dimanche 16 novembre 2008

Leçon d'arboristerie

Mieux que d'écrire sur internet les pensées et événements qui viennent troubler mon ordinaire, il m'arrive, à moi aussi, de raconter ma vie au monde vivant.

Mon monde vivant est constitué d'un cercle, ou plutôt d'un arbre, dont les branches s'entrecroisent peu. Mes amis sont subdivisés en plusieurs sous-catégories: les vieux amis, les vrais amis, ceux de l'école, du travail, les vagues connaissances et les autres. Ma famille, autre branche, est elle-même sous-divisée en autant de ramures diverses qu'il est possible d'en imaginer: mère, père, soeur, demi-frères et demi-soeurs (4), pères et mères de substitution, sans compter beaux-frères et belles-soeurs, tantes, oncles, grands-parents naturels et par alliance ce qui résulte, en somme, à un temps des fêtes franchement peu reposant.

Or, j'ai pris conscience cette semaine du mode nutritionel de mon arbre... Je m'explique:
Si cet arbre est le mien, j'en suis donc la racine. Les branches les plus proches de mon tronc s'abreuvent donc tout leur saoul des détails insignifiants de ma vie que je prends un temps fou à raconter. Mais plus les branches s'éloignent de mon tronc, moins les bourgeons de ma vie sociale en savent.

Et pour illustrer cette flamboyante analogie, voici une petite histoire :

Cette semaine, une relativement insignifiante histoire de coeur m'a beaucoup remuée. Incapable de rester entre les 4 murs de mon cerveau cubique, je cours chez celle que je considère ma meilleure amie. Pendant au moins une heure, j'explique chronologiquement et alphabétiquement tous les détails de mon aventure. Tout y passe, de ce que je portais ce soir-là à mes remises en question existentielles. Conseillée, consolée, remise sur le droit chemin du réalisme (en opposition à mon habituelle over-dramatisation), je quitte sereinement cette première branche nourrie à craquer de mes états de fait.

Le lendemain, apaisée mais toujours en proie au stress, je ressens le besoin de prendre contact avec une nouvelle branche: ma mère, confidende #1. Ou plutôt #2, dans ce cas-ci. Au téléphone, je déballe mon sac pendant une trentaine de minutes en omettant bien entendu les détails compromettants ou scabreux susceptibles de faire dériver la conversation sur un sujet mère-fille indésirable dans l'instant. Je raccroche, contente d'avoir parlé à ma mère, toujours préoccupée mais mieux.

Plus tard, j'ai l'envie de me défouler. Dans un bar, je rejoins une bonne amie. Celle-ci me tend une branche (!) :"Quoi de neuf?". Je saisis la branche et je la nourris. L'histoire prend dix minutes à raconter. Les détails compromettants sont là, mais les autres, moins.

Dans ce même bar, je rencontre une autre amie et je lui raconte mes péripéties une nouvelle fois. En cinq minutes, le sujet est clos.

Je me demande ce qu'il y aurait à dire à... à mon oncle par alliance, par exemple.

"Gars... au travail... pas intéressée... fatiguant"

3 secondes, top chrono. La branche est beaucoup trop haute.

1 commentaire:

Mamathilde a dit…

J'adore la comparaison! Même si je me vois reléguer au statut de vielle branche!

J'ai beaucoup ri en lisant ton texte!