vendredi 10 avril 2009

Les fumeurs méritent de crever

Je fume et je ne fume pas, on and off depuis un peu moins de 10 ans. Si on met ensemble tous les petits bouts ou j'ai assumé ma dépendance, je suis fumeuse depuis à peu près 5 ou 6 ans. J'ai donc subi les remontrances parentales, les achats furtifs dans les dépanneurs et les complots avec les compréhensifs amis adultes - et les sympathiques inconnus abordés à la porte d'une station service. J'ai connu l'époque ou mon père m'envoyait lui acheter des cigarettes au dépanneur du coin, en me donnant une autorisation pour la caissière et 50 sous pour la commission (je m'achetais toujours des Nerdz). J'ai vécu le temps ou on pouvait fumer dans les bars et les restaurants, et où les paquets coûtaient à peine 4 dollars. Et où c'était cool de fumer.

Mais le temps a changé, depuis une décennie. Et pour le mieux! Loin de moi l'idée de me plaindre des petites photos dégoûtantes sur les paquets ou de l'atmosphère claire de mes bars favoris. Il apparaît clairement que la position populaire sur la cigarette est beaucoup plus saine qu'auparavant, et la que propagande s'est bien rendue.
Mais s'il vous plait... c'est beau la conscience, mais faut-il vraiment en mettre tant que ça?

Sérieusement, existe-t-il une personne plus opprimée qu'un fumeur? Quelqu'un de plus enquiquiné, de plus materné qu'un dépendant au tabac? J'ai compté cette semaine: 7 personnes différentes (certaines plusieurs fois) ont tenu à me mettre au courant des dangers de la cigarette. "Tu sais que c'est pas bon pour toi?" "Pourquoi est-ce que tu fumes, si tu sais ce que ça te fait?" "Tu es asthmatique, c'est vraiment stupide de ta part". Oui. Oui, oui et oui. Ok. D'accord.
Mais si ce n'était que ça - des amis et les collègues qui lancent un peu à la blague ces conseils avisés. Parce qu'il y a bien pire : cette semaine, à la pause café, une passante se cache le nez avec son foulard et lance, en passant à ma hauteur : "Ark, ça pue!". Sur la terrasse d'un café aménagée à même le trottoir, un employé me demande de jeter ma cigarette! Mais pour le passant qui flâne à deux pieds derrière moi, ça va, pas de problème, vis ton vice! J'ai même été, je vous le jure sur la future tombe de ma mère, insultée et bousculée par une vieille dame italienne parce que je fumais à à peu près 8 pieds d'un abribus! Non mais c'est un monde! Et aujourd'hui, à la pause-café encore une fois, un groupe de madames étranges jasaient à quelques mètres de moi, me lançant quelques subtiles oeillades combinées à la technique du "assez-fort-pour-qu'on-m'entende-mais-pas-assez-pour-être-répondue", de l'incroyable manque de respect des fumeurs envers la société et eux-même.

Transcription du dialogue (à lire en mode "Belles soeurs" de Tremblay) :

[...]
- Non mais tsé! Y le savent toute qui vont pogner le cancer, pis continuent pareil! Pis y nous amènent toute dans' tombe aik eux-autres, aik leu' maudite fumée secondaire! Maudit qu'y savent pas vivre!
- Bin certain! Tsé! Y devraient toute leu' donner des amendes, tsé, pour payer le système d'hÔopitals, là. Là c'est toute nous autres qui payent leu' chimio aik nos taxes.
- Ouin. On devrait même pas les rentrer à l'hÔopital, eux-autres, tsé!
- Ouin. Les fumeurs, y méritent toute leu' sort. Tant pis pour eux autres.
[...]

Traduction : les fumeurs méritent de crever.

Bon... mise en perspective. Est-ce que je pue vraiment plus qu'une madame qui a échappé son flacon de parfum cheap dans son décolleté, ou qu'un gars qu'on jurerait qu'il ne s'est pas lavé depuis une semaine? Qui plus est, la mauvaise hygiène ou l'abus de produits de beauté se sont révélés particulièrement nocifs pour la santé. Et à noter qu'il n'y a pas grand chose en ce monde qui n'est pas cancérigène. Le vin, la malbouffe, le déodorant, les cellulaires, le soleil, l'air, l'eau, même le balcon en bois traité de mes parents et (je vous jure que j'ai lu ça quelque part) la couleur rouge!!! Devrais-je vraiment lapider le premier venu à se promener en t-shirt rouge? Engueuler les serveuses du McDo, ou déposer une plainte contre l'eau??
On s'entend, il y a une façon respectueuse de fumer. On s'éloigne des autres et des endroits passants, on souffle la fumée dans une direction opposée à un interlocuteur, etc... Mais y'a-t-il une forme de respect pour les fumeurs? Chassés, insultés, éloignés, confinés, même, dans des chambres à gaz (lire fumoirs) ou on s'étouffe les uns les autres.

Je, ici, maintenant, (là, là!) réclame à grands cris le respect du premier amendement, me permettant en toute impunité de me suicider à petites doses. Je demande la glorification de ces martyrs de la clope qui, contre vents et marées, se battent pour leur droit de choisir dans le respect des autres et de soi. Oui, nous, combattants du quotidien qui devons essuyer les revers méprisants, les froncements de narines dédaigneux, et les commentaires disgracieux! Nous n'avons pas choisi la voie de la facilité, non! mais nous restons forts dans l'adversité! Tous, ensemble, nous puons d'une seule et même effluve afin de prouver à la face du monde que non, les fumeurs de méritent pas de crever! Nous sommes vivants, et nous goûtons la vie à pleines bouffées, à travers des filtrées!

NOUS VOULONS VIVRE!!!!!!



(P.S. Je prévois arrêter d'ici peu.)

1 commentaire:

Sébastien Desrosiers a dit…

Les fumeurs doivent se sentir comme les athées des États-Unis, constamment ghettoisés, remis en question, pointés du doigts et regardés de haut...

Malgré tout, y'a de l'abus partout, de chaque côté. Un fumeur au travail qui se donne la peine de descendre plusieurs étages pour aller se griller une cigarette au rdc, mais qui ne manque pas de "parfumer" en permanence l'entrée du building (trop froid ou trop chaud dehors..pfffff) ou l'ascenseur, c'est pas mieux. On parle maintenant de fumée tertiaire, mais c'est un peu poussé je crois. Les fumeurs doivent être plus conséquents et responsables, ce sera déjà ça de gagné. Pour le moment, ils ne pensent qu'à se victimiser... Mais les non-fumeurs ne doivent pas pour autant les traquer comme des animaux.

Tout le monde déteste les chasses aux sorcières...