jeudi 5 mars 2009

Leçon de sociologie comparée #2 Sujet: Chialeux VS Plaignards

Leçon gracieusement offerte par mme Al, docteur honoris causa en sociologie quotidienne de la prestigieuse Université DTLJ*

Il existe des différences fondamentales entre le chialeux et le plaignard. Provenant de la même souche, ces deux groupes souvent confondus se distinguent pourtant clairement, bien que chacun ait une fâcheuse tendance à s'inspirer de l'autre. Voici aujourd'hui quelques indices pour les différencier.

Le plaignard se reconnaît à son air mélancolique et son silence recherché. Sa physionomie souligne sa recherche de confident : si vous voyez des yeux de chien battu soulignés de longs soupirs gras, ne vous approchez pas, vous avez affaire à un plaignard. Lorsque vous tendez l'oreille, vous pouvez entendre son chant triste de tourterelle répétant "tout le monde est contre moi", ou bien "c'est pas ma faute". Ne tentez pas de raisonner un plaignard, votre tentative est vouée à l'échec : le plaignard a beau être omnivore, il se nourrit presque exclusivement de la sympathie de ses contemporains. Une fois gavé de vos tentatives de réconfort et de bonne volonté, il s'en ira, la queue entre les jambes, paître chez une autre bonne âme.
Le chialeux est souvent différent. Vous le reconnaîtrez à son teint rouge et à la fumée qui lui sort des oreilles. Le chialeux a la faculté extraordinaire de revivre devant vous les émotions qui ont déclenché son chialage. Ainsi, ne vous surprenez pas si en racontant son parcours d'autobus le chialeux devient agressif ou désespéré, il est à ce moment ailleurs. Le chialeux ne chante pas, il meugle. "C'est toujours pareil" est son motto le plus populaire: parce le chialeux a une capacité de mise en perspective restreinte, toutes les situations désagréables lui semblent directement adressées.

Les deux types ont un comportement social aussi très différents, que vous pouvez repérer grâce à quelques signes distinctifs. Le plaignard en effet se tient souvent en retrait, jamais trop loin du troupeau, position stratégique liée à ses habitudes alimentaires. C'est un être solitaire qui n'aime pas la compagnie des autres plaignards, puisqu'ils lui donnent souvent l'impression de ne plus être le seul malheureux au monde. Le chialeux attire quant à lui les gens de sa trempe. Ceux-ci peuvent ainsi s'adonner en groupe à leur activité favorite, et se motiver l'un l'autre. Mettez cependant un chialeux avec un non-chialeux, et s'il n'arrive pas à faire chialer son interlocuteur, il se sentira alors seul, incapable de communiquer ses déboires.

Maintenant que vous en savez un peu plus sur ces deux groupes sociaux, mes chers amis, vous devez m'avoir démasquée. Oui... je suis une chialeuse. Mais je vous rassure tout de suite, tout ça est en train de changer: devenue incapable de subir l'attraction des autres êtres de mon espèce, qui ne font qu'accentuer mes colères, j'ai décidé de rejoindre le troupeau. Et puisque je ne suis pas vraiment une plaignarde, si je chiale pour rien, vous avez le droit de me le dire.

Mais soyez poli, quand même.



*Université De Tous Les Jours, Montréal

2 commentaires:

Madame WeZo a dit…

je suis tombé par hasard sur ton site et j'adore ta façon d'écrire!

je reviendrais te lire .

Alexe-Sandra a dit…

Merci beaucoup! :) je suis contente que ça plaise!!