vendredi 12 juillet 2013

D'un nid à l'autre


Je sais pas si vous êtes comme moi, mais j’ai une fâcheuse tendance à changer d’appart à tous les deux ans en moyenne. Quand on considère que j’ai 28 ans et que j’ai déjà six déménagements à mon actif, on pourrait dire que je suis une sorte d’experte en la matière. J’ai partagé mon espace avec deux chums et presque deux colocs – c’est-à-dire que le chum de ma coloc était toujours là mais il ne payait pas les bills (sans offense, on s’aime toujours!) – mais j’ai aussi vécu seule pendant quelques années. Mes expériences de déménagement ont donc toutes été très différentes parce que j’ai été aidée par des parents, des chums, des beaux parents, des amis, des amis de chums et des chums d’amies et bien sur, des déménageurs.
            Cette année, je me suis offert le service de professionnels parce que je n’étais plus capable de composer avec toute la préparation et le stress qui vient avec le magasinage du camion, l’appel à la charité pour quelques paires de bras, la logistique du déménagement où le trois quart de tes amis n’arrive mystérieusement pas à se rendre. N'oublions pas la traditionnelle célébration post-emménagement où on est toujours profondément vanné mais pressé d’en finir avec la suite ainsi que, bien sur, la possible destruction d’un ou deux objets de valeur et/ou meuble et/ou électroménager.
            Mais je sais que ce point de vue-là vient avec l’approche de la trentaine, parce que voilà 10 ans, l'idée de déménager m’excitait tellement que je n’en dormais pas pendant des semaines. J’imaginais où je mettrais mes meubles et quelle déco ferait bien dans quelle pièce, et j’achetais à l’avance les gogosses qui me serviraient à faire mon nid. Quand le jour J arrivait, il pouvait pleuvoir, grêler ou débouler des frigidaires dans l’escalier, rien ne pouvait m’enlever ma bonne humeur et m’empêcher de motiver les troupes.
            Aujourd’hui les choses ont changé, bien sur. J’ai vieilli. À l’approche d’un déménagement, je ne dors toujours pas pendant des semaines, mais ça a plus rapport à l’angoisse qu’à l’excitation, disons. Je me soucie pas mal plus du trou que le déménagement va faire dans mon portefeuille que des trous que je vais avoir à patcher dans les murs de mon nouveau chez-moi. Et quand arrive le jour J, fini les jolis papillons et la bonne humeur: je passe la journée à me trainer les pattes en me maudissant d’avoir choisi un logement au deuxième étage entre deux pauses-cigarette où je reprends mon souffle pendant quelques minutes (je sais c’est absurde, mais bon).
            Cette année, je ne me sentais tellement pas concernée par mon propre déménagement que je ne me souvenais même plus de quoi mon futur appartement avait l’air. Pendant des semaines, on m’a demandé si c’était ensoleillé, si c’était rénové, si j’avais beaucoup de rangement ou une cour arrière, et je n’en avais aucune espèce d’idée. Je me suis rongé les sangs pendant deux mois et demi en ayant l’impression que je venais de signer un bail pour le purgatoire – ce qui est peut-être la raison pour laquelle je n’ai commencé à faire mes boites qu’à trois jours d’avance et qu’il me reste encore des changements d’adresse à faire…
Même si je paniquais de ne pas me rappeler dans quel genre d’appart je m’en allais et que je mélangeais des souvenirs des 20 autres visites que j’avais faites, je me souvenais quand même vaguement de la disposition des pièces, de l’emplacement des électroménagers et des fenêtres ainsi que des belles armoires de cuisine fraichement rénovées qu'on aperçoit tout de suite en entrant. C’est pour cette raison que j’ai eu la surprise de ma vie quand j’ai ramassé les clés dans la boite aux lettres et que je suis entrée chez moi pour la première fois.
Très sincèrement, au premier coup d’œil que j’ai jeté à la pièce, j’ai tout de suite pensé qu’il y avait une erreur. Les armoires plywood-début-des-années-90 en faux bois pâle me disaient clairement que l’appartement que j’avais visité n’était pas celui qu’on m’avait loué et que j’étais victime d’une fraude monumentale. Mais alors que je faisais le tour des pièces vide dans un état second, les vrais souvenirs de ma visite me revenaient en mémoire et j’ai dû me rendre à l’évidence: j’avais abandonné mon 4½ classe de la banlieue pour un 3½ crade de Hochelaga.
            Bon ok, j’exagère. C'est assez vaste et très vivable, et en plus, je suis maintenant au rez-de-chaussée et j'habite à deux pas de chez ma meilleure amie. Non vraiment, quand je vais avoir fini de teindre les armoires, de recouvrir le bain, de réparer le plancher et les murs, d'enlever les clous, de remplir les trous et de refaire l’atroce job de peinture de manchot déséquilibré des anciens locataires, mon appart va être assez cool. Mais cette fois, j’espère quand même que je vais rester au même endroit pendant plus que deux ans, sinon je risque de manquer de temps pour faire mon nid...