est juste que je l'ai laissée dehors tout l'hiver et elle a fendu. Mea culpa.)

Ok c'en est trop. Je rentre à l'intérieur, j'enlève mon fatras et je cherche mon pyjama. Si je ne sors pas, rien ne peut plus arriver non? Mais NON! J'oubliais le téléphone! Il aurait fallu l'éteindre puisque maintenant il sonne, et c'est le club video où j'ai ramené mes films vingt minutes plus tôt qui m'avise que j'ai oublié de mettre le dvd dans l'enveloppe. À ramener avant 10h ce soir, sinon c'est l'amende!
Encore en pyjama, je cherche le disque... qui n'est pas là! Eh oui, je l'ai oublié chez une amie!

20h37 à ma montre en ce moment. Aucun nouveau malheur n'est arrivé depuis le coup du téléphone. Par prévention cependant, il est hors de question que je ne jette ne serait-ce qu'un regard dehors jusqu'à midi demain.

Et je vous avertis: ce soir, je ne réponds pas au téléphone.

mardi 13 janvier 2009

Odeur de faux

Une odeur de cyprine inutile
Écume l'air étrangement
Forte de désirs interrompus

D'envies asséchées

Longtemps dans l'effluve
Par des relents d'aube dissipée
Je fais face

et dépouille mes chimères de confiance

Puis tu perds mes mots
Puis tu perds mon sens

Et je confond ton vrai
Avec mes silences