samedi 28 mars 2009

Petits emprunts bien innocents

Lors de mon passage à l'université, on a tenté de m'enseigner différentes techniques de création artistique, théâtrales pour la plupart. Parmi celles-ci, la technique m'ayant donné le plus de difficultés s'est avérée être la méthode REPÈRE de l'école Jacques Lecoq, reprise par la compagnie Ex Machina et son leader, Robert Lepage. Ce point de vue m'a semblé différent de tous les autres en le fait qu'il met au centre de la création des éléments affectifs à quoi l'on procure plus tard un sens. Ceux d'entre vous qui avez déjà expérimenté la création conviendrez que l'inspiration naît souvent d'une idée, d'un concept (donc du sens), que l'on met plus tard en forme avec des mots, des couleurs, des sons.
Avec REPÈRE, c'est plutôt le contraire. Au théâtre, nous fouillions des textes pour en retirer les phrases, les personnages et les concepts qui nous plaisaient et nous faisaient vibrer. De ce ramassis pêle-mêle d'idées folles et sans lien, nous tentions de former un tout sensible et surtout, solide. Selon moi, il s'agissait plus ou moins de planter une colonne vertébrale dans un mollusque, chose beaucoup plus difficile que de bâtir à partir d'un squelette, vous en conviendrez.
Mais je n'écris pas aujourd'hui dans le but d'exposer cette technique au grand public, chose que vous pourrez faire dans vos temps libres si cela vous chante. Je désire plutôt coucher sur papier les résultats de mon exploration solo de la méthode susnommée :

Mon emploi actuel me demande régulièrement de passer en revue différents titres de livres et d'en trouver leurs pages de couverture ainsi que leur résumés, que je publie ensuite sur le site internet de ma compagnie. Récemment, une lubie m'a assaillie : pour une raison quelconque, je me suis mis à prendre en note les titres de livres qui me semblaient accrocheurs ou me touchaient, non pas toujours dans le but de lire les ouvrages retenus, mais simplement parce que je trouvais que leurs titres sonnaient bien. Peut-être, qui sait, dans le but de trouver un peu de beauté dans des journées parfois monotones. Ces 37 titres notés me hantaient parfois, me revenaient en mémoire comme des mots qui n'étaient pas les miens, mais qui semblaient faire partie de moi. Et de jour en jour, 16 des titres retenus se sont enlignés sur le papier, petit à petit, innocemment d'abord, puis impérieusement.
Ce matin, j'ai relu ces titres si simplement accolés, où je n'ai rajouté (en italique) que quelques détails, et j'en ai trouvé un tout digne d'être.
Je copie ce tout ici, pour votre plaisir je l'espère, mais surtout pour le mien.


Dépucelages ordinaires

Dans une nouvelle noirceur,
Le chant des courbes fait l'éloge de l'animal:
Un petit viol
D'une anarchie tolérable.
[Est-ce ainsi que les femmes meurent -
Par la magie de l'ordre des choses ?]

Pour vos amis les hommes,
La jouissance est sérieuse
Car c'est ici et là le plaisir du diable
(pour une immoralité bien pimpante)
Que d'abattre la barricade des cygnes.

Dans la chambre aux oiseaux, donc, le monde est flou
Mais l'orgasme, vraiment, on s'en fout.


(Je remercie, dans l'ordre, les auteurs qui m'ont prêté leurs mots:
Len Gasparini, Nathalie Mei, Montaigne, Degroote, Jedidiah Purdy, Didier Decoin, Dervy, Davis Zinczenko, Marylène Bertrand, Stéphanie Kaufmann, Jacques Gélat, Théophile Gauthier, Haddad, Killen, Clarke, Sophie Bramly. Si vos mots ont disparu, ne cherchez pas, c'est moi qui les ai)

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