D'après moi, il n'y a fondamentalement que trois sujets qui tiennent les québécois ensemble. Bon, je vous épargne le suspense (lire le titre), et je saute directement au pourquoi.
Avant, c'était la religion. On se réunissait au minimum à tous les dimanches, tous dans le même esprit, pour adorer Dieu. Pendant (ou préférablement avant, ou après) le processus, on jasait de nos journées, on se racontait nos potins. Nous étions unis dans un même esprit et on se tenait les coudes serrés, tous frères.
Plus tard, après l'évacuation tranquille de la religion, c'était la politique. À tous les discours, toutes les élections, on échangeait nos idées et nos convictions, tous frères.
Après la mort des idées politiques, que nous reste-t-il? Ben le hockey. À chaque game tout le monde se rive devant son téléviseur, dans les bars, dans les restaurants, et on échange nos pronostics et nos critiques, tous frères.
J'exagère? Sûrement.
Mais quand même...
À chaque messe, le repas dominical. Tout le monde autour de la table, on boit une bière et on partage le pâté chinois.
À chaque Saint-Jean, le party. Tout le monde autour du feu, on boit une bière et on partage les hamburgers.
À chaque partie, le 6 pack. Tout le monde autour de la télé, on boit une bière et on partage les ailes de poulet.
On espérait de Dieu qu'il sauve nos âmes, du PQ qu'il sauve notre identité, du CH qu'il sauve notre honneur. Et le niveau de notre foi fluctue selon les revers infligés par le diable, les conservateurs ou les Bruins (ou les Flyers, ou les Maple Leaf... c'est selon).
On récitait tous ensemble les "amens", puis on criait tous ensemble à "vive le Québec libre!", puis on gueule tous ensemble à "il lance... et compte!"
On achète les décorations à Noël, les drapeaux à la Saint-Jean Baptiste, et les t-shirts pendant les séries. Et dans nos voitures, il y a un chapelet sur le rétroviseur, des collants du fleurdelisé sur le pare-choc ou des drapeaux du CH sur l'antenne.
On a trois sauveurs : Jésus, René Lévesque et Bob Gainey. Et nos sauveurs ont leurs apôtres, de Jean, Marc et Mathieu, jusqu'à Price, Koivu et Kovalev, en passant par les députés du pq.
Et MÊME s'il y a des divergences d'opinions (parce qu'il y en a toujours) le sujet nous tient quand même ensemble. Pratiquants contre athées, séparatistes contre "conservateurs", Montréal contre Boston. Même si on est pas sur la même longueur d'ondes, on en discute encore et toujours, ensemble. Parce qu'il faut bien du noir pour faire du blanc!
Vraiment, y a-t-il d'autres sujets qui nous ont déjà permis d'être plus ensemble? Je veux dire, ensemble, collectivement, de savoir que pratiquement tout le monde est susceptible d'avoir son opinion dans toute conversation touchant à un de ces trois sujets? Quelque chose qui nous définit en tant que québécois? Des événements qui comprennent autant de préparatifs, de rituels? Non franchement, j'ai beau y penser, rien ne me semble avoir été aussi sujet au partage, à la communauté, que la religion, la politique et le hockey.
Quant à moi, c'est agnostique, séparatiste et pro-Canadien...
On s'en jasera autour d'une bière.
lundi 13 avril 2009
Erratum
Dans ma précédente publication, j'affirmais que ma mère m'envoyait chercher des cigarettes pour elle quand j'étais gamine. Mes plus sincères excuses à celle-ci pour cette outrageuse erreur, il est vrai que la mémoire joue parfois des tours. Ce devait donc être mon père.
Un grand bravo d'ailleurs à ma génitrice qui a cessé de fumer depuis plus de quinze ans, et qui n'y a jamais retouché. Un beau jour, je perpétuerai cette glorieuse tradition.
Un grand bravo d'ailleurs à ma génitrice qui a cessé de fumer depuis plus de quinze ans, et qui n'y a jamais retouché. Un beau jour, je perpétuerai cette glorieuse tradition.
vendredi 10 avril 2009
Les fumeurs méritent de crever
Je fume et je ne fume pas, on and off depuis un peu moins de 10 ans. Si on met ensemble tous les petits bouts ou j'ai assumé ma dépendance, je suis fumeuse depuis à peu près 5 ou 6 ans. J'ai donc subi les remontrances parentales, les achats furtifs dans les dépanneurs et les complots avec les compréhensifs amis adultes - et les sympathiques inconnus abordés à la porte d'une station service. J'ai connu l'époque ou mon père m'envoyait lui acheter des cigarettes au dépanneur du coin, en me donnant une autorisation pour la caissière et 50 sous pour la commission (je m'achetais toujours des Nerdz). J'ai vécu le temps ou on pouvait fumer dans les bars et les restaurants, et où les paquets coûtaient à peine 4 dollars. Et où c'était cool de fumer.
Mais le temps a changé, depuis une décennie. Et pour le mieux! Loin de moi l'idée de me plaindre des petites photos dégoûtantes sur les paquets ou de l'atmosphère claire de mes bars favoris. Il apparaît clairement que la position populaire sur la cigarette est beaucoup plus saine qu'auparavant, et la que propagande s'est bien rendue.
Mais s'il vous plait... c'est beau la conscience, mais faut-il vraiment en mettre tant que ça?
Sérieusement, existe-t-il une personne plus opprimée qu'un fumeur? Quelqu'un de plus enquiquiné, de plus materné qu'un dépendant au tabac? J'ai compté cette semaine: 7 personnes différentes (certaines plusieurs fois) ont tenu à me mettre au courant des dangers de la cigarette. "Tu sais que c'est pas bon pour toi?" "Pourquoi est-ce que tu fumes, si tu sais ce que ça te fait?" "Tu es asthmatique, c'est vraiment stupide de ta part". Oui. Oui, oui et oui. Ok. D'accord.
Mais si ce n'était que ça - des amis et les collègues qui lancent un peu à la blague ces conseils avisés. Parce qu'il y a bien pire : cette semaine, à la pause café, une passante se cache le nez avec son foulard et lance, en passant à ma hauteur : "Ark, ça pue!". Sur la terrasse d'un café aménagée à même le trottoir, un employé me demande de jeter ma cigarette! Mais pour le passant qui flâne à deux pieds derrière moi, ça va, pas de problème, vis ton vice! J'ai même été, je vous le jure sur la future tombe de ma mère, insultée et bousculée par une vieille dame italienne parce que je fumais à à peu près 8 pieds d'un abribus! Non mais c'est un monde! Et aujourd'hui, à la pause-café encore une fois, un groupe de madames étranges jasaient à quelques mètres de moi, me lançant quelques subtiles oeillades combinées à la technique du "assez-fort-pour-qu'on-m'entende-mais-pas-assez-pour-être-répondue", de l'incroyable manque de respect des fumeurs envers la société et eux-même.
Transcription du dialogue (à lire en mode "Belles soeurs" de Tremblay) :
[...]
- Non mais tsé! Y le savent toute qui vont pogner le cancer, pis continuent pareil! Pis y nous amènent toute dans' tombe aik eux-autres, aik leu' maudite fumée secondaire! Maudit qu'y savent pas vivre!
- Bin certain! Tsé! Y devraient toute leu' donner des amendes, tsé, pour payer le système d'hÔopitals, là. Là c'est toute nous autres qui payent leu' chimio aik nos taxes.
- Ouin. On devrait même pas les rentrer à l'hÔopital, eux-autres, tsé!
- Ouin. Les fumeurs, y méritent toute leu' sort. Tant pis pour eux autres.
[...]
Traduction : les fumeurs méritent de crever.
Bon... mise en perspective. Est-ce que je pue vraiment plus qu'une madame qui a échappé son flacon de parfum cheap dans son décolleté, ou qu'un gars qu'on jurerait qu'il ne s'est pas lavé depuis une semaine? Qui plus est, la mauvaise hygiène ou l'abus de produits de beauté se sont révélés particulièrement nocifs pour la santé. Et à noter qu'il n'y a pas grand chose en ce monde qui n'est pas cancérigène. Le vin, la malbouffe, le déodorant, les cellulaires, le soleil, l'air, l'eau, même le balcon en bois traité de mes parents et (je vous jure que j'ai lu ça quelque part) la couleur rouge!!! Devrais-je vraiment lapider le premier venu à se promener en t-shirt rouge? Engueuler les serveuses du McDo, ou déposer une plainte contre l'eau??
On s'entend, il y a une façon respectueuse de fumer. On s'éloigne des autres et des endroits passants, on souffle la fumée dans une direction opposée à un interlocuteur, etc... Mais y'a-t-il une forme de respect pour les fumeurs? Chassés, insultés, éloignés, confinés, même, dans des chambres à gaz (lire fumoirs) ou on s'étouffe les uns les autres.
Je, ici, maintenant, (là, là!) réclame à grands cris le respect du premier amendement, me permettant en toute impunité de me suicider à petites doses. Je demande la glorification de ces martyrs de la clope qui, contre vents et marées, se battent pour leur droit de choisir dans le respect des autres et de soi. Oui, nous, combattants du quotidien qui devons essuyer les revers méprisants, les froncements de narines dédaigneux, et les commentaires disgracieux! Nous n'avons pas choisi la voie de la facilité, non! mais nous restons forts dans l'adversité! Tous, ensemble, nous puons d'une seule et même effluve afin de prouver à la face du monde que non, les fumeurs de méritent pas de crever! Nous sommes vivants, et nous goûtons la vie à pleines bouffées, à travers des filtrées!
NOUS VOULONS VIVRE!!!!!!
(P.S. Je prévois arrêter d'ici peu.)
Mais le temps a changé, depuis une décennie. Et pour le mieux! Loin de moi l'idée de me plaindre des petites photos dégoûtantes sur les paquets ou de l'atmosphère claire de mes bars favoris. Il apparaît clairement que la position populaire sur la cigarette est beaucoup plus saine qu'auparavant, et la que propagande s'est bien rendue.
Mais s'il vous plait... c'est beau la conscience, mais faut-il vraiment en mettre tant que ça?
Sérieusement, existe-t-il une personne plus opprimée qu'un fumeur? Quelqu'un de plus enquiquiné, de plus materné qu'un dépendant au tabac? J'ai compté cette semaine: 7 personnes différentes (certaines plusieurs fois) ont tenu à me mettre au courant des dangers de la cigarette. "Tu sais que c'est pas bon pour toi?" "Pourquoi est-ce que tu fumes, si tu sais ce que ça te fait?" "Tu es asthmatique, c'est vraiment stupide de ta part". Oui. Oui, oui et oui. Ok. D'accord.
Mais si ce n'était que ça - des amis et les collègues qui lancent un peu à la blague ces conseils avisés. Parce qu'il y a bien pire : cette semaine, à la pause café, une passante se cache le nez avec son foulard et lance, en passant à ma hauteur : "Ark, ça pue!". Sur la terrasse d'un café aménagée à même le trottoir, un employé me demande de jeter ma cigarette! Mais pour le passant qui flâne à deux pieds derrière moi, ça va, pas de problème, vis ton vice! J'ai même été, je vous le jure sur la future tombe de ma mère, insultée et bousculée par une vieille dame italienne parce que je fumais à à peu près 8 pieds d'un abribus! Non mais c'est un monde! Et aujourd'hui, à la pause-café encore une fois, un groupe de madames étranges jasaient à quelques mètres de moi, me lançant quelques subtiles oeillades combinées à la technique du "assez-fort-pour-qu'on-m'entende-mais-pas-assez-pour-être-répondue", de l'incroyable manque de respect des fumeurs envers la société et eux-même.
Transcription du dialogue (à lire en mode "Belles soeurs" de Tremblay) :
[...]
- Non mais tsé! Y le savent toute qui vont pogner le cancer, pis continuent pareil! Pis y nous amènent toute dans' tombe aik eux-autres, aik leu' maudite fumée secondaire! Maudit qu'y savent pas vivre!
- Bin certain! Tsé! Y devraient toute leu' donner des amendes, tsé, pour payer le système d'hÔopitals, là. Là c'est toute nous autres qui payent leu' chimio aik nos taxes.
- Ouin. On devrait même pas les rentrer à l'hÔopital, eux-autres, tsé!
- Ouin. Les fumeurs, y méritent toute leu' sort. Tant pis pour eux autres.
[...]
Traduction : les fumeurs méritent de crever.
Bon... mise en perspective. Est-ce que je pue vraiment plus qu'une madame qui a échappé son flacon de parfum cheap dans son décolleté, ou qu'un gars qu'on jurerait qu'il ne s'est pas lavé depuis une semaine? Qui plus est, la mauvaise hygiène ou l'abus de produits de beauté se sont révélés particulièrement nocifs pour la santé. Et à noter qu'il n'y a pas grand chose en ce monde qui n'est pas cancérigène. Le vin, la malbouffe, le déodorant, les cellulaires, le soleil, l'air, l'eau, même le balcon en bois traité de mes parents et (je vous jure que j'ai lu ça quelque part) la couleur rouge!!! Devrais-je vraiment lapider le premier venu à se promener en t-shirt rouge? Engueuler les serveuses du McDo, ou déposer une plainte contre l'eau??
On s'entend, il y a une façon respectueuse de fumer. On s'éloigne des autres et des endroits passants, on souffle la fumée dans une direction opposée à un interlocuteur, etc... Mais y'a-t-il une forme de respect pour les fumeurs? Chassés, insultés, éloignés, confinés, même, dans des chambres à gaz (lire fumoirs) ou on s'étouffe les uns les autres.
Je, ici, maintenant, (là, là!) réclame à grands cris le respect du premier amendement, me permettant en toute impunité de me suicider à petites doses. Je demande la glorification de ces martyrs de la clope qui, contre vents et marées, se battent pour leur droit de choisir dans le respect des autres et de soi. Oui, nous, combattants du quotidien qui devons essuyer les revers méprisants, les froncements de narines dédaigneux, et les commentaires disgracieux! Nous n'avons pas choisi la voie de la facilité, non! mais nous restons forts dans l'adversité! Tous, ensemble, nous puons d'une seule et même effluve afin de prouver à la face du monde que non, les fumeurs de méritent pas de crever! Nous sommes vivants, et nous goûtons la vie à pleines bouffées, à travers des filtrées!
NOUS VOULONS VIVRE!!!!!!
(P.S. Je prévois arrêter d'ici peu.)
samedi 28 mars 2009
Petits emprunts bien innocents
Lors de mon passage à l'université, on a tenté de m'enseigner différentes techniques de création artistique, théâtrales pour la plupart. Parmi celles-ci, la technique m'ayant donné le plus de difficultés s'est avérée être la méthode REPÈRE de l'école Jacques Lecoq, reprise par la compagnie Ex Machina et son leader, Robert Lepage. Ce point de vue m'a semblé différent de tous les autres en le fait qu'il met au centre de la création des éléments affectifs à quoi l'on procure plus tard un sens. Ceux d'entre vous qui avez déjà expérimenté la création conviendrez que l'inspiration naît souvent d'une idée, d'un concept (donc du sens), que l'on met plus tard en forme avec des mots, des couleurs, des sons.
Avec REPÈRE, c'est plutôt le contraire. Au théâtre, nous fouillions des textes pour en retirer les phrases, les personnages et les concepts qui nous plaisaient et nous faisaient vibrer. De ce ramassis pêle-mêle d'idées folles et sans lien, nous tentions de former un tout sensible et surtout, solide. Selon moi, il s'agissait plus ou moins de planter une colonne vertébrale dans un mollusque, chose beaucoup plus difficile que de bâtir à partir d'un squelette, vous en conviendrez.
Mais je n'écris pas aujourd'hui dans le but d'exposer cette technique au grand public, chose que vous pourrez faire dans vos temps libres si cela vous chante. Je désire plutôt coucher sur papier les résultats de mon exploration solo de la méthode susnommée :
Mon emploi actuel me demande régulièrement de passer en revue différents titres de livres et d'en trouver leurs pages de couverture ainsi que leur résumés, que je publie ensuite sur le site internet de ma compagnie. Récemment, une lubie m'a assaillie : pour une raison quelconque, je me suis mis à prendre en note les titres de livres qui me semblaient accrocheurs ou me touchaient, non pas toujours dans le but de lire les ouvrages retenus, mais simplement parce que je trouvais que leurs titres sonnaient bien. Peut-être, qui sait, dans le but de trouver un peu de beauté dans des journées parfois monotones. Ces 37 titres notés me hantaient parfois, me revenaient en mémoire comme des mots qui n'étaient pas les miens, mais qui semblaient faire partie de moi. Et de jour en jour, 16 des titres retenus se sont enlignés sur le papier, petit à petit, innocemment d'abord, puis impérieusement.
Ce matin, j'ai relu ces titres si simplement accolés, où je n'ai rajouté (en italique) que quelques détails, et j'en ai trouvé un tout digne d'être.
Je copie ce tout ici, pour votre plaisir je l'espère, mais surtout pour le mien.
Dépucelages ordinaires
Dans une nouvelle noirceur,
Le chant des courbes fait l'éloge de l'animal:
Un petit viol
D'une anarchie tolérable.
[Est-ce ainsi que les femmes meurent -
Par la magie de l'ordre des choses ?]
Pour vos amis les hommes,
La jouissance est sérieuse
Car c'est ici et là le plaisir du diable
(pour une immoralité bien pimpante)
Que d'abattre la barricade des cygnes.
Dans la chambre aux oiseaux, donc, le monde est flou
Mais l'orgasme, vraiment, on s'en fout.
(Je remercie, dans l'ordre, les auteurs qui m'ont prêté leurs mots:
Len Gasparini, Nathalie Mei, Montaigne, Degroote, Jedidiah Purdy, Didier Decoin, Dervy, Davis Zinczenko, Marylène Bertrand, Stéphanie Kaufmann, Jacques Gélat, Théophile Gauthier, Haddad, Killen, Clarke, Sophie Bramly. Si vos mots ont disparu, ne cherchez pas, c'est moi qui les ai)
Avec REPÈRE, c'est plutôt le contraire. Au théâtre, nous fouillions des textes pour en retirer les phrases, les personnages et les concepts qui nous plaisaient et nous faisaient vibrer. De ce ramassis pêle-mêle d'idées folles et sans lien, nous tentions de former un tout sensible et surtout, solide. Selon moi, il s'agissait plus ou moins de planter une colonne vertébrale dans un mollusque, chose beaucoup plus difficile que de bâtir à partir d'un squelette, vous en conviendrez.
Mais je n'écris pas aujourd'hui dans le but d'exposer cette technique au grand public, chose que vous pourrez faire dans vos temps libres si cela vous chante. Je désire plutôt coucher sur papier les résultats de mon exploration solo de la méthode susnommée :
Mon emploi actuel me demande régulièrement de passer en revue différents titres de livres et d'en trouver leurs pages de couverture ainsi que leur résumés, que je publie ensuite sur le site internet de ma compagnie. Récemment, une lubie m'a assaillie : pour une raison quelconque, je me suis mis à prendre en note les titres de livres qui me semblaient accrocheurs ou me touchaient, non pas toujours dans le but de lire les ouvrages retenus, mais simplement parce que je trouvais que leurs titres sonnaient bien. Peut-être, qui sait, dans le but de trouver un peu de beauté dans des journées parfois monotones. Ces 37 titres notés me hantaient parfois, me revenaient en mémoire comme des mots qui n'étaient pas les miens, mais qui semblaient faire partie de moi. Et de jour en jour, 16 des titres retenus se sont enlignés sur le papier, petit à petit, innocemment d'abord, puis impérieusement.
Ce matin, j'ai relu ces titres si simplement accolés, où je n'ai rajouté (en italique) que quelques détails, et j'en ai trouvé un tout digne d'être.
Je copie ce tout ici, pour votre plaisir je l'espère, mais surtout pour le mien.
Dépucelages ordinaires
Dans une nouvelle noirceur,
Le chant des courbes fait l'éloge de l'animal:
Un petit viol
D'une anarchie tolérable.
[Est-ce ainsi que les femmes meurent -
Par la magie de l'ordre des choses ?]
Pour vos amis les hommes,
La jouissance est sérieuse
Car c'est ici et là le plaisir du diable
(pour une immoralité bien pimpante)
Que d'abattre la barricade des cygnes.
Dans la chambre aux oiseaux, donc, le monde est flou
Mais l'orgasme, vraiment, on s'en fout.
(Je remercie, dans l'ordre, les auteurs qui m'ont prêté leurs mots:
Len Gasparini, Nathalie Mei, Montaigne, Degroote, Jedidiah Purdy, Didier Decoin, Dervy, Davis Zinczenko, Marylène Bertrand, Stéphanie Kaufmann, Jacques Gélat, Théophile Gauthier, Haddad, Killen, Clarke, Sophie Bramly. Si vos mots ont disparu, ne cherchez pas, c'est moi qui les ai)
vendredi 20 mars 2009
Les plus beaux mots du monde
En cette journée mondiale de la francophonie, et suite à la suggestion de mon amie Marya, j'écris aujourd'hui pour vous parler de mots.
En écoutant Tout le monde en parle un de ces dimanches, où j'entendais Guy A. poser la question à un de ses invités: "Quel est, pour vous, le plus beau mot du monde?", je me suis posé la question à moi-même. Il y en a des tas, des mots, qui veulent dire de belles choses. Comme les mots "amour", "pluie", ou autres mièvreries qui renvoient directement à la notion associée. On n'aime pas tant dans ces mots leur sonorité ou leur forme, mais les moments, les situations agréables rappelées par leur sens.
Moi, mon mot favori serait "Cyprine":
« [D]u latin Cypris , du grec Kupris, surnom d'Aphrodite. Sécrétion vaginale, signe physique du désir sexuel ». ( Le petit Robert )
Bon bon bon. J'entends déjà les oreilles sensibles se dire "Oh mais on sait bien, un mot sexuel comme mot favori, c'est joli!". Eh bien oui, messieurs dames, ce mot en est bien un de basse extraction, mais pourtant, ce n'est pas au phénomène physique que ce terme me renvoie, mais plutôt à son extraordinaire pouvoir de transformation.
Pouvoir que d'autres mots de même famille ne possèdent pas. Combien d'entre nous avons déjà buté sur les mots "vagin" ou "anus", qui, soyons honnêtes, sonnent horriblement mal. J'hésite même à les coucher sur ce papier virtuel tant leur sonorité et leur forme, en plus de renvoyer à une image (disons-le) vulgaire, semblent impropres à la diffusion. Le "g" de l'un, le "us" de l'autre tourne mal sur la langue (sans mauvais jeu de mots) et provoque toujours un léger malaise. Félicitations à vous si ce n'est pas le cas.
Ce qui fait de "cyprine" un mot extraordinaire c'est qu'il arrive, par sa forme seulement, à transformer un terme désagréable en véritable poésie. Même en sachant sa connotation, dites-le à voix haute et vous constaterez que sa sonorité coule gracieusement et facilement dans le langage. Plus de vulgarité. Plus de dégoût. Cyprine est un mot qui porte en lui la capacité de générer du beau à partir du laid.
Bien sûr, ce mot n'est pas le seul à remplir une fonction pareille. "Assassinat" ma paraît un beau mot, mais renvoie pourtant au tragique. "Linceul", à quelque chose de triste. À l'opposé, "bru" donne une couleur fade à une simple filiation, et "coléus" rappelle une maladie alors qu'il nomme une jolie plante. Et la liste est sans fin.
Mais "cyprine" me semble le terme qui marque le plus grand écart entre la beauté de sa forme et la bassesse de son référent. Et pour cela, il mérite toute ma considération et mon admiration la plus sincère.
À tous ceux d'entre vous qui arrivez à vibrer au son d'un simple assemblage de lettres, je vous dis bravo. Pour vous, toute la beauté du monde n'attend que d'être nommée.
Bonne journée de la francophonie.
En écoutant Tout le monde en parle un de ces dimanches, où j'entendais Guy A. poser la question à un de ses invités: "Quel est, pour vous, le plus beau mot du monde?", je me suis posé la question à moi-même. Il y en a des tas, des mots, qui veulent dire de belles choses. Comme les mots "amour", "pluie", ou autres mièvreries qui renvoient directement à la notion associée. On n'aime pas tant dans ces mots leur sonorité ou leur forme, mais les moments, les situations agréables rappelées par leur sens.
Moi, mon mot favori serait "Cyprine":
« [D]u latin Cypris , du grec Kupris, surnom d'Aphrodite. Sécrétion vaginale, signe physique du désir sexuel ». ( Le petit Robert )
Bon bon bon. J'entends déjà les oreilles sensibles se dire "Oh mais on sait bien, un mot sexuel comme mot favori, c'est joli!". Eh bien oui, messieurs dames, ce mot en est bien un de basse extraction, mais pourtant, ce n'est pas au phénomène physique que ce terme me renvoie, mais plutôt à son extraordinaire pouvoir de transformation.
Pouvoir que d'autres mots de même famille ne possèdent pas. Combien d'entre nous avons déjà buté sur les mots "vagin" ou "anus", qui, soyons honnêtes, sonnent horriblement mal. J'hésite même à les coucher sur ce papier virtuel tant leur sonorité et leur forme, en plus de renvoyer à une image (disons-le) vulgaire, semblent impropres à la diffusion. Le "g" de l'un, le "us" de l'autre tourne mal sur la langue (sans mauvais jeu de mots) et provoque toujours un léger malaise. Félicitations à vous si ce n'est pas le cas.
Ce qui fait de "cyprine" un mot extraordinaire c'est qu'il arrive, par sa forme seulement, à transformer un terme désagréable en véritable poésie. Même en sachant sa connotation, dites-le à voix haute et vous constaterez que sa sonorité coule gracieusement et facilement dans le langage. Plus de vulgarité. Plus de dégoût. Cyprine est un mot qui porte en lui la capacité de générer du beau à partir du laid.
Bien sûr, ce mot n'est pas le seul à remplir une fonction pareille. "Assassinat" ma paraît un beau mot, mais renvoie pourtant au tragique. "Linceul", à quelque chose de triste. À l'opposé, "bru" donne une couleur fade à une simple filiation, et "coléus" rappelle une maladie alors qu'il nomme une jolie plante. Et la liste est sans fin.
Mais "cyprine" me semble le terme qui marque le plus grand écart entre la beauté de sa forme et la bassesse de son référent. Et pour cela, il mérite toute ma considération et mon admiration la plus sincère.
À tous ceux d'entre vous qui arrivez à vibrer au son d'un simple assemblage de lettres, je vous dis bravo. Pour vous, toute la beauté du monde n'attend que d'être nommée.
Bonne journée de la francophonie.
samedi 7 mars 2009
Papier à mouche et chantage de pomme
Voilà à peine quelques mois, j'étais profondément persuadée que plus jamais un homme ne me regarderait. Quand on ne se sent pas bien dans sa peau, même si on est Claudia Schiffer (Shiffer? Schifer?).................. même si on est Pénélope Cruz, on se sent pas beau.
Mais les semaines ont passé. De party en bar, du bureau à la rue, j'ai capturé certains regards attardés sur moi. Au début, je vérifiais derrière mon épaule, cherchant la beauté à qui étaient dûs certains sourires. Puis, ne sachant comment réagir, j'ai préféré ignorer les marques d'attention, ou les repousser froidement en l'absence d'autres solutions.
Les quelques mois ont passé maintenant. Je ne me considère plus du tout comme une mocheté, et je n'ai plus besoin qu'on me rassure à ce sujet. Après avoir entendu trois fois que je ressemblais à un Renoir ou un Botticelli, j'ai fini par tout simplement accepter mon style de beauté. Ronde, pâle, blonde et bouclée avec un visage de poupée: une beauté qui ne correspond pas aux canons mais qui, je m'en aperçois maintenant, n'est pas ignorée par la gent masculine. Cette confiance nouvellement acquise m'a permis de regarder le monde avec de nouveaux yeux. Et de voir que non, je ne suis pas un pichou.
J'ai un minimum de succès en fait. J'attire certains hommes comme du papier à mouche, à mon grand dam d'ailleurs. Parce qu'ils sont tous de la même espèce de mouche. Des hommes qui manquent de confiance, timides, souvent immatures et inexpérimentés en matière de chantage de pomme. Des gars qui croient qu'en me couvrant de compliment je tomberais en amour avec le reflet amélioré de moi-même, qu'ils m'exposent en long et en large, les yeux brillants. Qui croient pour la plupart que je suis une proie facile. Mais je déteste la flatterie plus que tout, et puisque tout flatteur vis aux dépens de celui qui l'écoute, je n'ai l'intention de faire vivre personne. Non mais.
Et puisqu'il y a déjà plusieurs années qui me séparent de l'époque ou j'étais à l'aise avec les jeux de charme, je ne sais plus comment réagir. Même devant un prétendant inintéressant, je rougis, je balbutie, je m'empêtre. Je pourrais utiliser mon sens de la répartie et rabattre le caquet de ces coqs mais bon, je suis trop polie. Naïve, donc, j'accepte certaines invitations en croisant les doigts de n'avoir à repousser personne. Et avec une vague impression du devoir en plus : m'ouvrir, me mettre en danger, me permettre les expériences, connaître de nouvelles personnes. Mais rien à faire, les hommes qui me courtisent ne m'attirent tout simplement pas, et ma libido n'est pas assez déchaînée pour me contenter de si peu.
Oui oui, je sais, je dois y mettre du mien. Entrer en relation avec les hommes qui m'intéressent. Mais je n'y tiens pas. Je suis bien, là, pas de mec, pas de questions, pas de stress. Les papillons à l'estomac m'ont toujours donné mal au coeur, de toute façon.
Un peu au désespoir, je me disais donc bien piteusement que si les cinq prochains hommes à m'approcher sont aussi peu dans mon genre que les derniers, je me convertis au lesbiannisme.
Ne dit-on pas de toute façon qu'au contraire des hommes, toutes les femmes sont belles?
Mais les semaines ont passé. De party en bar, du bureau à la rue, j'ai capturé certains regards attardés sur moi. Au début, je vérifiais derrière mon épaule, cherchant la beauté à qui étaient dûs certains sourires. Puis, ne sachant comment réagir, j'ai préféré ignorer les marques d'attention, ou les repousser froidement en l'absence d'autres solutions.
Les quelques mois ont passé maintenant. Je ne me considère plus du tout comme une mocheté, et je n'ai plus besoin qu'on me rassure à ce sujet. Après avoir entendu trois fois que je ressemblais à un Renoir ou un Botticelli, j'ai fini par tout simplement accepter mon style de beauté. Ronde, pâle, blonde et bouclée avec un visage de poupée: une beauté qui ne correspond pas aux canons mais qui, je m'en aperçois maintenant, n'est pas ignorée par la gent masculine. Cette confiance nouvellement acquise m'a permis de regarder le monde avec de nouveaux yeux. Et de voir que non, je ne suis pas un pichou.
J'ai un minimum de succès en fait. J'attire certains hommes comme du papier à mouche, à mon grand dam d'ailleurs. Parce qu'ils sont tous de la même espèce de mouche. Des hommes qui manquent de confiance, timides, souvent immatures et inexpérimentés en matière de chantage de pomme. Des gars qui croient qu'en me couvrant de compliment je tomberais en amour avec le reflet amélioré de moi-même, qu'ils m'exposent en long et en large, les yeux brillants. Qui croient pour la plupart que je suis une proie facile. Mais je déteste la flatterie plus que tout, et puisque tout flatteur vis aux dépens de celui qui l'écoute, je n'ai l'intention de faire vivre personne. Non mais.
Et puisqu'il y a déjà plusieurs années qui me séparent de l'époque ou j'étais à l'aise avec les jeux de charme, je ne sais plus comment réagir. Même devant un prétendant inintéressant, je rougis, je balbutie, je m'empêtre. Je pourrais utiliser mon sens de la répartie et rabattre le caquet de ces coqs mais bon, je suis trop polie. Naïve, donc, j'accepte certaines invitations en croisant les doigts de n'avoir à repousser personne. Et avec une vague impression du devoir en plus : m'ouvrir, me mettre en danger, me permettre les expériences, connaître de nouvelles personnes. Mais rien à faire, les hommes qui me courtisent ne m'attirent tout simplement pas, et ma libido n'est pas assez déchaînée pour me contenter de si peu.
Oui oui, je sais, je dois y mettre du mien. Entrer en relation avec les hommes qui m'intéressent. Mais je n'y tiens pas. Je suis bien, là, pas de mec, pas de questions, pas de stress. Les papillons à l'estomac m'ont toujours donné mal au coeur, de toute façon.
Un peu au désespoir, je me disais donc bien piteusement que si les cinq prochains hommes à m'approcher sont aussi peu dans mon genre que les derniers, je me convertis au lesbiannisme.
Ne dit-on pas de toute façon qu'au contraire des hommes, toutes les femmes sont belles?
jeudi 5 mars 2009
Leçon de sociologie comparée #2 Sujet: Chialeux VS Plaignards
Leçon gracieusement offerte par mme Al, docteur honoris causa en sociologie quotidienne de la prestigieuse Université DTLJ*
Il existe des différences fondamentales entre le chialeux et le plaignard. Provenant de la même souche, ces deux groupes souvent confondus se distinguent pourtant clairement, bien que chacun ait une fâcheuse tendance à s'inspirer de l'autre. Voici aujourd'hui quelques indices pour les différencier.
Le plaignard se reconnaît à son air mélancolique et son silence recherché. Sa physionomie souligne sa recherche de confident : si vous voyez des yeux de chien battu soulignés de longs soupirs gras, ne vous approchez pas, vous avez affaire à un plaignard. Lorsque vous tendez l'oreille, vous pouvez entendre son chant triste de tourterelle répétant "tout le monde est contre moi", ou bien "c'est pas ma faute". Ne tentez pas de raisonner un plaignard, votre tentative est vouée à l'échec : le plaignard a beau être omnivore, il se nourrit presque exclusivement de la sympathie de ses contemporains. Une fois gavé de vos tentatives de réconfort et de bonne volonté, il s'en ira, la queue entre les jambes, paître chez une autre bonne âme.
Le chialeux est souvent différent. Vous le reconnaîtrez à son teint rouge et à la fumée qui lui sort des oreilles. Le chialeux a la faculté extraordinaire de revivre devant vous les émotions qui ont déclenché son chialage. Ainsi, ne vous surprenez pas si en racontant son parcours d'autobus le chialeux devient agressif ou désespéré, il est à ce moment ailleurs. Le chialeux ne chante pas, il meugle. "C'est toujours pareil" est son motto le plus populaire: parce le chialeux a une capacité de mise en perspective restreinte, toutes les situations désagréables lui semblent directement adressées.
Les deux types ont un comportement social aussi très différents, que vous pouvez repérer grâce à quelques signes distinctifs. Le plaignard en effet se tient souvent en retrait, jamais trop loin du troupeau, position stratégique liée à ses habitudes alimentaires. C'est un être solitaire qui n'aime pas la compagnie des autres plaignards, puisqu'ils lui donnent souvent l'impression de ne plus être le seul malheureux au monde. Le chialeux attire quant à lui les gens de sa trempe. Ceux-ci peuvent ainsi s'adonner en groupe à leur activité favorite, et se motiver l'un l'autre. Mettez cependant un chialeux avec un non-chialeux, et s'il n'arrive pas à faire chialer son interlocuteur, il se sentira alors seul, incapable de communiquer ses déboires.
Maintenant que vous en savez un peu plus sur ces deux groupes sociaux, mes chers amis, vous devez m'avoir démasquée. Oui... je suis une chialeuse. Mais je vous rassure tout de suite, tout ça est en train de changer: devenue incapable de subir l'attraction des autres êtres de mon espèce, qui ne font qu'accentuer mes colères, j'ai décidé de rejoindre le troupeau. Et puisque je ne suis pas vraiment une plaignarde, si je chiale pour rien, vous avez le droit de me le dire.
Mais soyez poli, quand même.
*Université De Tous Les Jours, Montréal
Il existe des différences fondamentales entre le chialeux et le plaignard. Provenant de la même souche, ces deux groupes souvent confondus se distinguent pourtant clairement, bien que chacun ait une fâcheuse tendance à s'inspirer de l'autre. Voici aujourd'hui quelques indices pour les différencier.
Le plaignard se reconnaît à son air mélancolique et son silence recherché. Sa physionomie souligne sa recherche de confident : si vous voyez des yeux de chien battu soulignés de longs soupirs gras, ne vous approchez pas, vous avez affaire à un plaignard. Lorsque vous tendez l'oreille, vous pouvez entendre son chant triste de tourterelle répétant "tout le monde est contre moi", ou bien "c'est pas ma faute". Ne tentez pas de raisonner un plaignard, votre tentative est vouée à l'échec : le plaignard a beau être omnivore, il se nourrit presque exclusivement de la sympathie de ses contemporains. Une fois gavé de vos tentatives de réconfort et de bonne volonté, il s'en ira, la queue entre les jambes, paître chez une autre bonne âme.
Le chialeux est souvent différent. Vous le reconnaîtrez à son teint rouge et à la fumée qui lui sort des oreilles. Le chialeux a la faculté extraordinaire de revivre devant vous les émotions qui ont déclenché son chialage. Ainsi, ne vous surprenez pas si en racontant son parcours d'autobus le chialeux devient agressif ou désespéré, il est à ce moment ailleurs. Le chialeux ne chante pas, il meugle. "C'est toujours pareil" est son motto le plus populaire: parce le chialeux a une capacité de mise en perspective restreinte, toutes les situations désagréables lui semblent directement adressées.
Les deux types ont un comportement social aussi très différents, que vous pouvez repérer grâce à quelques signes distinctifs. Le plaignard en effet se tient souvent en retrait, jamais trop loin du troupeau, position stratégique liée à ses habitudes alimentaires. C'est un être solitaire qui n'aime pas la compagnie des autres plaignards, puisqu'ils lui donnent souvent l'impression de ne plus être le seul malheureux au monde. Le chialeux attire quant à lui les gens de sa trempe. Ceux-ci peuvent ainsi s'adonner en groupe à leur activité favorite, et se motiver l'un l'autre. Mettez cependant un chialeux avec un non-chialeux, et s'il n'arrive pas à faire chialer son interlocuteur, il se sentira alors seul, incapable de communiquer ses déboires.
Maintenant que vous en savez un peu plus sur ces deux groupes sociaux, mes chers amis, vous devez m'avoir démasquée. Oui... je suis une chialeuse. Mais je vous rassure tout de suite, tout ça est en train de changer: devenue incapable de subir l'attraction des autres êtres de mon espèce, qui ne font qu'accentuer mes colères, j'ai décidé de rejoindre le troupeau. Et puisque je ne suis pas vraiment une plaignarde, si je chiale pour rien, vous avez le droit de me le dire.
Mais soyez poli, quand même.
*Université De Tous Les Jours, Montréal
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