En cette journée mondiale de la francophonie, et suite à la suggestion de mon amie Marya, j'écris aujourd'hui pour vous parler de mots.
En écoutant Tout le monde en parle un de ces dimanches, où j'entendais Guy A. poser la question à un de ses invités: "Quel est, pour vous, le plus beau mot du monde?", je me suis posé la question à moi-même. Il y en a des tas, des mots, qui veulent dire de belles choses. Comme les mots "amour", "pluie", ou autres mièvreries qui renvoient directement à la notion associée. On n'aime pas tant dans ces mots leur sonorité ou leur forme, mais les moments, les situations agréables rappelées par leur sens.
Moi, mon mot favori serait "Cyprine":
« [D]u latin Cypris , du grec Kupris, surnom d'Aphrodite. Sécrétion vaginale, signe physique du désir sexuel ». ( Le petit Robert )
Bon bon bon. J'entends déjà les oreilles sensibles se dire "Oh mais on sait bien, un mot sexuel comme mot favori, c'est joli!". Eh bien oui, messieurs dames, ce mot en est bien un de basse extraction, mais pourtant, ce n'est pas au phénomène physique que ce terme me renvoie, mais plutôt à son extraordinaire pouvoir de transformation.
Pouvoir que d'autres mots de même famille ne possèdent pas. Combien d'entre nous avons déjà buté sur les mots "vagin" ou "anus", qui, soyons honnêtes, sonnent horriblement mal. J'hésite même à les coucher sur ce papier virtuel tant leur sonorité et leur forme, en plus de renvoyer à une image (disons-le) vulgaire, semblent impropres à la diffusion. Le "g" de l'un, le "us" de l'autre tourne mal sur la langue (sans mauvais jeu de mots) et provoque toujours un léger malaise. Félicitations à vous si ce n'est pas le cas.
Ce qui fait de "cyprine" un mot extraordinaire c'est qu'il arrive, par sa forme seulement, à transformer un terme désagréable en véritable poésie. Même en sachant sa connotation, dites-le à voix haute et vous constaterez que sa sonorité coule gracieusement et facilement dans le langage. Plus de vulgarité. Plus de dégoût. Cyprine est un mot qui porte en lui la capacité de générer du beau à partir du laid.
Bien sûr, ce mot n'est pas le seul à remplir une fonction pareille. "Assassinat" ma paraît un beau mot, mais renvoie pourtant au tragique. "Linceul", à quelque chose de triste. À l'opposé, "bru" donne une couleur fade à une simple filiation, et "coléus" rappelle une maladie alors qu'il nomme une jolie plante. Et la liste est sans fin.
Mais "cyprine" me semble le terme qui marque le plus grand écart entre la beauté de sa forme et la bassesse de son référent. Et pour cela, il mérite toute ma considération et mon admiration la plus sincère.
À tous ceux d'entre vous qui arrivez à vibrer au son d'un simple assemblage de lettres, je vous dis bravo. Pour vous, toute la beauté du monde n'attend que d'être nommée.
Bonne journée de la francophonie.
2 commentaires:
Moi, mon mot préféré c'est "goglu". On peut pas le dire fâché, ni triste. Ça a aucune crédibilité.
Goglu c'est pas une marque de biscuits ca?
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