Lors de mon passage à l'université, on a tenté de m'enseigner différentes techniques de création artistique, théâtrales pour la plupart. Parmi celles-ci, la technique m'ayant donné le plus de difficultés s'est avérée être la méthode REPÈRE de l'école Jacques Lecoq, reprise par la compagnie Ex Machina et son leader, Robert Lepage. Ce point de vue m'a semblé différent de tous les autres en le fait qu'il met au centre de la création des éléments affectifs à quoi l'on procure plus tard un sens. Ceux d'entre vous qui avez déjà expérimenté la création conviendrez que l'inspiration naît souvent d'une idée, d'un concept (donc du sens), que l'on met plus tard en forme avec des mots, des couleurs, des sons.
Avec REPÈRE, c'est plutôt le contraire. Au théâtre, nous fouillions des textes pour en retirer les phrases, les personnages et les concepts qui nous plaisaient et nous faisaient vibrer. De ce ramassis pêle-mêle d'idées folles et sans lien, nous tentions de former un tout sensible et surtout, solide. Selon moi, il s'agissait plus ou moins de planter une colonne vertébrale dans un mollusque, chose beaucoup plus difficile que de bâtir à partir d'un squelette, vous en conviendrez.
Mais je n'écris pas aujourd'hui dans le but d'exposer cette technique au grand public, chose que vous pourrez faire dans vos temps libres si cela vous chante. Je désire plutôt coucher sur papier les résultats de mon exploration solo de la méthode susnommée :
Mon emploi actuel me demande régulièrement de passer en revue différents titres de livres et d'en trouver leurs pages de couverture ainsi que leur résumés, que je publie ensuite sur le site internet de ma compagnie. Récemment, une lubie m'a assaillie : pour une raison quelconque, je me suis mis à prendre en note les titres de livres qui me semblaient accrocheurs ou me touchaient, non pas toujours dans le but de lire les ouvrages retenus, mais simplement parce que je trouvais que leurs titres sonnaient bien. Peut-être, qui sait, dans le but de trouver un peu de beauté dans des journées parfois monotones. Ces 37 titres notés me hantaient parfois, me revenaient en mémoire comme des mots qui n'étaient pas les miens, mais qui semblaient faire partie de moi. Et de jour en jour, 16 des titres retenus se sont enlignés sur le papier, petit à petit, innocemment d'abord, puis impérieusement.
Ce matin, j'ai relu ces titres si simplement accolés, où je n'ai rajouté (en italique) que quelques détails, et j'en ai trouvé un tout digne d'être.
Je copie ce tout ici, pour votre plaisir je l'espère, mais surtout pour le mien.
Dépucelages ordinaires
Dans une nouvelle noirceur,
Le chant des courbes fait l'éloge de l'animal:
Un petit viol
D'une anarchie tolérable.
[Est-ce ainsi que les femmes meurent -
Par la magie de l'ordre des choses ?]
Pour vos amis les hommes,
La jouissance est sérieuse
Car c'est ici et là le plaisir du diable
(pour une immoralité bien pimpante)
Que d'abattre la barricade des cygnes.
Dans la chambre aux oiseaux, donc, le monde est flou
Mais l'orgasme, vraiment, on s'en fout.
(Je remercie, dans l'ordre, les auteurs qui m'ont prêté leurs mots:
Len Gasparini, Nathalie Mei, Montaigne, Degroote, Jedidiah Purdy, Didier Decoin, Dervy, Davis Zinczenko, Marylène Bertrand, Stéphanie Kaufmann, Jacques Gélat, Théophile Gauthier, Haddad, Killen, Clarke, Sophie Bramly. Si vos mots ont disparu, ne cherchez pas, c'est moi qui les ai)
samedi 28 mars 2009
vendredi 20 mars 2009
Les plus beaux mots du monde
En cette journée mondiale de la francophonie, et suite à la suggestion de mon amie Marya, j'écris aujourd'hui pour vous parler de mots.
En écoutant Tout le monde en parle un de ces dimanches, où j'entendais Guy A. poser la question à un de ses invités: "Quel est, pour vous, le plus beau mot du monde?", je me suis posé la question à moi-même. Il y en a des tas, des mots, qui veulent dire de belles choses. Comme les mots "amour", "pluie", ou autres mièvreries qui renvoient directement à la notion associée. On n'aime pas tant dans ces mots leur sonorité ou leur forme, mais les moments, les situations agréables rappelées par leur sens.
Moi, mon mot favori serait "Cyprine":
« [D]u latin Cypris , du grec Kupris, surnom d'Aphrodite. Sécrétion vaginale, signe physique du désir sexuel ». ( Le petit Robert )
Bon bon bon. J'entends déjà les oreilles sensibles se dire "Oh mais on sait bien, un mot sexuel comme mot favori, c'est joli!". Eh bien oui, messieurs dames, ce mot en est bien un de basse extraction, mais pourtant, ce n'est pas au phénomène physique que ce terme me renvoie, mais plutôt à son extraordinaire pouvoir de transformation.
Pouvoir que d'autres mots de même famille ne possèdent pas. Combien d'entre nous avons déjà buté sur les mots "vagin" ou "anus", qui, soyons honnêtes, sonnent horriblement mal. J'hésite même à les coucher sur ce papier virtuel tant leur sonorité et leur forme, en plus de renvoyer à une image (disons-le) vulgaire, semblent impropres à la diffusion. Le "g" de l'un, le "us" de l'autre tourne mal sur la langue (sans mauvais jeu de mots) et provoque toujours un léger malaise. Félicitations à vous si ce n'est pas le cas.
Ce qui fait de "cyprine" un mot extraordinaire c'est qu'il arrive, par sa forme seulement, à transformer un terme désagréable en véritable poésie. Même en sachant sa connotation, dites-le à voix haute et vous constaterez que sa sonorité coule gracieusement et facilement dans le langage. Plus de vulgarité. Plus de dégoût. Cyprine est un mot qui porte en lui la capacité de générer du beau à partir du laid.
Bien sûr, ce mot n'est pas le seul à remplir une fonction pareille. "Assassinat" ma paraît un beau mot, mais renvoie pourtant au tragique. "Linceul", à quelque chose de triste. À l'opposé, "bru" donne une couleur fade à une simple filiation, et "coléus" rappelle une maladie alors qu'il nomme une jolie plante. Et la liste est sans fin.
Mais "cyprine" me semble le terme qui marque le plus grand écart entre la beauté de sa forme et la bassesse de son référent. Et pour cela, il mérite toute ma considération et mon admiration la plus sincère.
À tous ceux d'entre vous qui arrivez à vibrer au son d'un simple assemblage de lettres, je vous dis bravo. Pour vous, toute la beauté du monde n'attend que d'être nommée.
Bonne journée de la francophonie.
En écoutant Tout le monde en parle un de ces dimanches, où j'entendais Guy A. poser la question à un de ses invités: "Quel est, pour vous, le plus beau mot du monde?", je me suis posé la question à moi-même. Il y en a des tas, des mots, qui veulent dire de belles choses. Comme les mots "amour", "pluie", ou autres mièvreries qui renvoient directement à la notion associée. On n'aime pas tant dans ces mots leur sonorité ou leur forme, mais les moments, les situations agréables rappelées par leur sens.
Moi, mon mot favori serait "Cyprine":
« [D]u latin Cypris , du grec Kupris, surnom d'Aphrodite. Sécrétion vaginale, signe physique du désir sexuel ». ( Le petit Robert )
Bon bon bon. J'entends déjà les oreilles sensibles se dire "Oh mais on sait bien, un mot sexuel comme mot favori, c'est joli!". Eh bien oui, messieurs dames, ce mot en est bien un de basse extraction, mais pourtant, ce n'est pas au phénomène physique que ce terme me renvoie, mais plutôt à son extraordinaire pouvoir de transformation.
Pouvoir que d'autres mots de même famille ne possèdent pas. Combien d'entre nous avons déjà buté sur les mots "vagin" ou "anus", qui, soyons honnêtes, sonnent horriblement mal. J'hésite même à les coucher sur ce papier virtuel tant leur sonorité et leur forme, en plus de renvoyer à une image (disons-le) vulgaire, semblent impropres à la diffusion. Le "g" de l'un, le "us" de l'autre tourne mal sur la langue (sans mauvais jeu de mots) et provoque toujours un léger malaise. Félicitations à vous si ce n'est pas le cas.
Ce qui fait de "cyprine" un mot extraordinaire c'est qu'il arrive, par sa forme seulement, à transformer un terme désagréable en véritable poésie. Même en sachant sa connotation, dites-le à voix haute et vous constaterez que sa sonorité coule gracieusement et facilement dans le langage. Plus de vulgarité. Plus de dégoût. Cyprine est un mot qui porte en lui la capacité de générer du beau à partir du laid.
Bien sûr, ce mot n'est pas le seul à remplir une fonction pareille. "Assassinat" ma paraît un beau mot, mais renvoie pourtant au tragique. "Linceul", à quelque chose de triste. À l'opposé, "bru" donne une couleur fade à une simple filiation, et "coléus" rappelle une maladie alors qu'il nomme une jolie plante. Et la liste est sans fin.
Mais "cyprine" me semble le terme qui marque le plus grand écart entre la beauté de sa forme et la bassesse de son référent. Et pour cela, il mérite toute ma considération et mon admiration la plus sincère.
À tous ceux d'entre vous qui arrivez à vibrer au son d'un simple assemblage de lettres, je vous dis bravo. Pour vous, toute la beauté du monde n'attend que d'être nommée.
Bonne journée de la francophonie.
samedi 7 mars 2009
Papier à mouche et chantage de pomme
Voilà à peine quelques mois, j'étais profondément persuadée que plus jamais un homme ne me regarderait. Quand on ne se sent pas bien dans sa peau, même si on est Claudia Schiffer (Shiffer? Schifer?).................. même si on est Pénélope Cruz, on se sent pas beau.
Mais les semaines ont passé. De party en bar, du bureau à la rue, j'ai capturé certains regards attardés sur moi. Au début, je vérifiais derrière mon épaule, cherchant la beauté à qui étaient dûs certains sourires. Puis, ne sachant comment réagir, j'ai préféré ignorer les marques d'attention, ou les repousser froidement en l'absence d'autres solutions.
Les quelques mois ont passé maintenant. Je ne me considère plus du tout comme une mocheté, et je n'ai plus besoin qu'on me rassure à ce sujet. Après avoir entendu trois fois que je ressemblais à un Renoir ou un Botticelli, j'ai fini par tout simplement accepter mon style de beauté. Ronde, pâle, blonde et bouclée avec un visage de poupée: une beauté qui ne correspond pas aux canons mais qui, je m'en aperçois maintenant, n'est pas ignorée par la gent masculine. Cette confiance nouvellement acquise m'a permis de regarder le monde avec de nouveaux yeux. Et de voir que non, je ne suis pas un pichou.
J'ai un minimum de succès en fait. J'attire certains hommes comme du papier à mouche, à mon grand dam d'ailleurs. Parce qu'ils sont tous de la même espèce de mouche. Des hommes qui manquent de confiance, timides, souvent immatures et inexpérimentés en matière de chantage de pomme. Des gars qui croient qu'en me couvrant de compliment je tomberais en amour avec le reflet amélioré de moi-même, qu'ils m'exposent en long et en large, les yeux brillants. Qui croient pour la plupart que je suis une proie facile. Mais je déteste la flatterie plus que tout, et puisque tout flatteur vis aux dépens de celui qui l'écoute, je n'ai l'intention de faire vivre personne. Non mais.
Et puisqu'il y a déjà plusieurs années qui me séparent de l'époque ou j'étais à l'aise avec les jeux de charme, je ne sais plus comment réagir. Même devant un prétendant inintéressant, je rougis, je balbutie, je m'empêtre. Je pourrais utiliser mon sens de la répartie et rabattre le caquet de ces coqs mais bon, je suis trop polie. Naïve, donc, j'accepte certaines invitations en croisant les doigts de n'avoir à repousser personne. Et avec une vague impression du devoir en plus : m'ouvrir, me mettre en danger, me permettre les expériences, connaître de nouvelles personnes. Mais rien à faire, les hommes qui me courtisent ne m'attirent tout simplement pas, et ma libido n'est pas assez déchaînée pour me contenter de si peu.
Oui oui, je sais, je dois y mettre du mien. Entrer en relation avec les hommes qui m'intéressent. Mais je n'y tiens pas. Je suis bien, là, pas de mec, pas de questions, pas de stress. Les papillons à l'estomac m'ont toujours donné mal au coeur, de toute façon.
Un peu au désespoir, je me disais donc bien piteusement que si les cinq prochains hommes à m'approcher sont aussi peu dans mon genre que les derniers, je me convertis au lesbiannisme.
Ne dit-on pas de toute façon qu'au contraire des hommes, toutes les femmes sont belles?
Mais les semaines ont passé. De party en bar, du bureau à la rue, j'ai capturé certains regards attardés sur moi. Au début, je vérifiais derrière mon épaule, cherchant la beauté à qui étaient dûs certains sourires. Puis, ne sachant comment réagir, j'ai préféré ignorer les marques d'attention, ou les repousser froidement en l'absence d'autres solutions.
Les quelques mois ont passé maintenant. Je ne me considère plus du tout comme une mocheté, et je n'ai plus besoin qu'on me rassure à ce sujet. Après avoir entendu trois fois que je ressemblais à un Renoir ou un Botticelli, j'ai fini par tout simplement accepter mon style de beauté. Ronde, pâle, blonde et bouclée avec un visage de poupée: une beauté qui ne correspond pas aux canons mais qui, je m'en aperçois maintenant, n'est pas ignorée par la gent masculine. Cette confiance nouvellement acquise m'a permis de regarder le monde avec de nouveaux yeux. Et de voir que non, je ne suis pas un pichou.
J'ai un minimum de succès en fait. J'attire certains hommes comme du papier à mouche, à mon grand dam d'ailleurs. Parce qu'ils sont tous de la même espèce de mouche. Des hommes qui manquent de confiance, timides, souvent immatures et inexpérimentés en matière de chantage de pomme. Des gars qui croient qu'en me couvrant de compliment je tomberais en amour avec le reflet amélioré de moi-même, qu'ils m'exposent en long et en large, les yeux brillants. Qui croient pour la plupart que je suis une proie facile. Mais je déteste la flatterie plus que tout, et puisque tout flatteur vis aux dépens de celui qui l'écoute, je n'ai l'intention de faire vivre personne. Non mais.
Et puisqu'il y a déjà plusieurs années qui me séparent de l'époque ou j'étais à l'aise avec les jeux de charme, je ne sais plus comment réagir. Même devant un prétendant inintéressant, je rougis, je balbutie, je m'empêtre. Je pourrais utiliser mon sens de la répartie et rabattre le caquet de ces coqs mais bon, je suis trop polie. Naïve, donc, j'accepte certaines invitations en croisant les doigts de n'avoir à repousser personne. Et avec une vague impression du devoir en plus : m'ouvrir, me mettre en danger, me permettre les expériences, connaître de nouvelles personnes. Mais rien à faire, les hommes qui me courtisent ne m'attirent tout simplement pas, et ma libido n'est pas assez déchaînée pour me contenter de si peu.
Oui oui, je sais, je dois y mettre du mien. Entrer en relation avec les hommes qui m'intéressent. Mais je n'y tiens pas. Je suis bien, là, pas de mec, pas de questions, pas de stress. Les papillons à l'estomac m'ont toujours donné mal au coeur, de toute façon.
Un peu au désespoir, je me disais donc bien piteusement que si les cinq prochains hommes à m'approcher sont aussi peu dans mon genre que les derniers, je me convertis au lesbiannisme.
Ne dit-on pas de toute façon qu'au contraire des hommes, toutes les femmes sont belles?
jeudi 5 mars 2009
Leçon de sociologie comparée #2 Sujet: Chialeux VS Plaignards
Leçon gracieusement offerte par mme Al, docteur honoris causa en sociologie quotidienne de la prestigieuse Université DTLJ*
Il existe des différences fondamentales entre le chialeux et le plaignard. Provenant de la même souche, ces deux groupes souvent confondus se distinguent pourtant clairement, bien que chacun ait une fâcheuse tendance à s'inspirer de l'autre. Voici aujourd'hui quelques indices pour les différencier.
Le plaignard se reconnaît à son air mélancolique et son silence recherché. Sa physionomie souligne sa recherche de confident : si vous voyez des yeux de chien battu soulignés de longs soupirs gras, ne vous approchez pas, vous avez affaire à un plaignard. Lorsque vous tendez l'oreille, vous pouvez entendre son chant triste de tourterelle répétant "tout le monde est contre moi", ou bien "c'est pas ma faute". Ne tentez pas de raisonner un plaignard, votre tentative est vouée à l'échec : le plaignard a beau être omnivore, il se nourrit presque exclusivement de la sympathie de ses contemporains. Une fois gavé de vos tentatives de réconfort et de bonne volonté, il s'en ira, la queue entre les jambes, paître chez une autre bonne âme.
Le chialeux est souvent différent. Vous le reconnaîtrez à son teint rouge et à la fumée qui lui sort des oreilles. Le chialeux a la faculté extraordinaire de revivre devant vous les émotions qui ont déclenché son chialage. Ainsi, ne vous surprenez pas si en racontant son parcours d'autobus le chialeux devient agressif ou désespéré, il est à ce moment ailleurs. Le chialeux ne chante pas, il meugle. "C'est toujours pareil" est son motto le plus populaire: parce le chialeux a une capacité de mise en perspective restreinte, toutes les situations désagréables lui semblent directement adressées.
Les deux types ont un comportement social aussi très différents, que vous pouvez repérer grâce à quelques signes distinctifs. Le plaignard en effet se tient souvent en retrait, jamais trop loin du troupeau, position stratégique liée à ses habitudes alimentaires. C'est un être solitaire qui n'aime pas la compagnie des autres plaignards, puisqu'ils lui donnent souvent l'impression de ne plus être le seul malheureux au monde. Le chialeux attire quant à lui les gens de sa trempe. Ceux-ci peuvent ainsi s'adonner en groupe à leur activité favorite, et se motiver l'un l'autre. Mettez cependant un chialeux avec un non-chialeux, et s'il n'arrive pas à faire chialer son interlocuteur, il se sentira alors seul, incapable de communiquer ses déboires.
Maintenant que vous en savez un peu plus sur ces deux groupes sociaux, mes chers amis, vous devez m'avoir démasquée. Oui... je suis une chialeuse. Mais je vous rassure tout de suite, tout ça est en train de changer: devenue incapable de subir l'attraction des autres êtres de mon espèce, qui ne font qu'accentuer mes colères, j'ai décidé de rejoindre le troupeau. Et puisque je ne suis pas vraiment une plaignarde, si je chiale pour rien, vous avez le droit de me le dire.
Mais soyez poli, quand même.
*Université De Tous Les Jours, Montréal
Il existe des différences fondamentales entre le chialeux et le plaignard. Provenant de la même souche, ces deux groupes souvent confondus se distinguent pourtant clairement, bien que chacun ait une fâcheuse tendance à s'inspirer de l'autre. Voici aujourd'hui quelques indices pour les différencier.
Le plaignard se reconnaît à son air mélancolique et son silence recherché. Sa physionomie souligne sa recherche de confident : si vous voyez des yeux de chien battu soulignés de longs soupirs gras, ne vous approchez pas, vous avez affaire à un plaignard. Lorsque vous tendez l'oreille, vous pouvez entendre son chant triste de tourterelle répétant "tout le monde est contre moi", ou bien "c'est pas ma faute". Ne tentez pas de raisonner un plaignard, votre tentative est vouée à l'échec : le plaignard a beau être omnivore, il se nourrit presque exclusivement de la sympathie de ses contemporains. Une fois gavé de vos tentatives de réconfort et de bonne volonté, il s'en ira, la queue entre les jambes, paître chez une autre bonne âme.
Le chialeux est souvent différent. Vous le reconnaîtrez à son teint rouge et à la fumée qui lui sort des oreilles. Le chialeux a la faculté extraordinaire de revivre devant vous les émotions qui ont déclenché son chialage. Ainsi, ne vous surprenez pas si en racontant son parcours d'autobus le chialeux devient agressif ou désespéré, il est à ce moment ailleurs. Le chialeux ne chante pas, il meugle. "C'est toujours pareil" est son motto le plus populaire: parce le chialeux a une capacité de mise en perspective restreinte, toutes les situations désagréables lui semblent directement adressées.
Les deux types ont un comportement social aussi très différents, que vous pouvez repérer grâce à quelques signes distinctifs. Le plaignard en effet se tient souvent en retrait, jamais trop loin du troupeau, position stratégique liée à ses habitudes alimentaires. C'est un être solitaire qui n'aime pas la compagnie des autres plaignards, puisqu'ils lui donnent souvent l'impression de ne plus être le seul malheureux au monde. Le chialeux attire quant à lui les gens de sa trempe. Ceux-ci peuvent ainsi s'adonner en groupe à leur activité favorite, et se motiver l'un l'autre. Mettez cependant un chialeux avec un non-chialeux, et s'il n'arrive pas à faire chialer son interlocuteur, il se sentira alors seul, incapable de communiquer ses déboires.
Maintenant que vous en savez un peu plus sur ces deux groupes sociaux, mes chers amis, vous devez m'avoir démasquée. Oui... je suis une chialeuse. Mais je vous rassure tout de suite, tout ça est en train de changer: devenue incapable de subir l'attraction des autres êtres de mon espèce, qui ne font qu'accentuer mes colères, j'ai décidé de rejoindre le troupeau. Et puisque je ne suis pas vraiment une plaignarde, si je chiale pour rien, vous avez le droit de me le dire.
Mais soyez poli, quand même.
*Université De Tous Les Jours, Montréal
vendredi 30 janvier 2009
Exemple d'une journée ratée
Tout ça commence le matin.
Comme pas mal toutes les journées en fait.
C'était un beau départ : je m'étais couchée tôt la veille, je me réveille à l'heure et je me sens bien dans mon linge.
Mais puisqu'il faut sortir, je quitte l'appart : la réalité me frappe sous les traits des restants d'une petite tempête de neige. La rue n'a pas été déblayée et puisque je suis la première levée du bloc, personne n'a pelleté. Chanceuse dans ma malchance cependant, il fait doux (!) et j'ai connu bien pire comme tempête. Mais après une cinquantaine de pas à peine, une voiture qui ne daigne pas me contourner me fait signe à grands coup de klaxon qu'il apprécierait me voir élégamment patauger dans un pied neige. Ce que je fais, avec (très peu de) bonne grâce. Première offense.
Rabrouée, je continue vers le parc qui me sépare de l'arrêt d'autobus. J'attaque la colline et patauge quelques minutes jusqu'à l'abribus, mais hourra! l'autobus arrive pile! (mais absolument et complètement bondé). Je m'engouffre donc, avec appréhension, dans la bouche de l'enfer. Trois coins de rue plus tard : un camion énorme et rempli de neige nous coupe, et tente de tourner le coin bien sûr. Avance, recule, avance, recule, la bête tente de se faufiler entre les bancs de neige et les voitures. Et à peine une dizaine de minutes plus tard, nous sommes enfin repartis. À pied j'y serais déjà!
Le métro arrive et j'ai une place assise, ce qui est rare. Je me branche sur mon lecteur mp3 avec de vieux écouteurs parce que les neufs ont brisé la veille (comme vous voyez le malheur n'arrive jamais seul). Transfert, marche, jouage de coudes, et je suis dehors. Le café du matin presse, et le chemin qui y mène est glissant. Qui plus est, je suis en retard! Mais en ce matin d'apocalypse, j'en ai besoin comme d'une bouée de sauvetage.
Au travail rien à signaler, mis à part quelques bogues informatiques mineurs. Comme par exemple, gosser après l'imprimante pendant 10 minutes pour qu'on me montre où mettre le papier. Ah oui : et il manque 200$ à ma paie.
Je termine la journée tard, il fait déjà sombre et les trottoirs ne sont pas plus déblayés que ce matin. Je fais quelques commissions, SAQ, épicerie, club vidéo... Partout, les gens sont pressés et donnent du coude dans les files indiennes qu'obligent la circulation piétonnière. Heureusement, l'autobus qui me mène à chez moi arrive pile au moment où je sors du métro. Je laisse défiler les passagers afin d'entrer dernière. Mais ô surprise! Le chauffeur ferme la porte au nez d'une demi douzaines de personnes, dont moi évidemment, et pars.
Et moi, désespérée, je cours en tapant dans la porte.
Bon. Se rendre compte qu'une petite foule vous regarde trottiner derrière un bus rend un peu honteux, alors pour décompresser (et surtout pour protéger mon orgueil), je décide de marcher. Au coin juste à côté, j'attends la lumière verte en bidouillant mon mp3, cherchant de la musique joyeuse pour me changer l'humeur. C'est alors qu'un jet de gadoue grise et froide expédiée par une voiture sur la jaune me rappela à mon malheur. Super. Marcher me fera définitivement du bien. La musique dans le tapis, l'oeil meurtrier, je rentre chez moi ça presse.
Enfin j'y suis! Mais encore dans l'esprit du défoulement, je décide d'aller pelleter mes balcons. Le pied dehors, je me rends compte que mon sympathique voisin a pelleté toute la neige de mon bord du balcon! Merci voisin! J'empoigne la pelle et la plante rageusement dans l'amoncellement. Et qu'est-ce qu'elle fait la pelle? Ben elle casse!!
(ok rassurez-vous, je ne l'ai pas plantée si rageusement que ça. C'est juste que je l'ai laissée dehors tout l'hiver et elle a fendu. Mea culpa.)
Ok c'en est trop. Je rentre à l'intérieur, j'enlève mon fatras et je cherche mon pyjama. Si je ne sors pas, rien ne peut plus arriver non? Mais NON! J'oubliais le téléphone! Il aurait fallu l'éteindre puisque maintenant il sonne, et c'est le club video où j'ai ramené mes films vingt minutes plus tôt qui m'avise que j'ai oublié de mettre le dvd dans l'enveloppe. À ramener avant 10h ce soir, sinon c'est l'amende!
Encore en pyjama, je cherche le disque... qui n'est pas là! Eh oui, je l'ai oublié chez une amie!
20h37 à ma montre en ce moment. Aucun nouveau malheur n'est arrivé depuis le coup du téléphone. Par prévention cependant, il est hors de question que je ne jette ne serait-ce qu'un regard dehors jusqu'à midi demain.
Et je vous avertis: ce soir, je ne réponds pas au téléphone.
Comme pas mal toutes les journées en fait.
C'était un beau départ : je m'étais couchée tôt la veille, je me réveille à l'heure et je me sens bien dans mon linge.
Mais puisqu'il faut sortir, je quitte l'appart : la réalité me frappe sous les traits des restants d'une petite tempête de neige. La rue n'a pas été déblayée et puisque je suis la première levée du bloc, personne n'a pelleté. Chanceuse dans ma malchance cependant, il fait doux (!) et j'ai connu bien pire comme tempête. Mais après une cinquantaine de pas à peine, une voiture qui ne daigne pas me contourner me fait signe à grands coup de klaxon qu'il apprécierait me voir élégamment patauger dans un pied neige. Ce que je fais, avec (très peu de) bonne grâce. Première offense.
Rabrouée, je continue vers le parc qui me sépare de l'arrêt d'autobus. J'attaque la colline et patauge quelques minutes jusqu'à l'abribus, mais hourra! l'autobus arrive pile! (mais absolument et complètement bondé). Je m'engouffre donc, avec appréhension, dans la bouche de l'enfer. Trois coins de rue plus tard : un camion énorme et rempli de neige nous coupe, et tente de tourner le coin bien sûr. Avance, recule, avance, recule, la bête tente de se faufiler entre les bancs de neige et les voitures. Et à peine une dizaine de minutes plus tard, nous sommes enfin repartis. À pied j'y serais déjà!
Le métro arrive et j'ai une place assise, ce qui est rare. Je me branche sur mon lecteur mp3 avec de vieux écouteurs parce que les neufs ont brisé la veille (comme vous voyez le malheur n'arrive jamais seul). Transfert, marche, jouage de coudes, et je suis dehors. Le café du matin presse, et le chemin qui y mène est glissant. Qui plus est, je suis en retard! Mais en ce matin d'apocalypse, j'en ai besoin comme d'une bouée de sauvetage.
Au travail rien à signaler, mis à part quelques bogues informatiques mineurs. Comme par exemple, gosser après l'imprimante pendant 10 minutes pour qu'on me montre où mettre le papier. Ah oui : et il manque 200$ à ma paie.
Je termine la journée tard, il fait déjà sombre et les trottoirs ne sont pas plus déblayés que ce matin. Je fais quelques commissions, SAQ, épicerie, club vidéo... Partout, les gens sont pressés et donnent du coude dans les files indiennes qu'obligent la circulation piétonnière. Heureusement, l'autobus qui me mène à chez moi arrive pile au moment où je sors du métro. Je laisse défiler les passagers afin d'entrer dernière. Mais ô surprise! Le chauffeur ferme la porte au nez d'une demi douzaines de personnes, dont moi évidemment, et pars.
Et moi, désespérée, je cours en tapant dans la porte.
Bon. Se rendre compte qu'une petite foule vous regarde trottiner derrière un bus rend un peu honteux, alors pour décompresser (et surtout pour protéger mon orgueil), je décide de marcher. Au coin juste à côté, j'attends la lumière verte en bidouillant mon mp3, cherchant de la musique joyeuse pour me changer l'humeur. C'est alors qu'un jet de gadoue grise et froide expédiée par une voiture sur la jaune me rappela à mon malheur. Super. Marcher me fera définitivement du bien. La musique dans le tapis, l'oeil meurtrier, je rentre chez moi ça presse.
Enfin j'y suis! Mais encore dans l'esprit du défoulement, je décide d'aller pelleter mes balcons. Le pied dehors, je me rends compte que mon sympathique voisin a pelleté toute la neige de mon bord du balcon! Merci voisin! J'empoigne la pelle et la plante rageusement dans l'amoncellement. Et qu'est-ce qu'elle fait la pelle? Ben elle casse!!
(ok rassurez-vous, je ne l'ai pas plantée si rageusement que ça. C'est juste que je l'ai laissée dehors tout l'hiver et elle a fendu. Mea culpa.)
Ok c'en est trop. Je rentre à l'intérieur, j'enlève mon fatras et je cherche mon pyjama. Si je ne sors pas, rien ne peut plus arriver non? Mais NON! J'oubliais le téléphone! Il aurait fallu l'éteindre puisque maintenant il sonne, et c'est le club video où j'ai ramené mes films vingt minutes plus tôt qui m'avise que j'ai oublié de mettre le dvd dans l'enveloppe. À ramener avant 10h ce soir, sinon c'est l'amende!
Encore en pyjama, je cherche le disque... qui n'est pas là! Eh oui, je l'ai oublié chez une amie!
20h37 à ma montre en ce moment. Aucun nouveau malheur n'est arrivé depuis le coup du téléphone. Par prévention cependant, il est hors de question que je ne jette ne serait-ce qu'un regard dehors jusqu'à midi demain.
Et je vous avertis: ce soir, je ne réponds pas au téléphone.
mardi 13 janvier 2009
Odeur de faux
Une odeur de cyprine inutile
Écume l'air étrangement
Forte de désirs interrompus
D'envies asséchées
Longtemps dans l'effluve
Par des relents d'aube dissipée
Je fais face
et dépouille mes chimères de confiance
Puis tu perds mes mots
Puis tu perds mon sens
Et je confond ton vrai
Avec mes silences
Écume l'air étrangement
Forte de désirs interrompus
D'envies asséchées
Longtemps dans l'effluve
Par des relents d'aube dissipée
Je fais face
et dépouille mes chimères de confiance
Puis tu perds mes mots
Puis tu perds mon sens
Et je confond ton vrai
Avec mes silences
samedi 20 décembre 2008
Leçon de sociologie comparée #1. Sujet : Welcome to the Jungle
Leçon gracieusement offerte par mme Al, docteure honoris causa en sociologie comparée de la prestigieuse université DTLJ*
La faune urbaine est, comme son nom l'indique, une faune. Et comme dans toutes les jungles, toutes les plaines, toutes les montagnes, les animaux usent d'une foule de signaux pour se positionner parmi les leurs et les autres. Comme la plupart d'entre vous, je passe le plus clair de mon temps en société : il m'est donc donné à tous les jours d'observer la faune urbaine en action. Ces observations m'ont mené à quelques conclusions sur le monde animal dont nous faisons partie. La principale étant que notre apparence extérieure compte pour beaucoup plus que ce que nous nous imaginons...
Loin de moi l'idée d'aborder le sujet surexploité quoique nécessaire de la confiance en soi ou de la vraie beauté. Bien que nous sachions que les apparences comptent, ne serait-ce que dans nos autocomparaisons quotidiennes, on continue à croire mordicus que la longueur de nos cheveux ou notre style vestimentaire ne disent rien sur nous. Nous voudrions penser que la différence par l'apparence est futile puisque les mêmes vêtements se vendent dans toutes les boutiques et que juger quelqu'un sur son apparence relève du chauvinisme. Mais pourtant, et vous me corrigerez si j'ai tort, l'apparat le plus superficiel me semble envoyer des messages difficile à ignorer, que ce soit consciemment ou pas.
Dans le monde animal, la grosseur et la grandeur servent à intimider ses semblables. Les plus grands et les plus forts imposent la crainte, et sont moins susceptibles d'être attaqués. La grenouille boeuf enfle sa gorge, l'ours se dresse sur ses pattes arrières... Dans le métro, on retrouve ces grenouilles et ces ours dans des vêtements "gangster" très amples grossissant le corps. Leurs mouvements sont exagérés, prennent plus de place. D'où notre sentiment de menace plus ou moins avérée devant certains styles de gens. La crainte ne naît pas de la personne, mais plutôt du message qu'il nous envoie: "Regardez, je suis grand et je prend beaucoup de place, me provoquer est un danger!"
D'autres sont pourvus de cornes et de pics. Les boucs, les taureaux, les porc-épics usent de leurs atouts pour imposer leur présence. Que fait-on alors des studs, ces petits bouts de métal accrochés un peu partout sur le corps des punks?
Certains encore utilisent la couleur. Les grenouilles, les serpents les plus flamboyants sont les plus à craindre. Dans la rue, les cheveux les plus colorés, les coupes les plus extravagantes indiquent une certaine confiance en soi (pour avoir les cheveux bleu, faut avoir des couilles quand même!) et forcent à leur tour le respect.
Une autre catégorie utilise le camouflage. Caméléons et herbivores blanchissant l'hiver venu retrouvent leurs alter-egos dans la masse intangible vêtue en chemise et jean, les cheveux propres, le visage fermé. Ceux-là, on ne les voit qu'à peine: ils sont protégés par leur anonymat.
Bien sûr, il est tout à fait possible de démultiplier les évidences. Les jeunes hommes/lions cherchent à établir leur force en se bagarrant amicalement. Les femmes/corneilles sont attirées par le mâle qui leur apporte des objets brillants. Les jeunes filles/moutons se tiennent en troupeaux pour plus de sécurité (eh oui... si on va aux toilettes en bande, c'est qu'on tient un peu du mouton, les gars).
Mais nous nous éloignons du sujet... comme je crois l'avoir prouvé, l'animal que nous sommes se définit entre autres dans notre apparence et notre attitude physiques. Ainsi, que je ne voie personne me traiter de xénophobe quand j'affirme que les punks, gothiques, rappers, skaters et autres individus grands, colorés et pointus me rendent parfois un peu nerveuse : je met tout ça sur le compte de l'instinct de conservation.
*Université De Tous Les Jours, Montréal
La faune urbaine est, comme son nom l'indique, une faune. Et comme dans toutes les jungles, toutes les plaines, toutes les montagnes, les animaux usent d'une foule de signaux pour se positionner parmi les leurs et les autres. Comme la plupart d'entre vous, je passe le plus clair de mon temps en société : il m'est donc donné à tous les jours d'observer la faune urbaine en action. Ces observations m'ont mené à quelques conclusions sur le monde animal dont nous faisons partie. La principale étant que notre apparence extérieure compte pour beaucoup plus que ce que nous nous imaginons...
Loin de moi l'idée d'aborder le sujet surexploité quoique nécessaire de la confiance en soi ou de la vraie beauté. Bien que nous sachions que les apparences comptent, ne serait-ce que dans nos autocomparaisons quotidiennes, on continue à croire mordicus que la longueur de nos cheveux ou notre style vestimentaire ne disent rien sur nous. Nous voudrions penser que la différence par l'apparence est futile puisque les mêmes vêtements se vendent dans toutes les boutiques et que juger quelqu'un sur son apparence relève du chauvinisme. Mais pourtant, et vous me corrigerez si j'ai tort, l'apparat le plus superficiel me semble envoyer des messages difficile à ignorer, que ce soit consciemment ou pas.
Dans le monde animal, la grosseur et la grandeur servent à intimider ses semblables. Les plus grands et les plus forts imposent la crainte, et sont moins susceptibles d'être attaqués. La grenouille boeuf enfle sa gorge, l'ours se dresse sur ses pattes arrières... Dans le métro, on retrouve ces grenouilles et ces ours dans des vêtements "gangster" très amples grossissant le corps. Leurs mouvements sont exagérés, prennent plus de place. D'où notre sentiment de menace plus ou moins avérée devant certains styles de gens. La crainte ne naît pas de la personne, mais plutôt du message qu'il nous envoie: "Regardez, je suis grand et je prend beaucoup de place, me provoquer est un danger!"
D'autres sont pourvus de cornes et de pics. Les boucs, les taureaux, les porc-épics usent de leurs atouts pour imposer leur présence. Que fait-on alors des studs, ces petits bouts de métal accrochés un peu partout sur le corps des punks?
Certains encore utilisent la couleur. Les grenouilles, les serpents les plus flamboyants sont les plus à craindre. Dans la rue, les cheveux les plus colorés, les coupes les plus extravagantes indiquent une certaine confiance en soi (pour avoir les cheveux bleu, faut avoir des couilles quand même!) et forcent à leur tour le respect.
Une autre catégorie utilise le camouflage. Caméléons et herbivores blanchissant l'hiver venu retrouvent leurs alter-egos dans la masse intangible vêtue en chemise et jean, les cheveux propres, le visage fermé. Ceux-là, on ne les voit qu'à peine: ils sont protégés par leur anonymat.
Bien sûr, il est tout à fait possible de démultiplier les évidences. Les jeunes hommes/lions cherchent à établir leur force en se bagarrant amicalement. Les femmes/corneilles sont attirées par le mâle qui leur apporte des objets brillants. Les jeunes filles/moutons se tiennent en troupeaux pour plus de sécurité (eh oui... si on va aux toilettes en bande, c'est qu'on tient un peu du mouton, les gars).
Mais nous nous éloignons du sujet... comme je crois l'avoir prouvé, l'animal que nous sommes se définit entre autres dans notre apparence et notre attitude physiques. Ainsi, que je ne voie personne me traiter de xénophobe quand j'affirme que les punks, gothiques, rappers, skaters et autres individus grands, colorés et pointus me rendent parfois un peu nerveuse : je met tout ça sur le compte de l'instinct de conservation.
*Université De Tous Les Jours, Montréal
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