lundi 18 mai 2009

Touche-à-tout-bonne-à-rien

Quand vient le temps de se fixer sur une carrière, que ce soit à 7 ou à 77 ans, le choix est vaste. Certains connaissent dès la prime enfance le domaine d'emploi qu'ils sauront occuper un jour, d'autres tergiversent longtemps.
Moi j'avais dès le secondaire (que dis-je... le primaire!) la profonde conviction que jamais je n'irais en mathématiques ou en sciences. Non que je n'aie pas eu les résultats académiques nécessaires, ni l'intérêt d'ailleurs : j'adorais la biologie et la physique atomique, mais je m'y entendais moins bien en maths pures et en... tout le reste, finalement. Dès mon plus jeune âge, mes professeurs et mes parents m'ont encouragée dans les avenues qui étaient les plus faciles et les plus amusantes pour moi. J'aimais le français et l'anglais, les arts et la morale, où on prenait largement en compte la créativité des élèves. J'excellais en lecture et en écriture (poèmes et compagnie), et je m'amusais à monter des petits spectacles dans ma cour dès mes premiers balbutiements - ou presque. C'est ainsi qu'à ma demande, ma mère m'a inscrite en théâtre (après avoir tenté la natation, la peinture, etc...). J'adorais le théâtre - mais pas les acteurs. Mon mélange maison de timidité et d'extraversion me permettaient difficilement de forger de véritables amitiés avec mes collègues exubérants et tape-à-l'oeil, et je n'avais ni la volonté ni la force de jouer des coudes pour me retrouver en tête d'affiche.
Je continuai donc à écrire, et à tourner autour du monde théâtral et artistique en général. J'ai découvert plusieurs avenues, ici et là, qui me plaisaient. J'ai pensé devenir comédienne, puis metteur en scène, puis dramaturge, professeur, et enfin critique de théâtre (ou journaliste artistique en général).
Mais j'appartiens à la génération Y. Ma vie personnelle prend une grande importance dans mon choix de carrière, et les horaires ainsi que la sécurité d'emploi m'importent beaucoup. De plus, je suis parfois d'une indicible paresse doublée d'une certaine insécurité naturelle. Alors le travail à la pige... me terrorise. C'est donc ainsi que je me suis retrouvée, à la sortie d'un BAC pratiquement inutilisable, commis à la librairie à temps plein - travail que j'aime bien, mais où j'ai une peur bleue de passer ma vie, sans avoir rien accompli de valable.
Je songe maintenant à ce que peux devenir. J'applique sur certains postes, sans même savoir lesquels je puis remplir adéquatement. Je me rends compte que je suis une touche-à-tout-bonne-à-rien. C'est à dire : je peux tout faire si je m'en donne la peine, mais je n'excelle dans aucun domaine en particulier. Selon certains membres de ma famille, c'est d'ailleurs là un bagage génétique paternel (merci pour le leg). Pratique, puisque je peux tout faire. Dommage, cependant, que j'aie jeté mon dévolu sur le monde artistique où l'instabilité fait partie des joies de la vie.
J'ai des idées de grandeur, où je partagerais ma vision avec mes pairs, mon nom écrit en tout petit sous un article de journal. Je voudrais que ma participation au monde crée des remous, si petits soient-ils, que mon action engendre la réflexion dans une tête ou deux. Je voudrais avoir une valeur critique et sociale, une valeur tout court. Mes ambitions me font cependant aussi rêveuse que désemparée quand je songe au nombre de gens qui pensent exactement comme moi, qui ont les mêmes visées, les mêmes désirs... Et au nombre d'élus dans ce monde d'appelés, je ressens un certain désespoir à l'idée que j'aurai peut-être sacrifié mes années d'études en vain.
Où donc se diriger? Tourner le dos à un monde où tous les rêves sont permis et entreprendre une carrière stable mais ennuyante? Persévérer et risquer de se réveiller, à 40 ans, toujours libraire dans un Renaud-Bray près de chez vous? Ô combien de jeunes adultes se seront posé la question - Ô combien n'auront pas trouvé la réponse!

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