mercredi 16 septembre 2009

Chevalerie moderne

Aujourd'hui je fais face à problème de conscience.

Je dois décider entre dire et ne pas dire. Ou plutôt me retirer ou m'assumer.

Car en effet, avec ma grande gueule, je n'ai pu m'empêcher de dénoncer à corps et à cri une attitude qui m'a paru choquante :

Plus tôt cette semaine, je suis arrivée en retard et ai surpris un de mes supérieurs dans la cuisine en train de parler à tous les employés réunis. Étant donné que j'avais manqué la quasi intégralité du discours, je n'avais pas saisi le fond, mais je pus constater que la forme était dure et directe. Une personne qui avait assisté à la scène me rapporta les faits : si jamais un des employés du plancher utilisait la toilette du premier étage hors des temps de pause (ils ont une toilette en bas), ils seraient renvoyés. Ébranlée, étonnée (soufflée, effarée [ajoutez des synonymes]), j'exposai en quelques mots ma compréhensible indignation... sur Facebook.

Bon.

Facebook fait partie de ma vie depuis un certain temps déjà, et de la même façon que je consulte mes courriels, je visite ma page quelques fois par semaine. Ce nouveau moyen de communication m'est devenu tellement bénin que j'ai fini par en oublier toutes les implications. En effet, parmi mes amis du WorldWideWeb, je compte beaucoup de collègues passés et présents qui sont bien placés pour faire véhiculer l'information, ce qui n'a pas manqué d'être fait.

Ce matin, le supérieur en question m'a convoquée pour un tête à tête. Comme toujours, cette personne fut directe et polie, et même d'une certaine façon, affectueuse. Elle m'a expliqué que le propos était destiné à une personne en particulier, qui faisait abus des susnommées toilettes. Je tentai d'opposer que peut-être elle aurait pu lui dire à lui en particulier, mais la tentative avait déjà été faite. Elle désirait surtout redresser la situation auprès de tous pour que de tels comportements ne se propagent pas.

Je comprends. Sincèrement. Je peux comprendre la responsabilité énorme d'un haut poste, et la difficulté d'appliquer certaines règles. Je comprends aussi l'importance de peser ses mots en public. Après cet entretien, j'ai réfléchi aux dommages collatéraux que j'avais peut-être causé à des supérieurs, des collègues, des amis. J'imagine que quelqu'un aura voulu savoir le fin fond de l'histoire et en parler directement à la personne concernée, faisant débouler une série de conséquences.
Je ne suis pas certaine de qui est ce fameux informateur secret, mais je ne lui en veux pas. J'aurais probablement agi exactement de la même façon. Je veux dire - si j'entendais parler d'abus et que je pouvais agir contre, je le ferais.

Mais n'est-ce pas exactement ce que j'ai fait au bout du compte? Peu importe les circonstances qui ont motivé un tel comportement, la perception des employés (surtout ceux qui n'étaient pas concernés) n'en est pas moins restée la même : c'était une sorte de menace. Je l'ai décrite comme telle, sur le coup, et ce fut assez pour alarmer un ami. Peut-être que grâce à cet ami, mon supérieur aura lui aussi compris qu'il faut surveiller ses dires en public. Peut-être que grâce à mon étourderie, j'aurai réussi à aider mes collègues.

Je ne publie pas ceci par vengeance, ou par justification. Il est arrivé ce qui est arrivé, et c'est très bien comme ça. Je ne changerai pas d'avis sur mon interprétation de la situation, parce que je crois avoir bien observé tous les côtés de la médaille, et que mon sens de la justice, ou de l'honneur (appelez ça comme vous voudrez), me dit que ce qui a été fait n'était pas bien. Mais un autre de mes sens (la prudence, la sagesse, ou je ne sais quoi) me dit qu'il faut bien choisir ses batailles. Donc je ne battrai pas. Mais mon côté chevaleresque me dit que je ne peux pas ne rien dire, alors je dis.

Je ne ferai pas de publicité à cette petite tirade. Je n'en parlerai pas, et je n'inviterai personne à me lire. Le but n'est pas ici de créer des remous, mais bien d'apaiser les miens. Mon honneur est sauf :

Je m'assume.

1 commentaire:

lady a dit…

Honneur à toi.