Je me posais la question à savoir si certaines expressions n'ont pas un peu dépassé leurs limites? En effet, on peut voir un tas de tournures de phrases qui n'ont absolument plus de sens, ou qui ne se réfèrent plus à la même chose. Prendre son pied. Sentir le canard à la patte cassée. La chienne a Jacques (c'est qui, Jacques?!). Autant d'expressions qui, en somme, ne veulent absolument rien dire. On ne commencera pas à remettre en question le bien fondé de ces images. Tout le monde s'entend sur leur sens, et tant que ça reste comme ça, tout le monde est heureux. Mais quand même...
Il me semble que c'est relativement important de remettre les choses en question, ne serait-ce que par curiosité, pour comprendre à peu près pourquoi les choses sont comme elles sont. C'est là un sain exercice que de ne rien avaler tout cru, comme ça, sans faire mijoter l'information quelques minutes. Non seulement le cru est dangereux pour la digestion, mais en plus, on risque l'abrutissement général. C'est donc lors d'une de ces cogitations à la mijoteuse que je me rendis compte que ce n'est pas parce que quelqu'un voit le verre à moitié plein qu'il est une personne positive.
À la base, l'idée du verre vide ou plein n'est-elle pas simplement un exemple? Bon. Prenons une personne en crise existentielle, une pauvre âme qui broie du noir. Vous êtes son ami et vous cherchez à lui donner un coup de main, vous tentez de l'aider à modifier sa perception des choses. "Prends ça du bon côté", vous dites, "Think positive!". Rentre d'une oreille et sort de l'autre : même en anglais ça ne passe pas. Vous vous lancez donc dans la comparaison imagée, qui semble avoir plus d'impact chez les imaginations fertiles :
«Mettons, là, que tu as un verre devant toi et qu'il est à moitié rempli. Tu as le choix de voir ce verre à moitié vide, ou à moitié plein. Tu as raison dans les deux cas mais, si tu choisis de le voir plein, c'est beaucoup plus plaisant que de le voir vide! C'est la même chose dans vie.»
Et voilà. Vous êtes passé maître dans l'art de l'imagerie, et vous avez le sentiment du devoir accompli. Je sais que vous vous sentez tout chose d'avoir tendu généreusement votre main secourable, mais malgré toutes vos belles intentions, je dois vous avertir que votre protégé ne sera probablement pas plus positif si il s'exclame maintenant spontanément : CE VERRE EST PLEIN! Non. En fait, peut-être que votre intervention aura miraculeusement transformé votre copain en rayon de soleil. Mais dans le cas où vous lui auriez simplement posé la question à savoir si son verre était à moitié plein ou à moitié vide, vous auriez eu tout faux.
Je pense que la réponse à cette question est surtout circonstancielle, et que cet état de fait invalide toute conclusion portée sur le fameux test du verre. Il m'apparaît impossible de pouvoir définir le positivisme de quelqu'un sur une réponse aussi simple. Selon moi, le moment où la question est posée, le type de liquide versé, l'état de soif de l'interrogé déterminent le résultat donné de façon évidente. Preuve?
Si on me pose la question quand je viens d'en boire la moitié, il est à moitié vide.
Si on me la pose quand je viens d'en verser la moitié, il est donc à moitié plein.
Si je suis en proie à la soif, il est à moitié vide, parce que je pourrais en boire le double.
Si je suis repue, il est à moitié plein, parce que je pourrais ne pas le finir.
Si mon verre est à moitié rempli de sirop pour la toux, il est à moitié plein.
Si mon verre est à moitié rempli de champagne, il est à moitié vide.
(et pour ceux qui s'y connaissent un peu :)
Si mon verre de vin est à moitié, il est plein.
Si mon verre de cognac est à moitié, il déborde.
Je pourrais sûrement trouver des tonnes d'exemples du genre. D'accord, je m'écarte un peu du bon vieux verre d'eau, mais je pense que la digression en vaut la peine. Il me semble que la bonne vieille idée qu'une simple réponse à une seule question puisse définir une personnalité est simplement écartée. Parce que même si le principe constitue un bon exemple pour exposer une idée, il ne l'incarne pas! Donc quand quelqu'un me posera la question « le verre est-il à moitié plein ou à moitié vide?», je répondrai : mets du vin à la place, ça sera juste plein. Et on en aura fini avec toutes ces histoires de positivisme.
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