samedi 20 décembre 2008

Leçon de sociologie comparée #1. Sujet : Welcome to the Jungle

Leçon gracieusement offerte par mme Al, docteure honoris causa en sociologie comparée de la prestigieuse université DTLJ*

La faune urbaine est, comme son nom l'indique, une faune. Et comme dans toutes les jungles, toutes les plaines, toutes les montagnes, les animaux usent d'une foule de signaux pour se positionner parmi les leurs et les autres. Comme la plupart d'entre vous, je passe le plus clair de mon temps en société : il m'est donc donné à tous les jours d'observer la faune urbaine en action. Ces observations m'ont mené à quelques conclusions sur le monde animal dont nous faisons partie. La principale étant que notre apparence extérieure compte pour beaucoup plus que ce que nous nous imaginons...

Loin de moi l'idée d'aborder le sujet surexploité quoique nécessaire de la confiance en soi ou de la vraie beauté. Bien que nous sachions que les apparences comptent, ne serait-ce que dans nos autocomparaisons quotidiennes, on continue à croire mordicus que la longueur de nos cheveux ou notre style vestimentaire ne disent rien sur nous. Nous voudrions penser que la différence par l'apparence est futile puisque les mêmes vêtements se vendent dans toutes les boutiques et que juger quelqu'un sur son apparence relève du chauvinisme. Mais pourtant, et vous me corrigerez si j'ai tort, l'apparat le plus superficiel me semble envoyer des messages difficile à ignorer, que ce soit consciemment ou pas.

Dans le monde animal, la grosseur et la grandeur servent à intimider ses semblables. Les plus grands et les plus forts imposent la crainte, et sont moins susceptibles d'être attaqués. La grenouille boeuf enfle sa gorge, l'ours se dresse sur ses pattes arrières... Dans le métro, on retrouve ces grenouilles et ces ours dans des vêtements "gangster" très amples grossissant le corps. Leurs mouvements sont exagérés, prennent plus de place. D'où notre sentiment de menace plus ou moins avérée devant certains styles de gens. La crainte ne naît pas de la personne, mais plutôt du message qu'il nous envoie: "Regardez, je suis grand et je prend beaucoup de place, me provoquer est un danger!"
D'autres sont pourvus de cornes et de pics. Les boucs, les taureaux, les porc-épics usent de leurs atouts pour imposer leur présence. Que fait-on alors des studs, ces petits bouts de métal accrochés un peu partout sur le corps des punks?
Certains encore utilisent la couleur. Les grenouilles, les serpents les plus flamboyants sont les plus à craindre. Dans la rue, les cheveux les plus colorés, les coupes les plus extravagantes indiquent une certaine confiance en soi (pour avoir les cheveux bleu, faut avoir des couilles quand même!) et forcent à leur tour le respect.
Une autre catégorie utilise le camouflage. Caméléons et herbivores blanchissant l'hiver venu retrouvent leurs alter-egos dans la masse intangible vêtue en chemise et jean, les cheveux propres, le visage fermé. Ceux-là, on ne les voit qu'à peine: ils sont protégés par leur anonymat.

Bien sûr, il est tout à fait possible de démultiplier les évidences. Les jeunes hommes/lions cherchent à établir leur force en se bagarrant amicalement. Les femmes/corneilles sont attirées par le mâle qui leur apporte des objets brillants. Les jeunes filles/moutons se tiennent en troupeaux pour plus de sécurité (eh oui... si on va aux toilettes en bande, c'est qu'on tient un peu du mouton, les gars).

Mais nous nous éloignons du sujet... comme je crois l'avoir prouvé, l'animal que nous sommes se définit entre autres dans notre apparence et notre attitude physiques. Ainsi, que je ne voie personne me traiter de xénophobe quand j'affirme que les punks, gothiques, rappers, skaters et autres individus grands, colorés et pointus me rendent parfois un peu nerveuse : je met tout ça sur le compte de l'instinct de conservation.


*Université De Tous Les Jours, Montréal