mercredi 11 novembre 2009

Harder, better, faster, stronger

Avoirdemeilleuresnotesdansunmeilleurprogrammeavecplusde
perspectived'emploirencontrerplusdegensavoirdemeilleur
samismieuxmangerperdredupoidscesserdefumerêtre
plusgentilleplussageplusintelligenteplusadulteatten
drelevraiamourvoirmafamilleplussouventavoir
plusd'argentunmeilleuremploiavoirunplusb
elappartementdansunplusbeauquartier
unemaisonavecdesbébésetunchienau
ssimaissurtoutsurtoutexcellerdan
stouslesdomainesallerdel'ava
ntplusviteplusfortplusminc
eplusbelleplusensantépl
usreconnuemieuxna
ntieplussociablepl
usmotivéepluso
ccupéeplusai
méeplushe
ureuse...
plush
eure
us
e...


Plus.

On est pas malheureux parce qu'il nous manque quelque chose, mais parce qu'on ne sait pas apprécier ce qu'on a déjà. Je suis déjà parfaite comme je suis. Je mourrais aujourd'hui, en étant l'exacte personne que je suis en ce moment, et je pourrais me considérer satisfaite.

Je vis par mes propres moyens, j'ai un emploi stable plein d'avantages sociaux où je suis appréciée. J'ai un cercle d'amis dans la moyenne où je trouve des épaules sur lesquelles pleurer lorsque j'en ai besoin, et de bonnes personnes, intelligentes, avec qui partager. J'ai une famille qui m'aime. Je vis dans un appartement à moi, avec une amie qui m'est chère parmi un voisinage extraordinaire. J'ai de la facilité à nouer des liens, j'apprends vite. J'ai un Bac, peut-être une maîtrise bientôt. Je fréquente des hommes, j'attends l'amour, je vis ma vie.

Je sais que je pourrais faire mieux. J'ai le potentiel pour faire de grandes choses. Mais peut-être que ma vie ressemblera à ça jusqu'à la fin: et puis alors? Des milliers de personnes m'assassineraient sans cligner de l'oeil si ils pouvaient prendre la place que j'ai déjà.

On est des milliards comme ça. Dans le fond, on veut juste remplir notre office; on a pas grand chose à faire sur la terre, sauf notre mieux! Tout le monde essaie de s'améliorer, mais c'est si facile de passer à côté de l'essentiel. Apprendre à aimer qui on est avant d'essayer de devenir la personne qu'on voudrait être. Être heureux avec soi, avant d'être quelqu'un d'autre. Ben oui, ce culte du bonheur. Mieux, plus, encore, toujours heureux.

J'en ai assez de vouloir être plus mince, plus en santé, plus payée, plus éduquée. Ça va, comme ça.


Dis moi que ça va comme ça.

S'il te plaît.





Fitter, happier, more productive, comfortable, not drinking too much, regular exercise at the gym (3 days a week), getting on better with your associate employee contemporaries, at ease, eating well (no more microwave dinners and saturated fats), a patient better driver, a safer car (baby smiling in back seat), sleeping well (no bad dreams), no paranoia, careful to all animals (never washing spiders down the plughole), keep in contact with old friends (enjoy a drink now and then), will frequently check credit at (moral) bank (hole in the wall), favors for favors, fond but not in love, charity standing orders, on Sundays ring road supermarket (no killing moths or putting boiling water on the ants), car wash (also on Sundays), no longer afraid of the dark or midday shadows nothing so ridiculously teenage and desperate, nothing so childish - at a better pace, slower and more calculated, no chance of escape, now self-employed, concerned (but powerless), an empowered and informed member of society (pragmatism not idealism), will not cry in public, less chance of illness, tires that grip in the wet (shot of baby strapped in back seat), a good memory, still cries at a good film, still kisses with saliva, no longer empty and frantic like a cat tied to a stick, that's driven into frozen winter shit (the ability to laugh at weakness), calm, fitter, healthier and more productive, a pig, in a cage, on antibiotics.

[This is the Panic Office, section nine-seventeen may have been hit. Activate the following procedure.]

- Radiohead, "Fitter happier"




jeudi 15 octobre 2009

Un verre à moitié

Je me posais la question à savoir si certaines expressions n'ont pas un peu dépassé leurs limites? En effet, on peut voir un tas de tournures de phrases qui n'ont absolument plus de sens, ou qui ne se réfèrent plus à la même chose. Prendre son pied. Sentir le canard à la patte cassée. La chienne a Jacques (c'est qui, Jacques?!). Autant d'expressions qui, en somme, ne veulent absolument rien dire. On ne commencera pas à remettre en question le bien fondé de ces images. Tout le monde s'entend sur leur sens, et tant que ça reste comme ça, tout le monde est heureux. Mais quand même...

Il me semble que c'est relativement important de remettre les choses en question, ne serait-ce que par curiosité, pour comprendre à peu près pourquoi les choses sont comme elles sont. C'est là un sain exercice que de ne rien avaler tout cru, comme ça, sans faire mijoter l'information quelques minutes. Non seulement le cru est dangereux pour la digestion, mais en plus, on risque l'abrutissement général. C'est donc lors d'une de ces cogitations à la mijoteuse que je me rendis compte que ce n'est pas parce que quelqu'un voit le verre à moitié plein qu'il est une personne positive.

À la base, l'idée du verre vide ou plein n'est-elle pas simplement un exemple? Bon. Prenons une personne en crise existentielle, une pauvre âme qui broie du noir. Vous êtes son ami et vous cherchez à lui donner un coup de main, vous tentez de l'aider à modifier sa perception des choses. "Prends ça du bon côté", vous dites, "Think positive!". Rentre d'une oreille et sort de l'autre : même en anglais ça ne passe pas. Vous vous lancez donc dans la comparaison imagée, qui semble avoir plus d'impact chez les imaginations fertiles :

«Mettons, là, que tu as un verre devant toi et qu'il est à moitié rempli. Tu as le choix de voir ce verre à moitié vide, ou à moitié plein. Tu as raison dans les deux cas mais, si tu choisis de le voir plein, c'est beaucoup plus plaisant que de le voir vide! C'est la même chose dans vie.»

Et voilà. Vous êtes passé maître dans l'art de l'imagerie, et vous avez le sentiment du devoir accompli. Je sais que vous vous sentez tout chose d'avoir tendu généreusement votre main secourable, mais malgré toutes vos belles intentions, je dois vous avertir que votre protégé ne sera probablement pas plus positif si il s'exclame maintenant spontanément : CE VERRE EST PLEIN! Non. En fait, peut-être que votre intervention aura miraculeusement transformé votre copain en rayon de soleil. Mais dans le cas où vous lui auriez simplement posé la question à savoir si son verre était à moitié plein ou à moitié vide, vous auriez eu tout faux.

Je pense que la réponse à cette question est surtout circonstancielle, et que cet état de fait invalide toute conclusion portée sur le fameux test du verre. Il m'apparaît impossible de pouvoir définir le positivisme de quelqu'un sur une réponse aussi simple. Selon moi, le moment où la question est posée, le type de liquide versé, l'état de soif de l'interrogé déterminent le résultat donné de façon évidente. Preuve?

Si on me pose la question quand je viens d'en boire la moitié, il est à moitié vide.
Si on me la pose quand je viens d'en verser la moitié, il est donc à moitié plein.

Si je suis en proie à la soif, il est à moitié vide, parce que je pourrais en boire le double.
Si je suis repue, il est à moitié plein, parce que je pourrais ne pas le finir.

Si mon verre est à moitié rempli de sirop pour la toux, il est à moitié plein.
Si mon verre est à moitié rempli de champagne, il est à moitié vide.

(et pour ceux qui s'y connaissent un peu :)
Si mon verre de vin est à moitié, il est plein.
Si mon verre de cognac est à moitié, il déborde.

Je pourrais sûrement trouver des tonnes d'exemples du genre. D'accord, je m'écarte un peu du bon vieux verre d'eau, mais je pense que la digression en vaut la peine. Il me semble que la bonne vieille idée qu'une simple réponse à une seule question puisse définir une personnalité est simplement écartée. Parce que même si le principe constitue un bon exemple pour exposer une idée, il ne l'incarne pas! Donc quand quelqu'un me posera la question « le verre est-il à moitié plein ou à moitié vide?», je répondrai : mets du vin à la place, ça sera juste plein. Et on en aura fini avec toutes ces histoires de positivisme.

mercredi 16 septembre 2009

Chevalerie moderne

Aujourd'hui je fais face à problème de conscience.

Je dois décider entre dire et ne pas dire. Ou plutôt me retirer ou m'assumer.

Car en effet, avec ma grande gueule, je n'ai pu m'empêcher de dénoncer à corps et à cri une attitude qui m'a paru choquante :

Plus tôt cette semaine, je suis arrivée en retard et ai surpris un de mes supérieurs dans la cuisine en train de parler à tous les employés réunis. Étant donné que j'avais manqué la quasi intégralité du discours, je n'avais pas saisi le fond, mais je pus constater que la forme était dure et directe. Une personne qui avait assisté à la scène me rapporta les faits : si jamais un des employés du plancher utilisait la toilette du premier étage hors des temps de pause (ils ont une toilette en bas), ils seraient renvoyés. Ébranlée, étonnée (soufflée, effarée [ajoutez des synonymes]), j'exposai en quelques mots ma compréhensible indignation... sur Facebook.

Bon.

Facebook fait partie de ma vie depuis un certain temps déjà, et de la même façon que je consulte mes courriels, je visite ma page quelques fois par semaine. Ce nouveau moyen de communication m'est devenu tellement bénin que j'ai fini par en oublier toutes les implications. En effet, parmi mes amis du WorldWideWeb, je compte beaucoup de collègues passés et présents qui sont bien placés pour faire véhiculer l'information, ce qui n'a pas manqué d'être fait.

Ce matin, le supérieur en question m'a convoquée pour un tête à tête. Comme toujours, cette personne fut directe et polie, et même d'une certaine façon, affectueuse. Elle m'a expliqué que le propos était destiné à une personne en particulier, qui faisait abus des susnommées toilettes. Je tentai d'opposer que peut-être elle aurait pu lui dire à lui en particulier, mais la tentative avait déjà été faite. Elle désirait surtout redresser la situation auprès de tous pour que de tels comportements ne se propagent pas.

Je comprends. Sincèrement. Je peux comprendre la responsabilité énorme d'un haut poste, et la difficulté d'appliquer certaines règles. Je comprends aussi l'importance de peser ses mots en public. Après cet entretien, j'ai réfléchi aux dommages collatéraux que j'avais peut-être causé à des supérieurs, des collègues, des amis. J'imagine que quelqu'un aura voulu savoir le fin fond de l'histoire et en parler directement à la personne concernée, faisant débouler une série de conséquences.
Je ne suis pas certaine de qui est ce fameux informateur secret, mais je ne lui en veux pas. J'aurais probablement agi exactement de la même façon. Je veux dire - si j'entendais parler d'abus et que je pouvais agir contre, je le ferais.

Mais n'est-ce pas exactement ce que j'ai fait au bout du compte? Peu importe les circonstances qui ont motivé un tel comportement, la perception des employés (surtout ceux qui n'étaient pas concernés) n'en est pas moins restée la même : c'était une sorte de menace. Je l'ai décrite comme telle, sur le coup, et ce fut assez pour alarmer un ami. Peut-être que grâce à cet ami, mon supérieur aura lui aussi compris qu'il faut surveiller ses dires en public. Peut-être que grâce à mon étourderie, j'aurai réussi à aider mes collègues.

Je ne publie pas ceci par vengeance, ou par justification. Il est arrivé ce qui est arrivé, et c'est très bien comme ça. Je ne changerai pas d'avis sur mon interprétation de la situation, parce que je crois avoir bien observé tous les côtés de la médaille, et que mon sens de la justice, ou de l'honneur (appelez ça comme vous voudrez), me dit que ce qui a été fait n'était pas bien. Mais un autre de mes sens (la prudence, la sagesse, ou je ne sais quoi) me dit qu'il faut bien choisir ses batailles. Donc je ne battrai pas. Mais mon côté chevaleresque me dit que je ne peux pas ne rien dire, alors je dis.

Je ne ferai pas de publicité à cette petite tirade. Je n'en parlerai pas, et je n'inviterai personne à me lire. Le but n'est pas ici de créer des remous, mais bien d'apaiser les miens. Mon honneur est sauf :

Je m'assume.

samedi 27 juin 2009

Le tour du monde en 40 minutes

25 juin 2009.

Le monde est soufflé : Michael. Jackson. Est. Mort.

À 19h13 minutes, dans mon salon à écouter de la musique avec ma coloc et son copain, le téléphone sonne. La coloc répond. "HEIN!? POUR VRAI!?!!". Elle nous regarde avec des yeux effarés pendant qu'au téléphone, l'interlocuteur lui déballe son sac d'informations juteuses. Je suis sommée de synthoniser les nouvelles à la télé. Et voilà. Denis Lévesque commente le fouillis des hélicoptères en pagaille survolant l'hôpital encerclé pendant qu'un bandeau défile au bas de l'écran : "Michael Jackson mort d'un arrêt cardiaque à 50 ans".

Sonnés, abasourdis, on ouvre en vitesse les clapets de nos cellulaires et on compose à qui mieux-mieux. À la vitesse de l'éclair, nous informons nos parents, nos proches et nos amis de cette perte tragique, comme si un proche était disparu. On veut tous être le premier l'apprendre aux autres, celui qui va goûter à la réaction unique et spontanée de nos copains. Une cacophonie de sonneries téléphoniques retentit dans les cieux - l'atmosphère est engorgée d'ondes.
Ne pouvant y croire, on appelle l'ordinateur en renfort à la recherche de détails complémentaires. Facebook est saturé. On porte aux nues le roi déchu de la pop.

Son décès est constaté à 17h26, heure du Québec. Le premier commentaire émis parmi mes amis se fait à 18h06. Le monde peut être parcouru en 40 minutes.

Vous rappelez-vous du 11 septembre? Le lieu, le moment exact où vous étiez, qui était à vos côtés? Le sentiment d'incrédulité qui vous a d'abord assailli, puis celui ou vous avez compris que quelque chose venait de se passer. Quelque chose d'international, de planétaire, quelque chose de BIG. Un simple événement qui marque à jamais. C'est un peu triste d'associer cet événement à la mort somme toute banale d'une pop star. Mais c'est un peu ça.
Une figure emblématique, un symbole, un personnage aussi vivant que sa musique est mort. Comme les rock star des années 70, il est mort dans une espèce de déchéance étrange, où la drogue et le sexe ont été remplacés par les poursuites judiciaires et les chirurgies plastiques.

What a world.

La mort d'une icône en temps réel. C'est maintenant possible. Et c'est arrivé le 25 juin 2009.

mardi 26 mai 2009

Des outils et des hommes

J'ai compris aujourd'hui ce qui pousse le mâle moyen à s'acharner sur un pot de pickles. Pourquoi ils aiment tellement se beurrer d'huile à moteur et manipuler les outils les plus divers. J'ai constaté dans toute l'étendue de son inébranlable vérité la teneur de l'orgueil masculin, moi, toute petite femme aux mains blanches.

Mon réfrigérateur a brisé cette semaine. Bon, pas le frigidaire, là, juste la porte. N'empêche, à six jours de le vendre au prochain locataire, j'avais un peu la pression. Donc, après m'être échappé la porte dessus une bonne douzaine de fois, je résolus de me rendre au Canadian Tire - lieu que je fréquente plus pour ses ensembles de vaisselle et accessoires de décoration que pour ses vis, écrous et boulons en tout genre.
Munie comme d'une arme du petit machin brisé qui sert de pivot à ma porte, j'attaque le premier commis venu en lui brandissant ledit accessoire sous le nez, implorant son aide. Le petit boutonneux de dix-sept ans, après avoir cherché aussi inefficacement que moi la patente à gosse au nom toujours inconnu, règle son problème en m'expédiant au Rona le plus proche. Pas si proche que ça d'ailleurs. Une demie-heure de marche plus tard, je suis au Rona - lieu que je fréquente plus pour son choix de plantes vertes et ses accessoires de décoration que pour ses vis, écrous et boulons en tout genre. Même expérience. L'autre boutonneux m'avoue son incompétence, et m'expédie chez Sears. Super. Une vingtaine de minutes plus tard, je suis chez Sears, lieu que je fréquente plus pour... bon, vous avez compris la suite. Sauf qu'ils n'ont pas d'écrous, de vis et de boulons en tout genre, eux. Et de me faire réexpédier au coin de Jarry et Pie-IX - espèce de lieu lugubre spécialisé en pièces minuscules et inintéressantes (vis, écrous et boulons compris), et qui est comme de fait fermé.

Too bad. Je retourne chez moi, après avoir couraillé pendant trois heures une maudite et stupide pièce de rechange de frigidaire. Mais je ne pouvais pas me laisser faire rire de moi par la porte de mon Kenmore, non! Assise devant l'électroménager ennemi (tentant l'intimidation par le regard), je commence à le triturer, ouvrant et fermant les portes, tentant de comprendre le mécanisme utilisé et les pièces nécessaires à son bon fonctionnement. Tentée par une grande aventure, mise au défi par une machine, j'entreprends donc de démonter le mastodonte pour essayer de le déchiffrer. Eurêka! Si j'intervertis la pièce A brisée du bas de la porte avec la pièce B, toujours fonctionnelle, de la porte du congélateur, en réinsérant la nouvelle pièce en sens inverse, ça devrait marcher.
Je m'arme donc d'une clé à molette et d'un tournevis, et je passe à l'attaque. La porte contre l'épaule, clé en main, je force comme un boeuf à tout tenir en place. Mais c'est que ça prend du doigté! Mais c'est que ça prend de la force! Beurrée de cambouis jusque dans la face, pourtant, j'arrive à mes fins. Les portes sont réinstallées et... ça marche! Mais pas tout à fait : la pièce A est plus grande que la pièce B, et frotte dangereusement contre la pièce C. Mmmm... dilemne. J'observe encore, ouvre-ferme-ouvre-ferme la porte, et voilà. Je dois simplement remplacer la pièce dysfontionnelle par un washer. Toute heureuse d'avoir réussi à placer dans cette conversation avec moi-même un terme aussi recherché, je pars donc à la recherche de ladite pièce, que j'insère avec délice à l'endroit nécessaire.
E-t-v-o-i-l-à. Je suis un pur génie. Je suis maître de la machine, force de la nature, puissance de la vie. J'exécute une petite danse de pure satisfaction dans ma cuisine, et je rouvre mon frigidaire une demi-douzaine de fois, juste pour jubiler de le voir comme neuf, par mes soins bienveillants et mon exquise débrouillardise bien entendu. J'imagine alors le gars qui monte une voiture, qui répare la plomberie, qui ouvre un pot de pickles. Et voilà, j'ai tout compris.
Jusqu'à ce que je le cède au prochain locataire, à chaque fois que j'ouvrirai mon réfrigérateur, je ressentirai en même temps que la bouffée de froid cette chaleur née de la fierté, de l'orgueil d'avoir su, seule et sans instructions, réparer ma porte de frigidaire.

lundi 18 mai 2009

Touche-à-tout-bonne-à-rien

Quand vient le temps de se fixer sur une carrière, que ce soit à 7 ou à 77 ans, le choix est vaste. Certains connaissent dès la prime enfance le domaine d'emploi qu'ils sauront occuper un jour, d'autres tergiversent longtemps.
Moi j'avais dès le secondaire (que dis-je... le primaire!) la profonde conviction que jamais je n'irais en mathématiques ou en sciences. Non que je n'aie pas eu les résultats académiques nécessaires, ni l'intérêt d'ailleurs : j'adorais la biologie et la physique atomique, mais je m'y entendais moins bien en maths pures et en... tout le reste, finalement. Dès mon plus jeune âge, mes professeurs et mes parents m'ont encouragée dans les avenues qui étaient les plus faciles et les plus amusantes pour moi. J'aimais le français et l'anglais, les arts et la morale, où on prenait largement en compte la créativité des élèves. J'excellais en lecture et en écriture (poèmes et compagnie), et je m'amusais à monter des petits spectacles dans ma cour dès mes premiers balbutiements - ou presque. C'est ainsi qu'à ma demande, ma mère m'a inscrite en théâtre (après avoir tenté la natation, la peinture, etc...). J'adorais le théâtre - mais pas les acteurs. Mon mélange maison de timidité et d'extraversion me permettaient difficilement de forger de véritables amitiés avec mes collègues exubérants et tape-à-l'oeil, et je n'avais ni la volonté ni la force de jouer des coudes pour me retrouver en tête d'affiche.
Je continuai donc à écrire, et à tourner autour du monde théâtral et artistique en général. J'ai découvert plusieurs avenues, ici et là, qui me plaisaient. J'ai pensé devenir comédienne, puis metteur en scène, puis dramaturge, professeur, et enfin critique de théâtre (ou journaliste artistique en général).
Mais j'appartiens à la génération Y. Ma vie personnelle prend une grande importance dans mon choix de carrière, et les horaires ainsi que la sécurité d'emploi m'importent beaucoup. De plus, je suis parfois d'une indicible paresse doublée d'une certaine insécurité naturelle. Alors le travail à la pige... me terrorise. C'est donc ainsi que je me suis retrouvée, à la sortie d'un BAC pratiquement inutilisable, commis à la librairie à temps plein - travail que j'aime bien, mais où j'ai une peur bleue de passer ma vie, sans avoir rien accompli de valable.
Je songe maintenant à ce que peux devenir. J'applique sur certains postes, sans même savoir lesquels je puis remplir adéquatement. Je me rends compte que je suis une touche-à-tout-bonne-à-rien. C'est à dire : je peux tout faire si je m'en donne la peine, mais je n'excelle dans aucun domaine en particulier. Selon certains membres de ma famille, c'est d'ailleurs là un bagage génétique paternel (merci pour le leg). Pratique, puisque je peux tout faire. Dommage, cependant, que j'aie jeté mon dévolu sur le monde artistique où l'instabilité fait partie des joies de la vie.
J'ai des idées de grandeur, où je partagerais ma vision avec mes pairs, mon nom écrit en tout petit sous un article de journal. Je voudrais que ma participation au monde crée des remous, si petits soient-ils, que mon action engendre la réflexion dans une tête ou deux. Je voudrais avoir une valeur critique et sociale, une valeur tout court. Mes ambitions me font cependant aussi rêveuse que désemparée quand je songe au nombre de gens qui pensent exactement comme moi, qui ont les mêmes visées, les mêmes désirs... Et au nombre d'élus dans ce monde d'appelés, je ressens un certain désespoir à l'idée que j'aurai peut-être sacrifié mes années d'études en vain.
Où donc se diriger? Tourner le dos à un monde où tous les rêves sont permis et entreprendre une carrière stable mais ennuyante? Persévérer et risquer de se réveiller, à 40 ans, toujours libraire dans un Renaud-Bray près de chez vous? Ô combien de jeunes adultes se seront posé la question - Ô combien n'auront pas trouvé la réponse!

jeudi 7 mai 2009

Guide montréalais pour les portefeuilles généreux

Si vous avez déjà marché dans les rues de Montréal, vous savez comme moi que la sollicitation fuse de toutes parts. Informateurs pour Greenpeace ou autres causes sociales; donneux de magazines de tous acabits; et bien sûr, quêteurs de monnaie et de cigarettes.

Certains s'ignorent bien: ils se rattachent à produit, donc si vous n'êtes pas intéressés, basta. Mais les itinérants, les nécessiteux, sont plus difficiles à oublier. En tout cas, si vous êtes comme moi, vous souhaiteriez que tout aille bien dans le meilleur des mondes, mais puisque ce n'est pas le cas vous vivez nécessairement la culpabilité de devoir dire non. Mais (encore une fois si vous êtes comme moi), vous déposez quand même une fois de temps en temps quelques sous dans une main tendue ou un étui de guitare vide.
Or, tous les quêteux ne s'équivalent pas. Et choisir à qui donner ou pas s'avère parfois difficile. Pour vous aider dans vos choix de générosité, je vous partage mon petit guide personnel sur les quêteux de Montréal.

Catégorie 1: Squeegees
Ils se promènent avec leur stock et leurs chiens, dans une mini-société en marge de la nôtre. Après avoir entendu une bonne partie d'une conversation ou j'en entendais se glorifier de vivre "contre la machine" et de refuser de travailler, tout en cherchant comment payer leur drogue, j'ai décidé de ne plus donner.

Catégorie 2: Musiciens
Guitareux du métro, violoneux de la rue, accordéonistes de centre d'achats, je les aime bien. Ils font une bonne utilisation de leurs talents - et divertissent. Et comme je payerais pour un bon disque et pas un mauvais, je donne à ceux qui m'émeuvent. N'ayez pas peur de vous arrêter pour les écouter, des bijoux de créativité se cachent parfois dans des écrins bien sombres.

Catégorie 3: Pity party
Ils sont sales, maigres, dorment dans des boîtes de cartons. Un visage brisé par la vie vous regarde avec des yeux vides, et vous morcellent le coeur. Donnez! Mais pas de l'argent - vous en avez sûrement besoin et vous ne savez pas exactement ce qu'ils en feraient. Mais vous avez une barre tendre, une pomme dans votre sac? Une paire de bas chauds que vous ne mettez plus? Vous vous sentirez plus léger sans eux.

Catégorie 3: Agressifs
Elle vient d'insulter un passant qui lui a dit non, ou qui a peu donné? Il jure dans sa barbe contre le monde entier? Il insiste fortement, tente la manipulation? Moi, c'est automatiquement non. Un service rendu mérite reconnaissance, et je déteste me faire tordre un bras.

Catégorie 4: Entertainers
Il y en a un qui me parle en rimes, l'autre qui me raconte des blagues. Attitude positive? Je donne. Ne serait-ce que pour encourager ces élans de bonne humeur, pour remercier d'avoir ri un peu. Parce qu'ils sont rares, les riches comme les pauvres, à oser faire sourire un inconnu.

Catégorie 5: L'Itinéraire
Ce petit magazine est vendu un peu partout, et si vous avez un chemin habituel passant par le métro vous rencontrez sûrement un camelot toujours au même endroit. Achetez-le lui donc. C'est 2$ et vous encouragez ces braves gens à garder un travail. Mieux! Souriez-leur et faites connaissance, pourquoi pas? À Montréal, les chemins sont solitaires pour eux comme pour vous. Mon camelot à moi s'appelle Serge et il est bien comique.

Catégorie 6: Vendeux
"Je suis muet, voici une carte pour 5$". "Je vends des cartes d'anniversaire que je fais moi-même/des crayons/des porte-clés"... ça vous dit quelque chose? Des arnaques. Même si ça me peine de généraliser (je ne doute pas qu'il y ait d'honnêtes muet et artistes dans le lot), je ne peux pas me convaincre qu'aucun ne revend des trucs volés, ou ment éhontément. Donc je garde mon argent pour de meilleurs cas - ou en tout cas des cas plus sûrs.

Catégorie 7: Les wise
Ils vous prennent au piège dans le métro, vous attendent à la sortie de la banque, se positionnent stratégiquement pour que vous ne puissiez pas passer à côté. Vous pensez qu'ils ne vous lâcheront pas tant que vous n'avez pas donné? Vous avez tort. Endurcissez-vous un peu, et mettez votre pied à terre. Donner est un acte de générosité, pas une obligation née de la peur.


Bon... je pense avoir plus ou moins passé les catégories de quêteux que je rencontre régulièrement. Mais ça c'est mon petit code personnel, libre à vous de vous en inspirer ou pas. Cependant, je pense quand même qu'il y a des choses que tout le monde devrait faire. Par exemple, sourire. Non seulement c'est gratuit, mais c'est gratifiant. Pour les autres - ces gens là ne rencontrent probablement pas souvent de visages ouverts - et pour soi. En plus, peut-être arriverez vous à inspirer une ou deux personnes qui, face à votre attitude positive, se convaincront de faire de même. Et même si vous vous faites insulter, même si l'autre a l'air bête sans bon sens, vous aurez le mérite d'avoir tenté le coup, d'avoir coupé court pour une fois à une escalade de mauvais sentiments.

Allez les copains! Quitte à ne jamais voir la paix et l'équité dans ce bas monde, répandez au moins la bonne humeur! Souriez!