samedi 27 juin 2009

Le tour du monde en 40 minutes

25 juin 2009.

Le monde est soufflé : Michael. Jackson. Est. Mort.

À 19h13 minutes, dans mon salon à écouter de la musique avec ma coloc et son copain, le téléphone sonne. La coloc répond. "HEIN!? POUR VRAI!?!!". Elle nous regarde avec des yeux effarés pendant qu'au téléphone, l'interlocuteur lui déballe son sac d'informations juteuses. Je suis sommée de synthoniser les nouvelles à la télé. Et voilà. Denis Lévesque commente le fouillis des hélicoptères en pagaille survolant l'hôpital encerclé pendant qu'un bandeau défile au bas de l'écran : "Michael Jackson mort d'un arrêt cardiaque à 50 ans".

Sonnés, abasourdis, on ouvre en vitesse les clapets de nos cellulaires et on compose à qui mieux-mieux. À la vitesse de l'éclair, nous informons nos parents, nos proches et nos amis de cette perte tragique, comme si un proche était disparu. On veut tous être le premier l'apprendre aux autres, celui qui va goûter à la réaction unique et spontanée de nos copains. Une cacophonie de sonneries téléphoniques retentit dans les cieux - l'atmosphère est engorgée d'ondes.
Ne pouvant y croire, on appelle l'ordinateur en renfort à la recherche de détails complémentaires. Facebook est saturé. On porte aux nues le roi déchu de la pop.

Son décès est constaté à 17h26, heure du Québec. Le premier commentaire émis parmi mes amis se fait à 18h06. Le monde peut être parcouru en 40 minutes.

Vous rappelez-vous du 11 septembre? Le lieu, le moment exact où vous étiez, qui était à vos côtés? Le sentiment d'incrédulité qui vous a d'abord assailli, puis celui ou vous avez compris que quelque chose venait de se passer. Quelque chose d'international, de planétaire, quelque chose de BIG. Un simple événement qui marque à jamais. C'est un peu triste d'associer cet événement à la mort somme toute banale d'une pop star. Mais c'est un peu ça.
Une figure emblématique, un symbole, un personnage aussi vivant que sa musique est mort. Comme les rock star des années 70, il est mort dans une espèce de déchéance étrange, où la drogue et le sexe ont été remplacés par les poursuites judiciaires et les chirurgies plastiques.

What a world.

La mort d'une icône en temps réel. C'est maintenant possible. Et c'est arrivé le 25 juin 2009.

mardi 26 mai 2009

Des outils et des hommes

J'ai compris aujourd'hui ce qui pousse le mâle moyen à s'acharner sur un pot de pickles. Pourquoi ils aiment tellement se beurrer d'huile à moteur et manipuler les outils les plus divers. J'ai constaté dans toute l'étendue de son inébranlable vérité la teneur de l'orgueil masculin, moi, toute petite femme aux mains blanches.

Mon réfrigérateur a brisé cette semaine. Bon, pas le frigidaire, là, juste la porte. N'empêche, à six jours de le vendre au prochain locataire, j'avais un peu la pression. Donc, après m'être échappé la porte dessus une bonne douzaine de fois, je résolus de me rendre au Canadian Tire - lieu que je fréquente plus pour ses ensembles de vaisselle et accessoires de décoration que pour ses vis, écrous et boulons en tout genre.
Munie comme d'une arme du petit machin brisé qui sert de pivot à ma porte, j'attaque le premier commis venu en lui brandissant ledit accessoire sous le nez, implorant son aide. Le petit boutonneux de dix-sept ans, après avoir cherché aussi inefficacement que moi la patente à gosse au nom toujours inconnu, règle son problème en m'expédiant au Rona le plus proche. Pas si proche que ça d'ailleurs. Une demie-heure de marche plus tard, je suis au Rona - lieu que je fréquente plus pour son choix de plantes vertes et ses accessoires de décoration que pour ses vis, écrous et boulons en tout genre. Même expérience. L'autre boutonneux m'avoue son incompétence, et m'expédie chez Sears. Super. Une vingtaine de minutes plus tard, je suis chez Sears, lieu que je fréquente plus pour... bon, vous avez compris la suite. Sauf qu'ils n'ont pas d'écrous, de vis et de boulons en tout genre, eux. Et de me faire réexpédier au coin de Jarry et Pie-IX - espèce de lieu lugubre spécialisé en pièces minuscules et inintéressantes (vis, écrous et boulons compris), et qui est comme de fait fermé.

Too bad. Je retourne chez moi, après avoir couraillé pendant trois heures une maudite et stupide pièce de rechange de frigidaire. Mais je ne pouvais pas me laisser faire rire de moi par la porte de mon Kenmore, non! Assise devant l'électroménager ennemi (tentant l'intimidation par le regard), je commence à le triturer, ouvrant et fermant les portes, tentant de comprendre le mécanisme utilisé et les pièces nécessaires à son bon fonctionnement. Tentée par une grande aventure, mise au défi par une machine, j'entreprends donc de démonter le mastodonte pour essayer de le déchiffrer. Eurêka! Si j'intervertis la pièce A brisée du bas de la porte avec la pièce B, toujours fonctionnelle, de la porte du congélateur, en réinsérant la nouvelle pièce en sens inverse, ça devrait marcher.
Je m'arme donc d'une clé à molette et d'un tournevis, et je passe à l'attaque. La porte contre l'épaule, clé en main, je force comme un boeuf à tout tenir en place. Mais c'est que ça prend du doigté! Mais c'est que ça prend de la force! Beurrée de cambouis jusque dans la face, pourtant, j'arrive à mes fins. Les portes sont réinstallées et... ça marche! Mais pas tout à fait : la pièce A est plus grande que la pièce B, et frotte dangereusement contre la pièce C. Mmmm... dilemne. J'observe encore, ouvre-ferme-ouvre-ferme la porte, et voilà. Je dois simplement remplacer la pièce dysfontionnelle par un washer. Toute heureuse d'avoir réussi à placer dans cette conversation avec moi-même un terme aussi recherché, je pars donc à la recherche de ladite pièce, que j'insère avec délice à l'endroit nécessaire.
E-t-v-o-i-l-à. Je suis un pur génie. Je suis maître de la machine, force de la nature, puissance de la vie. J'exécute une petite danse de pure satisfaction dans ma cuisine, et je rouvre mon frigidaire une demi-douzaine de fois, juste pour jubiler de le voir comme neuf, par mes soins bienveillants et mon exquise débrouillardise bien entendu. J'imagine alors le gars qui monte une voiture, qui répare la plomberie, qui ouvre un pot de pickles. Et voilà, j'ai tout compris.
Jusqu'à ce que je le cède au prochain locataire, à chaque fois que j'ouvrirai mon réfrigérateur, je ressentirai en même temps que la bouffée de froid cette chaleur née de la fierté, de l'orgueil d'avoir su, seule et sans instructions, réparer ma porte de frigidaire.

lundi 18 mai 2009

Touche-à-tout-bonne-à-rien

Quand vient le temps de se fixer sur une carrière, que ce soit à 7 ou à 77 ans, le choix est vaste. Certains connaissent dès la prime enfance le domaine d'emploi qu'ils sauront occuper un jour, d'autres tergiversent longtemps.
Moi j'avais dès le secondaire (que dis-je... le primaire!) la profonde conviction que jamais je n'irais en mathématiques ou en sciences. Non que je n'aie pas eu les résultats académiques nécessaires, ni l'intérêt d'ailleurs : j'adorais la biologie et la physique atomique, mais je m'y entendais moins bien en maths pures et en... tout le reste, finalement. Dès mon plus jeune âge, mes professeurs et mes parents m'ont encouragée dans les avenues qui étaient les plus faciles et les plus amusantes pour moi. J'aimais le français et l'anglais, les arts et la morale, où on prenait largement en compte la créativité des élèves. J'excellais en lecture et en écriture (poèmes et compagnie), et je m'amusais à monter des petits spectacles dans ma cour dès mes premiers balbutiements - ou presque. C'est ainsi qu'à ma demande, ma mère m'a inscrite en théâtre (après avoir tenté la natation, la peinture, etc...). J'adorais le théâtre - mais pas les acteurs. Mon mélange maison de timidité et d'extraversion me permettaient difficilement de forger de véritables amitiés avec mes collègues exubérants et tape-à-l'oeil, et je n'avais ni la volonté ni la force de jouer des coudes pour me retrouver en tête d'affiche.
Je continuai donc à écrire, et à tourner autour du monde théâtral et artistique en général. J'ai découvert plusieurs avenues, ici et là, qui me plaisaient. J'ai pensé devenir comédienne, puis metteur en scène, puis dramaturge, professeur, et enfin critique de théâtre (ou journaliste artistique en général).
Mais j'appartiens à la génération Y. Ma vie personnelle prend une grande importance dans mon choix de carrière, et les horaires ainsi que la sécurité d'emploi m'importent beaucoup. De plus, je suis parfois d'une indicible paresse doublée d'une certaine insécurité naturelle. Alors le travail à la pige... me terrorise. C'est donc ainsi que je me suis retrouvée, à la sortie d'un BAC pratiquement inutilisable, commis à la librairie à temps plein - travail que j'aime bien, mais où j'ai une peur bleue de passer ma vie, sans avoir rien accompli de valable.
Je songe maintenant à ce que peux devenir. J'applique sur certains postes, sans même savoir lesquels je puis remplir adéquatement. Je me rends compte que je suis une touche-à-tout-bonne-à-rien. C'est à dire : je peux tout faire si je m'en donne la peine, mais je n'excelle dans aucun domaine en particulier. Selon certains membres de ma famille, c'est d'ailleurs là un bagage génétique paternel (merci pour le leg). Pratique, puisque je peux tout faire. Dommage, cependant, que j'aie jeté mon dévolu sur le monde artistique où l'instabilité fait partie des joies de la vie.
J'ai des idées de grandeur, où je partagerais ma vision avec mes pairs, mon nom écrit en tout petit sous un article de journal. Je voudrais que ma participation au monde crée des remous, si petits soient-ils, que mon action engendre la réflexion dans une tête ou deux. Je voudrais avoir une valeur critique et sociale, une valeur tout court. Mes ambitions me font cependant aussi rêveuse que désemparée quand je songe au nombre de gens qui pensent exactement comme moi, qui ont les mêmes visées, les mêmes désirs... Et au nombre d'élus dans ce monde d'appelés, je ressens un certain désespoir à l'idée que j'aurai peut-être sacrifié mes années d'études en vain.
Où donc se diriger? Tourner le dos à un monde où tous les rêves sont permis et entreprendre une carrière stable mais ennuyante? Persévérer et risquer de se réveiller, à 40 ans, toujours libraire dans un Renaud-Bray près de chez vous? Ô combien de jeunes adultes se seront posé la question - Ô combien n'auront pas trouvé la réponse!

jeudi 7 mai 2009

Guide montréalais pour les portefeuilles généreux

Si vous avez déjà marché dans les rues de Montréal, vous savez comme moi que la sollicitation fuse de toutes parts. Informateurs pour Greenpeace ou autres causes sociales; donneux de magazines de tous acabits; et bien sûr, quêteurs de monnaie et de cigarettes.

Certains s'ignorent bien: ils se rattachent à produit, donc si vous n'êtes pas intéressés, basta. Mais les itinérants, les nécessiteux, sont plus difficiles à oublier. En tout cas, si vous êtes comme moi, vous souhaiteriez que tout aille bien dans le meilleur des mondes, mais puisque ce n'est pas le cas vous vivez nécessairement la culpabilité de devoir dire non. Mais (encore une fois si vous êtes comme moi), vous déposez quand même une fois de temps en temps quelques sous dans une main tendue ou un étui de guitare vide.
Or, tous les quêteux ne s'équivalent pas. Et choisir à qui donner ou pas s'avère parfois difficile. Pour vous aider dans vos choix de générosité, je vous partage mon petit guide personnel sur les quêteux de Montréal.

Catégorie 1: Squeegees
Ils se promènent avec leur stock et leurs chiens, dans une mini-société en marge de la nôtre. Après avoir entendu une bonne partie d'une conversation ou j'en entendais se glorifier de vivre "contre la machine" et de refuser de travailler, tout en cherchant comment payer leur drogue, j'ai décidé de ne plus donner.

Catégorie 2: Musiciens
Guitareux du métro, violoneux de la rue, accordéonistes de centre d'achats, je les aime bien. Ils font une bonne utilisation de leurs talents - et divertissent. Et comme je payerais pour un bon disque et pas un mauvais, je donne à ceux qui m'émeuvent. N'ayez pas peur de vous arrêter pour les écouter, des bijoux de créativité se cachent parfois dans des écrins bien sombres.

Catégorie 3: Pity party
Ils sont sales, maigres, dorment dans des boîtes de cartons. Un visage brisé par la vie vous regarde avec des yeux vides, et vous morcellent le coeur. Donnez! Mais pas de l'argent - vous en avez sûrement besoin et vous ne savez pas exactement ce qu'ils en feraient. Mais vous avez une barre tendre, une pomme dans votre sac? Une paire de bas chauds que vous ne mettez plus? Vous vous sentirez plus léger sans eux.

Catégorie 3: Agressifs
Elle vient d'insulter un passant qui lui a dit non, ou qui a peu donné? Il jure dans sa barbe contre le monde entier? Il insiste fortement, tente la manipulation? Moi, c'est automatiquement non. Un service rendu mérite reconnaissance, et je déteste me faire tordre un bras.

Catégorie 4: Entertainers
Il y en a un qui me parle en rimes, l'autre qui me raconte des blagues. Attitude positive? Je donne. Ne serait-ce que pour encourager ces élans de bonne humeur, pour remercier d'avoir ri un peu. Parce qu'ils sont rares, les riches comme les pauvres, à oser faire sourire un inconnu.

Catégorie 5: L'Itinéraire
Ce petit magazine est vendu un peu partout, et si vous avez un chemin habituel passant par le métro vous rencontrez sûrement un camelot toujours au même endroit. Achetez-le lui donc. C'est 2$ et vous encouragez ces braves gens à garder un travail. Mieux! Souriez-leur et faites connaissance, pourquoi pas? À Montréal, les chemins sont solitaires pour eux comme pour vous. Mon camelot à moi s'appelle Serge et il est bien comique.

Catégorie 6: Vendeux
"Je suis muet, voici une carte pour 5$". "Je vends des cartes d'anniversaire que je fais moi-même/des crayons/des porte-clés"... ça vous dit quelque chose? Des arnaques. Même si ça me peine de généraliser (je ne doute pas qu'il y ait d'honnêtes muet et artistes dans le lot), je ne peux pas me convaincre qu'aucun ne revend des trucs volés, ou ment éhontément. Donc je garde mon argent pour de meilleurs cas - ou en tout cas des cas plus sûrs.

Catégorie 7: Les wise
Ils vous prennent au piège dans le métro, vous attendent à la sortie de la banque, se positionnent stratégiquement pour que vous ne puissiez pas passer à côté. Vous pensez qu'ils ne vous lâcheront pas tant que vous n'avez pas donné? Vous avez tort. Endurcissez-vous un peu, et mettez votre pied à terre. Donner est un acte de générosité, pas une obligation née de la peur.


Bon... je pense avoir plus ou moins passé les catégories de quêteux que je rencontre régulièrement. Mais ça c'est mon petit code personnel, libre à vous de vous en inspirer ou pas. Cependant, je pense quand même qu'il y a des choses que tout le monde devrait faire. Par exemple, sourire. Non seulement c'est gratuit, mais c'est gratifiant. Pour les autres - ces gens là ne rencontrent probablement pas souvent de visages ouverts - et pour soi. En plus, peut-être arriverez vous à inspirer une ou deux personnes qui, face à votre attitude positive, se convaincront de faire de même. Et même si vous vous faites insulter, même si l'autre a l'air bête sans bon sens, vous aurez le mérite d'avoir tenté le coup, d'avoir coupé court pour une fois à une escalade de mauvais sentiments.

Allez les copains! Quitte à ne jamais voir la paix et l'équité dans ce bas monde, répandez au moins la bonne humeur! Souriez!

mardi 21 avril 2009

Aléas d'un clown

Les clowns sont drôles.

En tout cas, moi je les trouve drôle. Y'en a qui en ont peur (!), d'autres qui ne les aiment pas et tout un tas qui s'en fichent. Mais moi j'adore les clowns. Enfant, je les aimais déjà. Devenue jeune adulte, j'ai compris que le drôle du clown venait du fait qu'ils ne sont que des humains qui font des niaiseries, comme vous et moi, mais costumés. Les clowns me fascinaient tellement qu'à la première occasion, je me suis enrôlée.
Oui... vous avez compris, j'ai été clown. J'ai fait la parade de la Saint-Jean, et j'ai aussi été engagée par un ami pour faire de "l'entertainment" et de la promotion de produits dans les Loblaws de la montérégie, pour la compagnie "Fun Size Fits All". Je sais faire des animaux en ballon et des maquillages (rudimentaires), et j'avais un costume tout jaune.
Je m'appelais Limone, et j'étais un clown muet. J'avais des gros souliers noirs et blancs, des bas rayés noir et blanc jusqu'aux genoux et des pantalons trois-quarts jaune soleil. Je portais une chemise jaune safran avec des petits points noirs, et un veston jaune pissenlit carreauté noir. J'avais les cheveux très longs que je ramenais en deux lulus sur les côtés de ma tête et, naturellement, un joli maquillage de clownette.

Si vous ne trouvez pas les clowns drôles, je vous raconte quelques-unes de mes péripéties. Peut-être changerez-vous d'idée - ou du moins, vous risquez de ne plus les voir du même oeil.

J'avais 17 ans quand j'ai commencé à travailler pour Monsieur F (anonymat à protéger). F allait au même cégep que moi et c'était une connaissance de théâtre, d'environ 5 ans mon aîné. Il m'a enrôlée dans son groupe de clowns qui était, il faut le dire, exclusivement constitué de gars -sauf moi bien évidemment-. C'était un buffet littéral de testostérone, et je me plaisais en tant qu'unique fille à me faire chanter la pomme par à peu près tous les gars du groupe.

Juste imaginer un clown qui cruise, je trouve déjà ça drôle.

Bon. Ça c'était l'atmosphère entre nous. À la job, c'était autre chose. Habituellement on travaille seul, mais lors des promotions de produits nous avions des collègues venus de partout, et on s'inventait ensemble des moyens d'être plus divertissants. Une fois, on donnait des ballons à l'hélium aux enfants. Moi j'avais toujours rêvé de tenir un énorme bouquet de ballon comme dans les films, et je l'ai fait! On avait plus d'une cinquantaine de ballons dans une main, c'était magnifique. Et je jubilais comme une gamine.
Mais parmi les collègues que j'ai pu avoir, un de ceux-ci m'a particulièrement marquée. À la pause-cigarette, nous étions ensemble dans le fumoir, parmi les caissières et les commis du Loblaws. (Ah déjà, ça je trouve drôle, des clowns qui fument - parmi le monde normal qui nous regardent de travers c'est encore mieux). On discute vaguement, et pour une raison quelconque, on parle de religion. Mon ami clown est.... raëlien (!!!!!!!!). Oui oui oui oui! Et il me sort comme ça son espèce de gros médaillon, qu'il se doit de porter en permanence, pour me prouver son allégeance. Un. Clown. Raëlien. C'est pas mourrant, ça!!??? Et lui de m'expliquer comment il vit sa religion, derrière sa face peinturée blanche, son nez rouge et ses frou-frous bigarrés!! Je me demande encore comment j'ai fait pour ne pas me dilater la rate à bouche que veux tu devant un clown raëlien (qui fume une clope).
Une autre fois, j'avais terminé mon chiffre de travail, et j'attendais que Monsieur F passe me prendre pour retourner à la maison. Après plus d'une heure d'attente, sans possibilité de le rejoindre, je désespère. Je détache mes cheveux, j'enlève mon nez et mon veston et profondément mécontente, je rentre-sors-rentre-sors de l'épicerie. Rentre manger un truc, sors pour attendre la voiture, rentre pour passer un coup de téléphone, sors pour fumer une cigarette. Avez-vous déjà vu un clown en criss? Non? Ben imaginez, et bidonnez-vous.

Malheureusement, ce même -long- moment d'attente m'a donné une grande leçon de vie : les clowns sont des modèles pour les enfants. Alors que je rageais, dehors, à attendre mon "patron", je m'assois pour fumer une cigarette. Je guette au loin, pleine d'espoir, alors qu'une fillette se poste à quelques mètres devant moi. Je la salue, elle et son immense sourire et son regard brillant, qui observe l'étrange énergumène que je représente. Et puis elle joint deux doigts, qu'elle porte à sa bouche, et elle m'imite. Elle faisait semblant de fumer, pure et enfantine, riant de bon coeur au jeu qu'elle s'inventait! J'ai soudain pris conscience que la clownerie revêt certaines responsabilités, et que je venais de faire quelque chose d'horrible. C'est comme un uniforme : on se doit de lui faire honneur. Ce fut la dernière fois que je fumai en public en tant que clown.

Bon, ok, ça c'était pas drôle. Mais j'ai de quoi me racheter. Par exemple, Monsieur F.
F était un sacré clown, un vrai. Il avait un répertoire infini de trucs à faire en ballon, et il savait même faire une Harley Davidson! Le genre de clown au quotidien, qui auditionne pour "Puppetry of the penis" avec une courge dans ses bobettes. Il emballait toutes les filles qu'il voulait - il avait beaucoup de charme et il savait faire rire. Plusieurs fois depuis mon embauche, il m'avait d'ailleurs manifesté des signes d'intérêt, des caresses subtiles et des oeillades significatives. Un beau soir, après le travail, il est venu me chercher comme d'habitude pour me ramener chez moi. Première dans la voiture (F allait porter et chercher ses 4 ou 5 clowns matin et soir), nous étions donc seuls. Les yeux sur la route, il pose distraitement sa main dans mon cou et me caresse la nuque. Et moi, naïve, et surtout intéressée, je me laisse faire avec joie. Nous embarquons les autres clowns, et arrivés chez F, tout le monde va chercher ses trucs et décampe. Il ne reste que moi : comme si notre intimité soudaine avait été planifiée, je suis la seule qu'il doit reconduire à la maison. Seuls, donc, nous nous assoyons sur le divan. Et... on frenche. Oui, le visage encore blanc, peinturé d'un faux sourire, de faux sourcils et le nez encore rouge, toujours vêtus de nos guenilles colorées et de nos souliers trop grands, on s'échange des bactéries à n'en plus finir. Je me revois encore, toute en jaune et les lulus sautillantes me faire lécher la glotte dans un sous-sol crade. Je me revois encore, et je ris.
Mais juste pour en rajouter...
Timide et si jeune, je tentais en effet subtilement de mettre le frein à une activité somme toute inappropriée à des clowns. Nous nous séparons momentanément et lui, le F, le clown, me dit:

"Je te fais jouir, tu me fais jouir."
(ce sont ses mots exacts - prononcés avec les yeux gras et la bouche gourmande)
OUACHE!

Je vous rappelle que nous sommes toujours costumés.
L'incongruité de la chose, l'inquiétante étrangeté de la situation combinée à son manque flagrant de classe mit une fin abrupte à cet échange salivaire. Je déclinai proprement son invitation, et lui demandai de venir me porter chez moi. Nous n'échangeâmes pas un mot du trajet, lui sexuellement frustré, moi profondément abasourdie.
Et il ne m'offrit plus jamais de travailler pour lui. Finie, la carrière clownesque!

Donc, la prochaine fois que vous voyez un clown dans une parade ou ailleurs, pensez à ça. Imaginez-le qui doit baisser son pantalon immense avant d'aller aux toilettes, ou en déprime parce que sa blonde vient de le laisser. Pensez que ces personnages colorés frenchent, fument et rencontrent des raëliens. Qu'ils cruisent, qu'ils vont prendre leur commande en gang au McDo avant d'aller travailler (oui oui... on faisait tout un tabac parmi les retraités devant leur café à 8h le matin). Vous allez voir que vu comme ça, c'est absolument hilarant, un clown.

lundi 13 avril 2009

Religion, politique et hockey

D'après moi, il n'y a fondamentalement que trois sujets qui tiennent les québécois ensemble. Bon, je vous épargne le suspense (lire le titre), et je saute directement au pourquoi.

Avant, c'était la religion. On se réunissait au minimum à tous les dimanches, tous dans le même esprit, pour adorer Dieu. Pendant (ou préférablement avant, ou après) le processus, on jasait de nos journées, on se racontait nos potins. Nous étions unis dans un même esprit et on se tenait les coudes serrés, tous frères.
Plus tard, après l'évacuation tranquille de la religion, c'était la politique. À tous les discours, toutes les élections, on échangeait nos idées et nos convictions, tous frères.
Après la mort des idées politiques, que nous reste-t-il? Ben le hockey. À chaque game tout le monde se rive devant son téléviseur, dans les bars, dans les restaurants, et on échange nos pronostics et nos critiques, tous frères.

J'exagère? Sûrement.

Mais quand même...

À chaque messe, le repas dominical. Tout le monde autour de la table, on boit une bière et on partage le pâté chinois.
À chaque Saint-Jean, le party. Tout le monde autour du feu, on boit une bière et on partage les hamburgers.
À chaque partie, le 6 pack. Tout le monde autour de la télé, on boit une bière et on partage les ailes de poulet.

On espérait de Dieu qu'il sauve nos âmes, du PQ qu'il sauve notre identité, du CH qu'il sauve notre honneur. Et le niveau de notre foi fluctue selon les revers infligés par le diable, les conservateurs ou les Bruins (ou les Flyers, ou les Maple Leaf... c'est selon).

On récitait tous ensemble les "amens", puis on criait tous ensemble à "vive le Québec libre!", puis on gueule tous ensemble à "il lance... et compte!"

On achète les décorations à Noël, les drapeaux à la Saint-Jean Baptiste, et les t-shirts pendant les séries. Et dans nos voitures, il y a un chapelet sur le rétroviseur, des collants du fleurdelisé sur le pare-choc ou des drapeaux du CH sur l'antenne.

On a trois sauveurs : Jésus, René Lévesque et Bob Gainey. Et nos sauveurs ont leurs apôtres, de Jean, Marc et Mathieu, jusqu'à Price, Koivu et Kovalev, en passant par les députés du pq.

Et MÊME s'il y a des divergences d'opinions (parce qu'il y en a toujours) le sujet nous tient quand même ensemble. Pratiquants contre athées, séparatistes contre "conservateurs", Montréal contre Boston. Même si on est pas sur la même longueur d'ondes, on en discute encore et toujours, ensemble. Parce qu'il faut bien du noir pour faire du blanc!

Vraiment, y a-t-il d'autres sujets qui nous ont déjà permis d'être plus ensemble? Je veux dire, ensemble, collectivement, de savoir que pratiquement tout le monde est susceptible d'avoir son opinion dans toute conversation touchant à un de ces trois sujets? Quelque chose qui nous définit en tant que québécois? Des événements qui comprennent autant de préparatifs, de rituels? Non franchement, j'ai beau y penser, rien ne me semble avoir été aussi sujet au partage, à la communauté, que la religion, la politique et le hockey.

Quant à moi, c'est agnostique, séparatiste et pro-Canadien...

On s'en jasera autour d'une bière.

Erratum

Dans ma précédente publication, j'affirmais que ma mère m'envoyait chercher des cigarettes pour elle quand j'étais gamine. Mes plus sincères excuses à celle-ci pour cette outrageuse erreur, il est vrai que la mémoire joue parfois des tours. Ce devait donc être mon père.

Un grand bravo d'ailleurs à ma génitrice qui a cessé de fumer depuis plus de quinze ans, et qui n'y a jamais retouché. Un beau jour, je perpétuerai cette glorieuse tradition.