jeudi 7 mai 2009

Guide montréalais pour les portefeuilles généreux

Si vous avez déjà marché dans les rues de Montréal, vous savez comme moi que la sollicitation fuse de toutes parts. Informateurs pour Greenpeace ou autres causes sociales; donneux de magazines de tous acabits; et bien sûr, quêteurs de monnaie et de cigarettes.

Certains s'ignorent bien: ils se rattachent à produit, donc si vous n'êtes pas intéressés, basta. Mais les itinérants, les nécessiteux, sont plus difficiles à oublier. En tout cas, si vous êtes comme moi, vous souhaiteriez que tout aille bien dans le meilleur des mondes, mais puisque ce n'est pas le cas vous vivez nécessairement la culpabilité de devoir dire non. Mais (encore une fois si vous êtes comme moi), vous déposez quand même une fois de temps en temps quelques sous dans une main tendue ou un étui de guitare vide.
Or, tous les quêteux ne s'équivalent pas. Et choisir à qui donner ou pas s'avère parfois difficile. Pour vous aider dans vos choix de générosité, je vous partage mon petit guide personnel sur les quêteux de Montréal.

Catégorie 1: Squeegees
Ils se promènent avec leur stock et leurs chiens, dans une mini-société en marge de la nôtre. Après avoir entendu une bonne partie d'une conversation ou j'en entendais se glorifier de vivre "contre la machine" et de refuser de travailler, tout en cherchant comment payer leur drogue, j'ai décidé de ne plus donner.

Catégorie 2: Musiciens
Guitareux du métro, violoneux de la rue, accordéonistes de centre d'achats, je les aime bien. Ils font une bonne utilisation de leurs talents - et divertissent. Et comme je payerais pour un bon disque et pas un mauvais, je donne à ceux qui m'émeuvent. N'ayez pas peur de vous arrêter pour les écouter, des bijoux de créativité se cachent parfois dans des écrins bien sombres.

Catégorie 3: Pity party
Ils sont sales, maigres, dorment dans des boîtes de cartons. Un visage brisé par la vie vous regarde avec des yeux vides, et vous morcellent le coeur. Donnez! Mais pas de l'argent - vous en avez sûrement besoin et vous ne savez pas exactement ce qu'ils en feraient. Mais vous avez une barre tendre, une pomme dans votre sac? Une paire de bas chauds que vous ne mettez plus? Vous vous sentirez plus léger sans eux.

Catégorie 3: Agressifs
Elle vient d'insulter un passant qui lui a dit non, ou qui a peu donné? Il jure dans sa barbe contre le monde entier? Il insiste fortement, tente la manipulation? Moi, c'est automatiquement non. Un service rendu mérite reconnaissance, et je déteste me faire tordre un bras.

Catégorie 4: Entertainers
Il y en a un qui me parle en rimes, l'autre qui me raconte des blagues. Attitude positive? Je donne. Ne serait-ce que pour encourager ces élans de bonne humeur, pour remercier d'avoir ri un peu. Parce qu'ils sont rares, les riches comme les pauvres, à oser faire sourire un inconnu.

Catégorie 5: L'Itinéraire
Ce petit magazine est vendu un peu partout, et si vous avez un chemin habituel passant par le métro vous rencontrez sûrement un camelot toujours au même endroit. Achetez-le lui donc. C'est 2$ et vous encouragez ces braves gens à garder un travail. Mieux! Souriez-leur et faites connaissance, pourquoi pas? À Montréal, les chemins sont solitaires pour eux comme pour vous. Mon camelot à moi s'appelle Serge et il est bien comique.

Catégorie 6: Vendeux
"Je suis muet, voici une carte pour 5$". "Je vends des cartes d'anniversaire que je fais moi-même/des crayons/des porte-clés"... ça vous dit quelque chose? Des arnaques. Même si ça me peine de généraliser (je ne doute pas qu'il y ait d'honnêtes muet et artistes dans le lot), je ne peux pas me convaincre qu'aucun ne revend des trucs volés, ou ment éhontément. Donc je garde mon argent pour de meilleurs cas - ou en tout cas des cas plus sûrs.

Catégorie 7: Les wise
Ils vous prennent au piège dans le métro, vous attendent à la sortie de la banque, se positionnent stratégiquement pour que vous ne puissiez pas passer à côté. Vous pensez qu'ils ne vous lâcheront pas tant que vous n'avez pas donné? Vous avez tort. Endurcissez-vous un peu, et mettez votre pied à terre. Donner est un acte de générosité, pas une obligation née de la peur.


Bon... je pense avoir plus ou moins passé les catégories de quêteux que je rencontre régulièrement. Mais ça c'est mon petit code personnel, libre à vous de vous en inspirer ou pas. Cependant, je pense quand même qu'il y a des choses que tout le monde devrait faire. Par exemple, sourire. Non seulement c'est gratuit, mais c'est gratifiant. Pour les autres - ces gens là ne rencontrent probablement pas souvent de visages ouverts - et pour soi. En plus, peut-être arriverez vous à inspirer une ou deux personnes qui, face à votre attitude positive, se convaincront de faire de même. Et même si vous vous faites insulter, même si l'autre a l'air bête sans bon sens, vous aurez le mérite d'avoir tenté le coup, d'avoir coupé court pour une fois à une escalade de mauvais sentiments.

Allez les copains! Quitte à ne jamais voir la paix et l'équité dans ce bas monde, répandez au moins la bonne humeur! Souriez!

Aucun commentaire: